Le Sénégal champion d’Afrique : Révélations sur les péripéties d’un sacre historique…

Le Sénégal a battu l'Égypte (0-0 a.p., 4 t.a.b. à 2) en finale de la CAN Cameroun 2021, dimanche 6 février, au stade Olembé, à Yaoundé. Le premier sacre continental de l'histoire des Lions de la Téranga a été obtenu au bout du bout des péripéties de dernière minute d'une compétition aux allures de guerre en pleine pandémie.


L'aventure n’a pas démarré sur les chapeaux de roue. Les Lions sont arrivés en ordre dispersé à Dakar, pour la première étape de la préparation pour la CAN Cameroun 2021,  les clubs de Premier League ayant libéré les joueurs au dernier moment, le lundi 3 janvier 2022.
 
Malgré cela, les nouvelles étaient bonnes, juste après la cérémonie de remise du drapeau national, le lendemain mardi 4 janvier, par le président de la République. Tout se passait bien comme prévu, nonobstant l’annulation du stage de préparation au Rwanda. L’absence du milieu de terrain sénégalais de Crystal Palace, Cheikhou Kouyaté, et le portier du Stade Rennais, Alfred Gomis, testés positifs au coronavirus, n’a pu saper le moral des hommes de Aliou Cissé.  
 
Les Lions ayant vite quitté la Présidence de la République pour se préparer à prendre leur vol de nuit, direction Bafous­sam. Deux heures plus tard, tout a basculé, par la faute du Covid-19. Coup dur pour les Lions, le voyage est reporté au lendemain, 5 janvier 2021.
 
Le vol spécial de la Compagnie Air Sénégal, affrété par l’État, n’a pu décoller à cause de nombreux cas de Covid signalés dans la délégation sénégalaise. C’est la confusion totale. La pandémie est venue fragiliser le délicat équilibre dans la Tanière, jusqu'à ce que les autorités compétentes aient reçu les renseignements supplémentaires en question. 
 
Les Lions ont finalement quitté Dakar, le mercredi 5 janvier, en fin de matinée. L’équipe est arrivée à Bafoussam, troisième ville du Cameroun, dans la nuit du 5 au 6 janvier, avec seulement 19 joueurs. 9 ont été laissés « à quai ». 
 
Le groupe à Bafoussam sans 9 joueurs
 
Il s’agissait de Saliou Ciss, Mamadou Loum Ndiaye, Mous­tapha Name, Bamba Dieng, Mame Baba Thiam, Pape Matar Sarr, Nampalys Mendy, Alfred Gomis et Boulaye Dia. À ces 9 joueurs restés à Diamniadio, il faut y ajouter les 6 membres de l’encadrement. Les uns pour avoir contracté le Covid-19, les autres pour des raisons jusque-là inconnues.
 
Après quelques séances d’entrainement, l’équipe de Aliou Cissé a démarré la compétition à moitié préparée ou pas du tout, sans son capitaine, ses portiers numéro 1 et 2 et d’autres titulaires.
 
Le Sénégal qui loge dans le grou­pe B, a ouvert sa CAN à Ba­fous­sam, le 10 janvier contre le Zimbabwe (1-0), avec un groupe réduit. De la même manière que pour la suite, le 14 janvier, face à la Gui­née Conakry (0-0). Avant de boucler contre le Malawi (0-0), le 18 janvier, avec le retour de certains cadres.
 
À l'issue du premier tour, c'est Aliou Cissé qui a fait les frais de ce début d'aventure très mouvementé. Le sélectionneur sénégalais a vécu des phases de poule de tension, de doutes et des retournements de situation. La première place du Groupe B acquise, l'entraîneur n’a pas réussi à faire taire les critiques et les inquiétudes.
 
Aliou Cissé peut enfin compter sur un groupe au complet au moment de jouer le Cap-Vert (2-0), Ismaïla Sarr finalement en tribunes pour match de huitièmes de finale de la CAN Cameroun 2021. La compétition somptueuse, où le tout-Cameroun se presse, est organisée dans un contexte sanitaire invraisemblable. 
 
Les cadres n’avaient rien à craindre, pas le même biscuit pour les joueurs moyens
 
Pire, elle est placée à nouveau en plein cœur de la saison, alors que cela n'avait pas été le cas en 2019. L'association européenne des clubs menace de ne pas libérer les joueurs pour la Coupe d'Afrique des nations (du 9 janvier au 6 février 2022 au Cameroun).
 
Si Sadio Mané, Kalidou Koulibaly, Édouard Mendy et Gana Guèye n’avaient rien à craindre, ce n’est pas le même biscuit pour des joueurs moyens de l’élite européenne ou de divisions inférieures.
 
Un retour avec une blessure et c’est un renouvellement de contrat qui s’envole. Un remplaçant qui brille en son absence et il est écarté à son retour. Pas trop de place pour les sentiments, selon Libération.
 
Les anecdotes sont nombreuses, renseigne le quotidien français, mais le drapeau national flotte plus haut que toutes autres considérations. Représenter son pays demeure l’honneur suprême, tout le monde a vu les choses de la même façon.
 
Napalys Mendy, Abdou Diallo et Pape Guèye ont fini de croiser le chemin de quelques joueurs qui ont disputé la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019. Ils en parlent tous avec une tendresse infinie.
 
Des souvenirs à foison. Pas un seul ne regrette. Ils gardent tous le meilleur en tête. Plus de tracasseries pour recevoir une prime ou se faire rembourser des billets d’avion.
 
