L'éradication de la peste des petits ruminants : un combat contre la pauvreté rurale .


Depuis février 2014, le Sénégal a institué une Journée nationale de l’Elevage fixée au 26 novembre. Cette année, la cinquième édition aura exceptionnellement lieu le 6 décembre 2018 autour du thème : Eradication de la peste des petits ruminants, un défi mondial pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations. La journée sera célébrée à Ranérou dans la région de Matam.
La population mondiale de petits ruminants (ovins et caprins) est estimée à 2.1 milliards de têtes (FAO). Ils sont la première ressource dans le secteur de l’élevage pour environ 300 millions de familles rurales les plus pauvres de la planète. Pour ces ménages, les ovins et les caprins sont une source régulière d’aliments et de revenus, un moyen de préserver leur épargne et un filet de sécurité en prévision des périodes difficiles. Le lait et la viande d’ovins et de caprins ont une grande valeur nutritionnelle et sont riches en protéines de qualité, en vitamines et en minéraux essentiels au développement cognitif et à une bonne condition physique, en particulier pour les enfants. Les petits ruminants occupent également une place importante dans nos sociétés car ils sont régulièrement ``sollicités’’ pour des évènements socio-culturels et religieux. Les petits ruminants, bien adaptés aux environnements arides et semi-arides, sont élevés dans le cadre de divers systèmes de production à travers le monde. Dans les zones arides et désertiques, la survie des ménages peut dépendre totalement des animaux car la production végétale y est pratiquement absente. Les petits ruminants forment un patrimoine mobile; les pasteurs se déplacent avec leurs bêtes à la recherche d’eau et de nouveaux pâturages, lors de périodes de stress climatique ou lorsque des problèmes de sécurité apparaissent. Dans ces systèmes pastoraux, la viande et le lait sont essentiels à la sécurité alimentaire et à la nutrition. La vente d’animaux vivants et de produits d’origine animale représente de 60 à 80% de l’ensemble des revenus des ménages. Dans la plupart des cultures pastorales, ce sont les femmes qui s’occupent des petits ruminants et qui gèrent les revenus qui en découlent. Cette situation favorise l’égalité hommes-femmes et contribue à une répartition équitable des revenus et des aliments d’origine animale au sein des ménages.
La peste des petits ruminants (PPR) est une maladie hautement contagieuse, qui touche les ovins et les caprins. Elle est causée par un virus du genre Morbillivirus de la famille des paramyxoviridés. La PPR provoque chaque année des pertes allant jusqu’à 2,1 milliards d’USD. Au-delà de ce chiffre, cela signifie que les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire de 300 millions de familles sont menacés, ainsi que les possibilités d’emploi. En outre, les petits ruminants et leurs produits font l’objet d’un commerce international, en particulier en Afrique et au Moyen-Orient. La PPR a donc des incidences sur les recettes d’exportation et créent des cas de pénurie de l’offre. L’incapacité des familles, des communautés et des institutions à anticiper, amortir ou surmonter les impacts de la PPR est susceptible de compromettre les efforts de développement aux niveaux national et régional, ainsi que de provoquer un retour en arrière, en effaçant des décennies de progrès.
Une épidémie de PPR est une urgence en raison de la propagation rapide de la maladie et du taux de mortalité élevé des animaux. Les maladies mortelles des petits ruminants comme la PPR frappent des moyens de subsistance déjà vulnérables et peuvent anéantir l’épargne des populations pauvres, en particulier dans les zones pastorales. De plus, les gens se désespèrent lorsqu’ils perdent leurs biens, ce qui favorise l’apparition de troubles sociaux, des migrations incontrôlées et des problèmes de sécurité.
Depuis sa première apparition en Côte d’Ivoire en 1942, la PPR s'est propagée à un rythme alarmant atteignant des régions indemnes. La maladie est présente ou suspectée dans plus de 70 pays en Afrique, en Asie et au Moyen Orient. En 2016, elle a été signalée pour la première fois en Géorgie et en Mongolie où l’infection est également passée des petits ruminants au niveau des antilopes sauvages (antilope saiga) décimant jusqu’à 60% de la population de cette espèce menacée d’extinction selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En 2018, le Burundi et la Bulgarie ont déclaré leurs premiers cas de PPR. Si elle est laissée incontrôlée, elle s'étendra encore plus.
Lutter contre la PPR et, à terme, l’éradiquer signifie combattre la pauvreté rurale, assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et renforcer la résilience des pasteurs pauvres et de leurs communautés, de leur permettre de mieux faire face aux chocs et aux menaces, de prévenir les migrations forcées et d’atténuer toutes les manifestations extrêmes. Elle contribuera ainsi de manière importante à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 1 (élimination de la pauvreté) et l’ODD 2 (élimination de la faim), mais aussi l’ODD 5 (parité hommes-femmes) et l’ODD 8 (travail décent et croissance économique).
En avril 2015, à Abidjan, la Stratégie mondiale pour le contrôle et l’éradication de la PPR a été adoptée durant une Conférence internationale organisée par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) en collaboration avec le gouvernement ivoirien. Fortes de leur expérience dans l’élimination de la peste bovine, la FAO et l’OIE ont constitué un secrétariat mondial conjoint pour guider les efforts visant à éradiquer la PPR dans le monde d’ici 2030.
Une première phase de cinq ans du Programme mondial d’éradication de la PPR (PPR GEP), de 2017 à 2021, (lancée en octobre 2016) vise à maîtriser la maladie, à renforcer les capacités des Services vétérinaires nationaux, à nouer des partenariats, et à créer les bases nécessaires à des approches transfrontalières coordonnées, avec comme objectif ultime l’éradication de la PPR d’ici à 2030. Le PPR GEP est un processus multinational qui comporte plusieurs stades: des évaluations épidémiologiques et socioéconomiques, la lutte contre le virus de la PPR, son éradication et le maintien du statut indemne. De larges consultations ont guidé les stratégies nationales et les feuilles de route régionales afin qu’elles effectuent des campagnes de vaccination rentables et efficaces.
L’humanité n’a réussi l’éradication d’une maladie infectieuse que deux fois dans son histoire. La variole, une maladie qui rien qu’au cours du XXe siècle avait entraîné la mort d’entre 300 et 500 millions de personnes a été déclarée éradiquée en 1980 par l’Organisation mondiale de la Santé. La peste bovine, une maladie mortelle qui sévissait depuis des siècles chez les bovins et les buffles, a été officiellement déclarée éradiquée par la FAO et l’OIE en 2011. Aujourd’hui, une troisième grande éradication est à notre portée. La PPR peut être éradiquée dans le monde entier d’ici à 2030. Elle peut être facilement diagnostiquée pour un coût raisonnable et on dispose d’un vaccin fiable, bon marché et de très bonne qualité. L’inoculation d’une seule dose du vaccin protège les animaux tout au long de leur vie. Renforcer les moyens dont disposent les services vétérinaires nationaux pour contrôler et éradiquer cette maladie aura aussi de nombreux effets bénéfiques dans la lutte contre d’autres maladies animales. Son succès sera garanti si elle est accompagnée d’un soutien politique et financier approprié et d’un plan d’action spécifique.

