Le juge Ibrahima Hamidou Dème (IHD) dans une tribune a décidé de tirer la sonnette d’alarme face à ces séries de dérive préoccupante du débat public au Sénégal. Depuis plusieurs mois, souligne-t-il, un discours de stigmatisation cible particulièrement les ressortissants guinéens d’ethnie peule, communément appelés Peul Fouta, installant progressivement dans l’espace public une rhétorique qu’il décrit comme relevant de la désignation de boucs émissaires.
Selon le magistrat, cette évolution est passée par plusieurs étapes : des revendications pour durcir les conditions de séjour des immigrés et remettre en cause le droit du sol, puis des affirmations non étayées présentant les étrangers comme une menace démographique et économique. Il cite notamment des allégations sur une surreprésentation d’élèves guinéens dans les écoles publiques, une prétendue explosion de la natalité peule assimilée à une stratégie de « substitution démographique », ainsi que des accusations visant l’accès aux hôpitaux, les pratiques commerciales et les conditions d’habitat de cette communauté.
Le juge Dème dénonce en outre, une mécanique bien connue de construction d’un « ennemi intérieur » et rappelle qu’une partie importante des personnes visées sont en réalité des citoyens sénégalais à part entière, nés au Sénégal ou naturalisés conformément à la loi. Il met en garde contre l’importation du fantasme du « grand remplacement », qu’il juge incompatible avec les valeurs fondatrices de la nation sénégalaise. Le magistrat révèle qu’un individu se réclamant de cette mouvance a appelé publiquement à s’en prendre, le 15 juillet 2026, aux Guinéens peuls pour s’emparer de leurs biens, un appel qui aurait trouvé un écho auprès de jeunes qu’il qualifie de marginaux. Il s’inquiète de l’absence de condamnation unanime des forces politiques, sociales et religieuses face à un tel appel, et rappelle que les incitations à la haine, à la violence et à la spoliation fondées sur l’origine constituent des infractions pénales. Il appelle en conséquence les autorités judiciaires à agir avec fermeté et à appliquer des sanctions exemplaires.
Convoquant les précédents de la xénophobie en Afrique du Sud et du génocide des Tutsi au Rwanda, le juge Dème insiste sur le fait que les tragédies collectives commencent toujours par des mots avant de dégénérer en violences. Il lance un appel solennel aux autorités publiques, responsables politiques, organisations de la société civile, chefs religieux et coutumiers, syndicats, universitaires, artistes, journalistes et citoyens, pour faire barrage collectivement à la montée des discours de haine et préserver la cohésion nationale.
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