Refondation curriculaire : Quand la mémoire du passé éclaire l'école de demain


C'est une rencontre inédite dans l'histoire du système éducatif sénégalais. Ce mercredi, le ministre de l'Éducation nationale a présidé la toute première réunion entre le Comité scientifique de la Refondation curriculaire et le Comité consultatif des anciens ministres de l'Éducation nationale. Une journée riche, dense et historique, placée sous le signe de la mémoire institutionnelle et de la construction collective d'une école sénégalaise renouvelée.

 

L'antidote à l'éternel recommencement

 

Dès l'ouverture, le ministre actuel Moustapha Mamba Guirassy a donné le ton avec un discours d'une rare profondeur. Face aux anciens ministres Ibrahima Sall, Mamadou Talla, Kalidou Diallo, Abdou Fall, Serigne Mbaye Thiam et Cheikh Oumar Hann, ainsi qu'aux membres du Comité scientifique, il a martelé une conviction : la mémoire institutionnelle est le capital immatériel le plus précieux d'une organisation.

 

 

Pour lui, l'enjeu est clair : éviter que chaque nouveau gouvernement réinvente la roue, répète les mêmes erreurs et balaie les réformes précédentes. « Nous avons engagé beaucoup trop de ressources en temps, en argent et en réflexion pour risquer de mettre en danger ce que nous sommes en train de construire », a-t-il averti, soulignant que la refondation curriculaire dépasse la seule personne des ministres et doit être institutionnalisée.

 

Deux instances, une ambition partagée

 

La matinée a débuté par une présentation du Comité consultatif et de cette toute première collaboration formelle avec le Comité scientifique. Le ministre a tenu à préciser l'esprit de la rencontre : « Il ne s'agit ni d'un exercice de tribunal du passé, ni de réouverture des arbitrages techniques en cours. Il s'agit d'un décodage stratégique, la mémoire des réussites qu'il faut préserver et des erreurs qu'il ne faut jamais répéter. »

 

Les cinq sous-comités du Comité scientifique, couvrant l'identité et les finalités, l'élève et les apprentissages, la santé et le bien-être, la gouvernance et le financement, ainsi que les sciences et le numérique, ont ensuite écouté avec humilité les témoignages des anciens ministres.

 

Un foisonnement d'idées pour refonder l'école

 

Après leurs brèves présentations, les anciens ministres ont développé un cadre d'échange inclusif et extrêmement riche. Les grandes idées revenues avec insistance témoignent de l'ampleur du chantier engagé : la formation des enseignants et la nécessité de former les formateurs en priorité, l'excellence et l'équité comme boussole de la réforme, le transfert des ressources et des retours d'expérience, l'adéquation entre formation et emploi, l'entrepreneuriat territorial, la pédagogie inversée, l'égalité des chances pour les filles et le décrochage préoccupant des garçons.

 

Des questions fondamentales ont également été soulevées : comment intégrer les 25 langues nationales dans un système éducatif cohérent ? Comment prendre en charge toutes les tranches d'âge de 6 à 16 ans ? Comment inclure les daaras et l'éducation coranique dans la refondation ? Comment associer les acteurs de la réforme à la réforme elle-même, et déplacer le centre de gravité de l'école vers la communauté ?

 

Des propositions concrètes ont également émergé : un cadre de pilotage de l'ensemble des opérations, l'intégration de l'intelligence artificielle dans l'enseignement, la décentralisation et la déconcentration du système éducatif, la valorisation des productions existantes, et la modernisation de l'enseignement par des documents facilement exploitables sur le terrain.

 

Le ministre reprend la parole : valeurs et convergences

 

En fin de session, le ministre de l'Éducation nationale a repris la parole pour synthétiser les échanges. Il a mis en lumière une convergence remarquable autour de plusieurs axes : la nécessité d'un nouveau type de savoir-faire typiquement sénégalais, ancré dans les valeurs socioculturelles du pays, la transformation de l'école comme levier de transformation de la société, et la durabilité, l'humanité et la citoyenneté comme socles de la refondation.

 

Il a également évoqué des défis transversaux : la dépendance financière extérieure, la santé et la nutrition comme conditions de l'apprentissage, et la question linguistique comme verrou central à desserrer.

 

En guise de perspectives, le ministre a annoncé l'organisation prochaine d'un sommet pour la valorisation des acteurs de l'éducation, en citant la figure de Cheikh Anta Diop comme symbole de la reconquête de la position du Sénégal sur le plan éducatif mondial.

 

Un hommage vibrant aux héros du jour

 

La journée ne s'est pas terminée sur des discours. Elle s'est clôturée sur une émotion pure. Sept personnes en situation de handicap, ayant réussi brillamment leurs examens, ont été honorées devant l'assemblée. Des cadeaux leur ont été remis, et chacun d'eux a adressé un message touchant au ministère de l'Éducation nationale, un moment de grâce qui a rappelé à tous pourquoi cette refondation a du sens.

Pour couronner cette journée, une troupe d'enfants de l'école sénégalaise en Gambie a fait vibrer la salle en interprétant l'hymne national du Sénégal en français et celui de la Gambie en anglais, avant une photo de famille comme souvenir d'une journée aussi fructueuse qu'inoubliable.

 

Ce n'est qu'une première session. Mais elle restera, selon les mots mêmes du ministre, une lumière qui ne restera pas sans suite.

Jeudi 23 Juillet 2026
Fatoumata Gadjigo ( Stagiaire)



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