Talibé de 10 ans ligoté et battu à mort à Jaxaay : dix ans de réclusion requis contre le maître coranique

Le maître coranique Habiboulaye Diallo risque une peine de dix années de réclusion criminelle dans une affaire portant sur la mort d’un talibé de 10 ans. Selon l’accusation, l’enfant aurait été ligoté aux pieds et aux mains avant d’être violemment battu dans un daara de la cité Assurance, à Jaxaay. Après avoir reconnu certains faits durant l’instruction, l’accusé s’est rétracté devant la Chambre criminelle de Dakar, rapporte Les Échos.


Les faits jugés remontent à l’année 2023. Ils se sont produits dans un daara situé à la cité Assurance, dans la commune de Jaxaay.
 
La victime, un garçon de 10 ans désigné sous le nom de M. Diallo, avait été confiée à cet établissement par ses parents pour y suivre un enseignement coranique. Le maître des lieux, Habiboulaye Diallo, marié et père d’un enfant, est poursuivi pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur un mineur de moins de 15 ans.
 
L’homme a comparu lundi 20 juillet 2026 devant la Chambre criminelle de Dakar, après avoir passé environ trois années en détention provisoire.
 
 
D’après le récit publié par Les Échos, le garçon aurait manifesté son désaccord avec la décision de ses parents de privilégier les études coraniques au détriment de l’école française.
 
Le jeune pensionnaire aurait tenté, à plusieurs reprises, de quitter clandestinement le daara. Face à ces fugues répétées, Habiboulaye Diallo aurait contacté le père de l’enfant afin que celui-ci intervienne et tente de le convaincre de poursuivre sa formation.
 
Ces démarches n’auraient cependant pas permis de modifier le comportement du garçon. Le maître coranique aurait alors décidé de le sanctionner afin, selon le dossier, de le corriger et de le dissuader de prendre une nouvelle fois la fuite.
 
Selon l’accusation, Habiboulaye Diallo aurait conduit le garçon dans une pièce du daara où étaient conservées les provisions de l’établissement.
 
Une fois à l’intérieur, le maître coranique lui aurait attaché les pieds et les mains. Il l’aurait ensuite frappé avec une telle violence que la mort de l’enfant s’en serait suivie.
 
Le dossier retient ainsi contre l’accusé des actes de ligotage et de sévices corporels ayant entraîné le décès du talibé, sans que l’intention de donner la mort ne lui soit formellement imputée.
 
Entendu par les enquêteurs de la gendarmerie, Habiboulaye Diallo aurait reconnu avoir enfermé le garçon dans la pièce utilisée pour entreposer les provisions.
 
Devant le magistrat instructeur, il serait allé plus loin en admettant avoir attaché et battu l’enfant. Ces déclarations ont joué un rôle central dans son inculpation et son renvoi devant la juridiction criminelle.
 
Sur la base de ces éléments, il a été inculpé de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commis sur un mineur âgé de moins de 15 ans.
 
Devant la Chambre criminelle, Habiboulaye Diallo a toutefois changé de version. Il est revenu sur les déclarations qui lui étaient attribuées au cours de l’enquête préliminaire et de l’instruction.
 
Il a affirmé avoir appris la mort du garçon par l’intermédiaire du gardien du daara alors qu’il était en train de dormir.
 
Interpellé sur les traces de liens et les marques de sévices corporels relevées sur l’enfant, le maître coranique a contesté l’avoir attaché. Il a également soutenu qu’il n’était pas présent au moment du décès.
 
« Je ne l’ai pas ligoté. Je ne sais pas s’il a été attaché », a-t-il déclaré, selon le compte rendu de Les Échos. L’accusé a ajouté qu’il avait été réveillé pour être informé de la mort du pensionnaire.
 
Les parents du garçon ne se sont pas présentés devant la Chambre criminelle au moment du procès.
 
Leur absence n’a toutefois pas empêché le ministère public de développer son accusation en s’appuyant notamment sur les premières déclarations du maître coranique et sur les constatations effectuées dans le cadre de l’enquête.
 
Le dossier a ainsi été examiné sans que la famille du défunt ne vienne exposer directement sa position devant la juridiction.
 
Au terme de son réquisitoire, le procureur a demandé que Habiboulaye Diallo soit condamné à dix années de réclusion criminelle.
 
Le ministère public considère que les violences exercées contre le garçon sont à l’origine de sa mort et que la responsabilité pénale du maître coranique doit être retenue malgré les dénégations formulées à l’audience.
 
La peine requise correspond à la gravité des faits poursuivis, commis sur un enfant de seulement 10 ans placé sous l’autorité et la responsabilité de l’accusé.
 
Me Ndiogou Ndiaye, avocat du maître coranique, a plaidé en faveur d’une application bienveillante de la loi.
 
La défense a également sollicité la mainlevée du bracelet électronique porté par son client. Cette requête a été rejetée par la Chambre criminelle.
 
Après les plaidoiries et le réquisitoire du ministère public, le tribunal a mis l’affaire en délibéré. La décision sera rendue le 11 août 2026.
Mercredi 22 Juillet 2026
Dakaractu



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