Mais, on était pourtant dans l'incertitude, celle que Sadio Mané, Ismaïla Sarr, Pape Guèye... ont vécu au-delà des 120 mn sur la pelouse du stade Olembe de Yaoundé, en finale contre l’Égypte (0-0 a.p., 4 t.a.b. à 2).
 
Il faut dire qu’en dehors de la pandémie, la cohésion du groupe a été menacée par l’affaire Ismaïla Sarr, annoncé « définitivement forfait » pour la CAN Cameroun 2021. Une rumeur vite balayée par le président de la Fédé foot. Les tacles verbaux de Me Augustin Senghor glissés en courrier électronique se sont ajoutés aux messages postés par Aliou Cissé dans le groupé de discussion avec les dirigeants de  Watford FC sur WhatsApp. L’on apprend que le sélectionneur sénégalais a joué des coudes pour permettre au joueur formé à Génération Foot (GF) de faire don de soi pour le bien-être de ses partenaires. « Le joueur a tangué, mais il a résisté », renseigne-t-on. 
 
La polémique a entouré la gestion de la blessure de Sadio Mané
 
La gestion de la blessure de Sadio Mané, après son violent choc survenu en huitièmes, a été rendue difficile quand le médecin de la FIFA, saisi par Liverpool, s'est mêlé de ce qui ne le regarde guère. 
 
C’est que la FSF aurait reçu un courrier, celui des dirigeants du club de Premier League. Ils n’avaient pas hésité à pointer du doigt la décision de faire jouer Sadio Mané en quart, estimant que le leader technique des Lions devait être ménagé, après avoir été heurté par Vozinha, le gardien cap-verdien.
 
Au moment où la FSF parlait d’ « examens complémentaires qui n'ont révélé aucune lésion ni commotion cérébrale », Liverpool FC appelait à la précaution. Énième bras de fer  entre la fédé et les Reds, dans lequel le football de sélection apparaît comme le mieux armé. 
 
Pour certains, ce n'est rien d'autre qu'un résultat de l’agacement de la formation de Jürgen Kopp qui a vu Salah et Mané s’envoler à des milliers de kilomètres, pour disputer « un petit tournoi » en Afrique.
 
La pression du club de Premier League n'a pas empêché  Mané de bien se préparer physiquement pour le match de quart de finale de la Coupe d'Afrique des nations entre le Sénégal et la Guinée équatoriale (3-1). Un match que l'attaquant des Lions a pu démarrer, comme il le souhaitait ardemment.
 
Du côté du banc, Aliou Cissé a fait preuve d'un dépassement de fonction qu'on ne lui connaissait pas. Administrativement, Augustin Senghor, par ailleurs, vice-président de la Confédération africaine de football (CAF), a fait entendre sa voix et a forcé le respect des dirigeants de Liverpool.
 
Tout au long de la compétition, l'équipe du Sénégal « favorite » a dégagé une sérénité à toute épreuve. Gana Guèye, Cheikhou Kouyaté, Édouard Mendy et Kalidou Koulibaly ont assuré leur rôle de leader mental, à côté du leader technique incarné par le talentueux Sadio Mané.  Ils n'ont pas hésité à aller au front, comme sur le terrain, pour servir de bouclier et d’exemple aux plus jeunes. Tout le monde a fait tous les sacrifices pour que l'équipe soit la meilleure possible, en faisant abstraction des difficultés. 
 
Gana, Cheikhou, Édouard et Koulibaly en position de leader mental, à côté du leader technique incarné par Mané
 
Evidemment, il y en a eu beaucoup plus. Incertitude et frustrations ont secoué la noble mission des hommes de Cissé au service d'un peuple uni autour du slogan « Manko Wouti Ndamli ». En dehors de la Covid, la cohésion du groupe a été menacée par la suspension de Pape Guèye. 
 
L’annonce faite par son avocat à juste deux heures du match Sénégal-Guinée, où le milieu marseillais devait être titulaire, a fait l’effet d’une bombe. La FIFA informe d’une suspension de quatre mois pour une affaire de transfert entre son club, Marseille, et Watford.
 
Une décision qui a poussé la CAF à réagir vigoureusement, qualifiant la notification de la FIFA d’« inopportune et irrespectueuse ». Et tout le monde semble trouver cela anormal.
 
Le sélectionneur des Lions, Aliou Cissé, devra attendre pour savoir s’il a une chance de compter sur son milieu de terrain pour le reste de la CAN. Au bout du compte, Pape Guèye et son avocat ont fait appel devant le TAS, sur le fond de la décision et obtenu un effet suspensif de la sanction.
 
Tout est bien qui finit bien dans l’affaire Pape Guèye qui vient de voir sa suspension levée par le Tribunal arbitral du sport (Tas). L’info a fait le 11 janvier le tour des médias et autres réseaux sociaux annonçant le retour de Guèye, qui sera utilisé comme remplaçant, lors du dernier match de la phase de poule de la Coupe d'Afrique des nations entre le Sénégal et le Malawi (0-0). 
 
Voilà quelques-unes des péripéties de dernière minute (parmi tant d’autres gérées en interne) d'une compétition. Elles ont secoué la noble mission des hommes de Cissé au service d'un peuple, qui peut maintenant savourer les délices d'un trophée continental. 
Jeudi 10 Février 2022
Dakaractu




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