Accusé d’attouchements sur une fillette de 3 ans, l’imam Mouhamed Camara retrouve la liberté après quatre années de détention provisoire

Poursuivi pour des faits présumés de pédophilie et de détournement de mineure sur une fillette âgée de 3 ans, Mouhamed Camara, imam à la mosquée de la cité Asecna, a finalement été acquitté par la Chambre criminelle de Dakar. Âgé de 69 ans, l’accusé, qui contestait les faits depuis le début de la procédure, aura passé près de quatre années en détention provisoire avant le verdict, rapporte Les Échos.


Mouhamed Camara, plus connu sous le nom d’Oustaz, comparaissait mardi 21 juillet 2026 devant la Chambre criminelle de Dakar. L’imam, domicilié à la cité Asecna, était accusé d’avoir commis des attouchements sur une fillette de 3 ans, désignée dans la procédure sous les initiales F. Kane.
 
La mineure vivait dans la même maison que l’accusé. Selon Les Échos, l’affaire a été portée devant les enquêteurs à la suite des déclarations de Fatoumata Bintou Diatta, présentée comme la mère de la victime présumée.
 
Placée sous mandat de dépôt, la personne poursuivie se trouvait en détention provisoire depuis le 24 mai 2022. Elle était renvoyée devant la juridiction criminelle pour pédophilie et détournement de mineure.
 
Au cours de l’enquête, la mère de la fillette avait expliqué avoir remarqué que son enfant se grattait au niveau des parties intimes, un comportement qu’elle disait n’avoir jamais observé auparavant.
 
Interrogée par sa mère, la fillette aurait alors affirmé avoir subi des attouchements de la part de l’imam, qui l’aurait conduite dans sa chambre. Le jour évoqué, l’enfant se serait trouvée en compagnie d’une camarade prénommée Aïssatou.
 
La mère de cette dernière, également entendue, avait déclaré avoir aperçu la fillette rôder près de la chambre de l’accusé. Selon son témoignage, l’enfant demandait une pièce de 100 francs CFA à un individu dont elle ne parvenait toutefois pas à distinguer le visage.
 
Confrontée à l’homme qu’elle mettait en cause, la fillette aurait maintenu ses déclarations. Elle avait également décrit aux enquêteurs la configuration de la chambre dans laquelle les faits se seraient produits.
 
Elle avait notamment évoqué la présence d’un poste téléviseur, d’un lit et de plusieurs exemplaires du Coran. Afin de vérifier ces indications, les gendarmes avaient effectué une perquisition dans la chambre de l’imam.
 
D’après le récit de Les Échos, les enquêteurs avaient retrouvé sur les lieux les objets précédemment décrits par l’enfant. Cet élément avait été retenu au cours de la procédure comme l’un des indices soutenant les accusations formulées contre Mouhamed Camara.
 
La fillette avait également été conduite dans une structure hospitalière pour être examinée. Le médecin avait relevé des ecchymoses d’environ trois centimètres au niveau génital, tout en constatant que l’hymen était intact.
 
Ces constatations ont occupé une place importante dans les débats. Le parquet y voyait un élément susceptible d’appuyer la thèse d’attouchements, tandis que la défense contestait l’existence d’une preuve permettant d’attribuer les lésions à son client.
 
À la barre, Mouhamed Camara a catégoriquement rejeté les accusations. Le natif de Kaolack a déclaré que, le 24 février 2022, il n’avait pas vu la fillette, celle-ci ne s’étant pas présentée dans sa chambre.
 
L’accusé a soutenu que le dossier aurait été monté dans le cadre d’un différend lié à la direction de la prière à la mosquée. Il a imputé l’accusation à une certaine Kiné Diatta, qui aurait, selon lui, cherché à le faire écarter au profit d’Ousmane Diatta.
 
« Cette affaire est un deal qui consistait à me chasser de la mosquée », a-t-il laissé entendre devant la juridiction. L’imam a également souligné que ni la fillette ni sa mère ne s’étaient présentées à l’audience pour soutenir les accusations devant la Chambre criminelle.
 
Cheikhou Souma, cousin de l’accusé, a été entendu comme témoin. Il a affirmé avoir passé une grande partie de la journée concernée en compagnie de Mouhamed Camara.
 
Il a expliqué avoir rejoint l’imam à son domicile dans la matinée, avant de passer la journée avec lui. Les deux hommes auraient ensuite quitté les lieux pour se rendre à la mosquée. Le témoin a déclaré n’avoir constaté aucune présence d’enfant au moment où il avait rejoint son cousin.
 
Ce témoignage a été mis en avant par la défense pour contester la possibilité que les faits reprochés aient été commis dans les circonstances exposées par l’accusation.
 
Pour le ministère public, les éléments du dossier démontraient l’existence d’attouchements sexuels sur la fillette. Le procureur a ainsi demandé à la Chambre criminelle de déclarer l’imam coupable des infractions de pédophilie et de détournement de mineure.
 
Concernant la peine à prononcer, le parquet s’en est rapporté à la sagesse du tribunal.
 
Les avocats de la défense, dont Mes François Kandjiack Senghor et Daff, ont défendu la thèse d’une accusation montée contre leur client. Me Senghor a demandé que la dignité de l’accusé lui soit rendue, tandis que Me Daff a plaidé l’acquittement.
 
La défense a estimé qu’aucune preuve décisive ne permettait d’établir la culpabilité de l’imam, qualifiant le dossier de simple « supputation ».
 
Au terme des débats, la Chambre criminelle de Dakar n’a pas suivi les réquisitions du parquet. Elle a accédé à la demande de la défense et prononcé l’acquittement de Mouhamed Camara.
 
Le verdict met ainsi un terme à près de quatre années de détention provisoire pour l’imam de 69 ans. Il quitte la procédure blanchi des infractions pour lesquelles il avait été renvoyé devant la juridiction criminelle.
Mercredi 22 Juillet 2026
Dakaractu



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