[ Contribution] Sur le socle de la durabilité , cap vers les Amériques (Cheikh Tidiane FALL)


[ Contribution] Sur le socle de la durabilité , cap vers les Amériques  (Cheikh Tidiane FALL)
Jusqu'à dimanche dernier, il y avait le 6 février 2022 avec cette première étoile si longtemps attendue par le football sénégalais, qui avait surtout connu des déceptions retentissantes et douloureuses, malgré la grande qualité de nos joueurs et la richesse de nos effectifs. Jusqu'alors, jamais invités à la table des grands d'Afrique, où des pays comme l'Égypte et le Cameroun avaient pris leurs aises, les Lions mirent fin à une certaine anormalité.

Après la parenthèse et l'échec encore inexplicable de Yamoussoukro, il y aura désormais, et surtout, le 18 janvier 2026 avec cette victoire qui a eu un retentissement planétaire, avec des images diffusées un peu partout, permettant de mesurer l'exploit d'un groupe de Sénégalais qui ont su faire un vrai match d'homme, comme l'a si bien qualifié Sadio Mané.

C'était face à une adversité à multiples facettes. Tout d'abord, il faut le reconnaître, face à l'une des meilleures formations du continent, le Maroc, seule équipe demi-finaliste africaine en Coupe du monde, première nation africaine au classement FIFA, avec, en plus, une longue invincibilité à domicile.

Une sélection chérifienne évoluant dans un stade transformé en chaudron, où tout a été fait pour que la présence des supporters sénégalais soit amenuisée au maximum, avec cette gestion scandaleuse de la billetterie par la CAF et le Comité d'organisation local.

Il y a aussi le fait que le Maroc devait coûte que coûte remporter "sa" deuxième Coupe. Le moment ou jamais, après 50 longues années d'attente et des investissements énormes en infrastructures, dans la perspective de la Coupe du Monde 2030 à co-organiser avec l'Espagne et le Portugal.

À noter, par ailleurs, cette atmosphère lourde, il y a quelques mois, dans le Royaume, avec les manifestations des jeunes des quartiers défavorisés des grandes villes, jugeant inopportun de dépenser autant de dirhams dans la construction de stades, au moment où les priorités devraient être l'emploi, la santé et l'éducation.

Un cocktail explosif latent qui nécessitait de calmer le bas peuple en lui offrant l'ivresse d'une éclatante victoire dans une CAN très relevée.

Au-delà de tout cela, il y a eu le sentiment que tout est fait, avec la complaisance de la CAF, je me garderai de parler de complicité, pour que le Maroc s'impose.

D'ailleurs, ces dernières années, il y a un malaise dans le football africain, où beaucoup d'acteurs pensent que le vrai détenteur du pouvoir n'est pas le Sud-Africain Patrice Motsepe, Président de la CAF, qui est là pour inaugurer les chrysanthèmes, mais le tout-puissant Fouzi Lekjaa, son premier vice-président et à la tête de la Fédération Royale Marocaine de Football.

Tout semblait être contre les Lions dans ce match, et cela permet de mesurer à sa juste valeur cet authentique exploit à Rabat.

Pour le réaliser, ils ont démontré, avec leur encadrement technique, que le meilleur effectif est en réalité celui qui arrive à bien s'exprimer et à avoir le dernier mot.

À ce propos, il faut saluer le management et le coaching de Pape Thiaw et ses collaborateurs, qui ont, au fur et à mesure qu'ils avançaient, réussi à tirer les bonnes leçons et apporter les rectificatifs nécessaires pour présenter cette équipe type, ayant monté en puissance et conquérante en demi-finales et en finale.

On peut dire que c'est la meilleure équipe qui s'est imposée finalement dans le jeu, poussant tous ses adversaires, même l'Égypte et le Maroc, à du respect, voire de la peur, à plus défendre qu'attaquer, en spéculant sur des erreurs des Lions et les contres-attaques.

Quelle maturité tactique de nos joueurs pour ne pas tomber dans ces pièges !

Pour un coup d'essai, c'est un véritable coup de maître de Pape Thiaw, déjà vainqueur du CHAN, et c'est tout à l'honneur des techniciens africains, à qui il faut davantage faire confiance et ne pas privilégier ces fameux "sorciers blancs" qui ont en réalité une âme de mercenaires.

Cette victoire des Lions a un immense écho un peu partout sur le continent, et j'ai été surpris par le grand nombre de félicitations reçues d'amis, du genre "Congratulations. You did it for Africa".

Le scénario hitchcockien du match, avec ce retrait-retour du terrain des joueurs sénégalais à cause des errements suspects de l'arbitre congolais, le leadership assumé de Sadio Mané pour reprendre le jeu, la panenka prétentieuse et ratée de Brahim Dias... Autant d'ingrédients détonants qui ont marqué cette fin de match sous la pluie.

Il fallait avoir un mental en acier pour sortir de ce traquenard. Tout avait cependant failli basculer, mais pour cette fois-ci, les Dieux du stade étaient bien présents, avec une justice immanente.

Ce résultat est aussi celui de la nouvelle équipe fédérale conduite par Abdoulaye Fall, qui réussit une belle première. Elle a su fructifier les acquis sur le socle de la durabilité bâti par Me Augustin Senghor et ses collaborateurs.

Le Sénégal s'est ainsi installé résolument sur la voie de l'excellence footballistique, avec une icône planétaire, Sadio Mané, que tout le monde nous envie.

C'est le moment de bien célébrer ce triomphe éclatant, avant de reprendre le travail et de mettre le cap sur le Mondial dans quelques mois, là-bas vers les Amériques, où les Lions seront très attendus, avec un nouveau statut, comme les dignes représentants d'un football africain ambitieux et sans complexes.

Cheikh Tidiane FALL
Ancien Rédacteur en chef du Soleil
Lundi 19 Janvier 2026
Dakaractu



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