Lions éliminés, FSF épinglée : Le vrai visage d’une fédération en question…


La désillusion du Sénégal en cette Coupe du monde 2026 dépasse largement le seul terrain de jeu. En réalité, elle interroge, de manière plus profonde, la gouvernance du football national et la responsabilité de ceux qui l’incarnent. Après l’élimination amère des Lions face à la Belgique, un fait rapporté par plusieurs médias fragilise davantage l’image de la Fédération sénégalaise de football (FSF): « pendant que l’équipe traversait une compétition marquée par des tensions internes persistantes, une partie des dirigeants fédéraux aurait multiplié les mondanités éloignées des enjeux sportifs, entre soirées de gala et dépenses jugées incompatibles avec le sérieux attendu d’une délégation nationale. » Mais le plus troublant encore, le sélectionneur Pape Thiaw aurait entamé le tournoi, dès le match contre la Norvège, sans contrat formalisé, celui-ci n’ayant été signé que quelques heures avant le coup d’envoi, après des mois d’incertitude.
 
Des révélations qui, si elles se confirment, posent une question relative à la qualité de la préparation et du management institutionnel autour de l’équipe nationale. Le président Abdoulaye Fall, de son côté, a choisi la voie du déni, écartant toute idée de crise interne et attribuant les difficultés de l’équipe à la seule malchance sportive. Il évoque même des « manipulations » pour qualifier les critiques qui circulaient.  Une posture qui, face à l’ampleur des dysfonctionnements évoqués, risque d’être perçue comme une fuite en avant plutôt que comme une réponse à la hauteur des attentes populaires.
 
Il est utile de rappeler dans quel contexte Abdoulaye Fall est arrivé à la tête de la FSF. Élu en août 2025 à l’issue d’un scrutin disputé face à sept candidats, il avait largement dominé le premier tour avant de l’emporter au second contre Mady Touré, mettant fin aux 16 années de présidence d’Augustin Senghor.  Son programme, baptisé PRAXIS, promettait modernisation, professionnalisation des ligues et redistribution des moyens vers des clubs vivant dans la précarité, avec pour horizon la CAN 2025 et le Mondial 2026.   Un an plus tard, la compétition censée être l’aboutissement de cette dynamique s’est transformée, selon plusieurs observateurs, en une élimination sanctionnant une gestion jugée catastrophique des dernières semaines de préparation.
 
C’est ici que la question de l’autocritique collective prend tout son sens. Le changement à la tête de la FSF a été porté par un vaste mouvement d’adhésion populaire, notamment sur les réseaux sociaux, où le nom d’Abdoulaye Fall s’est imposé comme le symbole d’une rupture attendue avec l’ancienne gouvernance. Mais l’enthousiasme suscité par une candidature ne dispense jamais d’un examen rigoureux du projet, du parcours et des garanties de gestion de celui à qui l’on confie une institution aussi stratégique que le football national. La déception actuelle, si elle se vérifie dans les faits, ne doit donc pas seulement interroger la FSF. Mais elle doit aussi nous amener, en tant que Sénégalais, à questionner nos propres réflexes électoraux, souvent guidés par l’émotion du moment plus que par une évaluation approfondie des compétences et des intentions réelles des candidats.
 
L’enseignement à tirer n’est pas de rejeter par principe toute volonté de changement, mais d’exiger que ce changement s’accompagne d’une vigilance citoyenne constante, au-delà du jour du vote. Une fédération sportive, comme toute institution publique, ne peut être jugée sur ses seules promesses de campagne ; elle doit être évaluée sur la transparence de sa gestion, la solidité de ses choix techniques et sa capacité à assumer ses responsabilités en cas d’échec. À ce titre, l’exigence d’un audit indépendant de la FSF, réclamée par une partie de l’opinion, apparaît comme une piste légitime pour tirer les leçons de ce Mondial et refonder la confiance entre les Sénégalais et les instances censées porter leurs couleurs.
Vendredi 3 Juillet 2026
Dakaractu



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