INSTITUT DES SCIENCES DE LA TERRE DE L’UCAD : Ces réformes nécessaires après 40 ans d’existence.


Créé en 1982, l’Institut des sciences de la terre (Ist) a pour vocation de former des ingénieurs géologues de conception opérationnels au Sénégal, en Afrique et dans le monde. Aujourd’hui, la plupart des sortants de l’Institut travaillent dans de grandes structures publiques ou privées, d’autres ont même des responsabilités dans des multinationales, faisant ainsi de l’Ist une école d’excellence. 

 

Au fil des années, l’Ist a réussi à se forger une bonne réputation, grâce à la qualité des ingénieurs formés qui ont fini de faire leurs preuves et de s’imposer dans le milieu professionnel. Que des femmes et des hommes rompus à la tâche sont issus de l’Institut ! La liste est longue, mais l’une de notre plus grande fierté reste, sans conteste, le Chef de l’Etat, SEM Macky Sall, 14eme ingénieur issu de la 3ème Promotion 1988.

D’autres hommes et femmes de valeur ont été formés dans cette école. Et ce rythme continue d’être maintenu jusqu’à présent. A ce titre, il faut aussi saluer le dévouement d’un corps professoral qui, en dépit des moyens réduits, donne au quotidien le meilleur de lui-même pour maintenir ce label d’excellence. 

 

Au passage, nous saluons la mémoire d’un homme de vision, Feu le Professeur Ousseynou Fall Dia, Co-fondateur et premier Directeur de l’Ist, récemment rappelé à Dieu. 

Seulement, après 40 ans d’existence, il est temps de revoir les méthodes d’enseignement pour être en phase avec les nouveaux enjeux. Il faut le dire, la formation assurée par l’Ist dans les métiers des sciences de la terre  nécessite un processus de mise en adéquation continue avec les besoins des industries extractives et les administrations du secteur. 

 

De plus, la tendance mondiale pour une prise en compte équilibrée des paramètres du développement durable  dans la gouvernance des ressources naturelles commande un changement de paradigme et une réadaptation de la formation pour capter les opportunités d’emplois qu’offre le secteur des industries extractives. 

 

A cela s’ajoutent les nouvelles technologies qui ont changé notre manière de travailler et bouleversé nos activités quotidiennes. Sans compter la prolifération des écoles de formation aux métiers des sciences de la terre qui proposent des opportunités intéressantes d’étudier dans un cadre propice avec une image plus attrayante. 

 

Lever le frein au décollage de l’Ist

 

L’émergence d’une institution doit se faire de manière graduelle et réfléchie. La marche de l’Ist vers son autonomie reste lente à cause des pesanteurs internes qui doivent, à tout prix, être levées. Depuis près de deux décennies, l’Institut des Sciences de la Terre traine à son actif plusieurs tentatives avortées de transformation en une structure autonome.  Dans cette quête d’un mieux-être, l’Etat a toujours fait des propositions au corps enseignant sans pour autant que cela puisse prospérer. L’expérience du transfert des locaux à Thiès est encore fraiche dans les mémoires, de même que la volonté, plusieurs fois exprimée, de transformer l’Ist en ESSTE (Ecole supérieure des sciences de la terre et de l’environnement), en ESMK  (Ecole Supérieure des Mines de Kédougou) et en ESMG (Ecole Supérieure des Mines et de la Géologie qui devait être logée à l’UAM. Toutes ces initiatives n’ont pas abouti, à cause des querelles de positionnement de certains responsables.

 

Aujourd’hui, fort heureusement, le Président de la République du Sénégal, SEM Macky Sall  qui a toujours montré sa fierté d’être formé dans cette école affiche la ferme ambition de régler définitivement et en un temps record, la question de la transformation de l’Ist en une école qui sied plus à sa vocation d’excellence. 

Pour la réussite de cette mission, le MESRI (Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la recherche et de l’Innovation) doit intégrer tous les éléments pertinents des anciens projets de transfert de l’Ist et surtout se pencher sur les blocages récents et multiformes. Les leçons apprises permettront, à coup sûr, de lever définitivement les barrières qui ont longtemps constitué les véritables freins au décollage de l’Ist.

 

Une nouvelle Ecole oui… Mais surtout une nouvelle image 

 

Récemment, nous avons eu écho que l’Etat souhaite construire un nouveau bâtiment destiné à l’Ecole nationale supérieure des sciences de la terre (ENSST) qui va remplacer l’Ist. Mais, ce qui parait surprenant, c’est qu’une telle infrastructure va être implantée dans l’espace abritant le BRGM. Une telle proposition qu’on dit provenir du MESRI est loin d’être pertinente ou conforme à la volonté du Chef de l’Etat d’assurer à l’Ist un meilleur rayonnement et une plus grande visibilité que l’actuelle emprise ne permet pas. 