La FAO et l’OIE ont établi des partenariats avec des organisations régionales comme le Bureau Interafricain des Ressources Animales (UA-BIRA), le Centre panafricain des vaccins vétérinaires de l’Union africaine (AU-PANVAC) et les Communautés économiques régionales en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. La participation d’organisations de la société civile concernées est également encouragée.
Le coût total du premier programme quinquennal est estimé à 996 millions d’USD. Il comprend le coût de la vaccination de 1,5 milliard d’ovins et de caprins (achats des vaccins, logistique et évaluation après la vaccination), qui constituerait plus de 70% du coût estimatif total. 9% environ du budget sont alloués à la lutte contre d’autres maladies des petits ruminants, 7% à la coordination et à la gestion de la lutte contre la PPR et à son éradication, et 5% à l’évaluation et à la surveillance.
Près de 61% des besoins de financement ont été mobilisés par les pays infectés et à risque eux-mêmes et par un large éventail de partenaires. Les fonds garantis permettent de vacciner environ 806 millions de moutons et de chèvres, soit un peu plus de la moitié du cheptel mondial menacé. Il reste à trouver les 340 millions d’USD pour préserver les investissements critiques notamment le renforcement des laboratoires et des services vétérinaires nationaux, l’organisation de réunions régionales, les activités de plaidoyer et la communication.
En septembre 2018 à l’occasion de la conférence ministérielle « Nouer des partenariats et investir pour un monde libéré de la peste des petits ruminants’’ organisée à Bruxelles par la FAO et l’OIE en collaboration avec l’Union européenne et l’Union africaine, 16 ministres responsables de l'élevage, de la production et de la santé animales en compagnie de haut responsables de 28 pays concernés par la PPR et de représentants des Communautés économiques régionales, des donateurs, du secteur privé et des organisations de la société civile et non gouvernementale ont adopté une déclaration réaffirmant leur engagement dans la lutte contre la PPR en vue de son éradication mondiale et exhortant les donateurs et tous les partenaires au développement à joindre cette initiative historique pour combler les déficits de financement critiques afin d’éliminer efficacement la PPR.
L’engagement des autorités sénégalaises et les activités mises en œuvre dans le cadre du programme national d’éradication de la PPR sont à saluer.  
 
Dr Bouna Diop
Secrétaire,
Secrétariat conjoint FAO/OIE du Programme mondial d’éradication de la PPR
Viale delle Terme di Caracalla, 00153 Rome, Italie
Dimanche 25 Novembre 2018
Dakaractu



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