 

Dans le changement de statut de l’Ist, trois objectifs majeurs peuvent être visés : une autonomie qui lui permet d’accomplir ses missions ; un nouveau projet pédagogique innovant et enfin une visibilité qui sied à sa vocation d’excellence.

 

A la lumière de ces objectifs, l'ENSST peut bien être rattachée à l’Ucad et se trouver géographiquement hors des limites de l’université. Cette nouvelle école doit avoir un nouveau cadre, plutôt que d’être confinée dans un espace peu reluisant et sans attrait d’autant plus qu’elle doit abriter le futur Musée de la géologie qui sera conçu pour être la vitrine africaine des Géosciences et de ses applications. Ce Musée, qui doit retracer l’histoire géologique du Sénégal et de l’Afrique, sera ouvert au grand public. Pour cela, la décision de création de l’ENSST en remplacement de l’Ist va nécessairement s’accompagner de transformations profondes qui impliquent un changement d’image, car cette école a longtemps été méconnue par le commun des Sénégalais malgré l’apport inestimable qu’elle ne cesse d’assurer à notre pays.

 

Par devoir et pour la postérité, il est temps, pour les enseignants que nous sommes, de prendre notre destin en main. Il ne s’agit guère de se contenter du peu ou de faire des propositions en deçà des ambitions de SEM le Président de République. Il s’agit plutôt d’élever la barre car, après 40 ans de leadership et d’excellence, l’Ist mérite une place au soleil pour rayonner de mille feux. C’est pourquoi en tant qu’alumnus, j’estime que les autorités ont le devoir d’orienter l’Ist vers cette ambition élevée de disposer d’un site autre de celui proposé actuellement pour bâtir l’ENSST. 

 

Enfin, il faut convenir que l’ENSST peut bel et bien avoir un avenir même en dehors de l’Ucad. Il y a, par exemple, l’UAM qui, jusqu’en 2018, était la destination la plus attendue de l’IST avec ESMG. 

 

Intégration de la dimension genre 

 

Les enseignants que nous recrutons à l’Ist se distinguent par leur professionnalisme et par leur maîtrise du secteur. Ceci est donc une chance à consolider. Seulement, le rayonnement du label Ist dans l’ENSST se fera avec les femmes ou ne se réalisera pas de façon appropriée. Il est temps que les femmes puissent avoir leur place méritée dans le corps enseignant. Car, l’Ist capitalise aujourd’hui 40 années d’expérience et plus de 400 diplômés formés d’ingénieurs et d’ingénieures aussi valeureuses.  

 

Paradoxalement, depuis sa création, en 1982, l’Ist n’a recruté qu’une seule enseignante. Une décision certes importante mais qui est intervenue en 2016, le reste du corps professoral étant constitué d’hommes. C’est dire que l’intégration de la dimension genre n’a jamais été une réalité dans la gestion de cet institut, alors que la tendance actuelle dans le monde est d’encourager les candidatures féminines aux postes de responsabilités. 

 

Tirer profit des partenariats locaux 

 

La découverte du pétrole et du gaz, dans notre pays, reste une opportunité pour l’Ist qui doit en profiter pour jouer sa partition en apportant sa grande expérience d’école formatrice aux métiers de la géologie, des mines et du pétrole. Le Chef de l’Etat, SEM Le Président Macky Sall a eu la bonne idée de créer dès les premières découvertes de pétrole dans le pays, l’Institut national du Pétrole et de Gaz (Inpg) afin de former les ressources humaines nécessaires pouvant aider notre pays à faire face aux nombreux défis de l’exploitation pétrolière. La création de l’Inpg doit être plus  qu’une une opportunité pour l’Ist. Car, dans la perspective d’une collaboration efficiente en formation, l’Ist a l’occasion de se hisser dans des standards de fonctionnement et de faire profiter son expertise. 

 

Faudrait-il pour autant que l’Ist fasse montre d’une grande ambition en inventant de nouveaux paradigmes dans sa manière de fonctionner.  Il est donc temps que cette école que nous aimons tant redore son blason. 

 

Mame Codou NDIAYE

Ingénieure Géologue de Conception, alumnus Ist

Assistante titulaire en Minéralogie / Pétrographie, en service à l’Institut des Sciences de la Terre

Faculté des Sciences et Techniques

Université Cheikh Anta DIOP Dakar

Dimanche 6 Septembre 2020
Dakaractu




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