Santé mondiale: Dakar accueille un panel de haut niveau pour repenser la gouvernance sanitaire


Dakar a accueilli, ce mardi 14 juillet , la cérémonie d’ouverture des travaux du Panel international de haut niveau sur la réforme de l’architecture mondiale de la santé, une initiative lancée en septembre 2025 par le président ghanéen John Dramani Mahama en marge de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations unies. Après Nairobi et Genève, la capitale sénégalaise abrite cette ultime étape, au cours de laquelle les 18 membres du panel devront finaliser un rapport stratégique destiné à être soumis au Conseil présidentiel de l’initiative.

La rencontre réunit plusieurs personnalités de premier plan, dont Elhadj As Sy, le professeur Peter Piot, le ministre indonésien de la Santé Budi Gunadi Sadikin, le ministre ghanéen de la Santé Kwabena Mintah Akandoh, le conseiller spécial Michel Sidibé, ainsi que l’administrateur général de l’Institut Pasteur de Dakar, Dr Ibrahima Socé Fall.

Représentant le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, la directrice de cabinet, Dr Ndèye Maguette Ndiaye, a affirmé que cette initiative constitue « un sursaut politique et structurel » destiné à repenser une gouvernance sanitaire mondiale qu’elle juge « obsolète, inéquitable et asymétrique ».

Selon elle, l’Afrique et les pays du Sud ne veulent plus être de simples bénéficiaires de l’aide internationale, mais des acteurs à part entière des décisions qui façonnent la santé mondiale. Elle a insisté sur la nécessité de bâtir une véritable souveraineté sanitaire reposant sur trois piliers: le développement des capacités industrielles locales pour produire vaccins, médicaments et technologies médicales, la valorisation des ressources naturelles et de la biodiversité au profit des populations, ainsi que le renforcement du poids des pays du Sud dans les négociations internationales.

La directrice de cabinet a également rappelé que les travaux du panel sont menés avec l’appui des principales institutions internationales, notamment l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds mondial, Africa CDC et Unitaid. Les recommandations issues de la rencontre de Dakar devront servir de base à une réforme de la gouvernance mondiale de la santé.

Prenant la parole, le ministre ghanéen de la Santé, Kwabena Mintah Akandoh, a présenté l’expérience de son pays en matière de couverture sanitaire universelle. Il a expliqué que le Ghana a choisi de financer davantage son système de santé à partir de ses propres ressources afin de réduire sa dépendance à l’aide extérieure.

Il a notamment mis en avant deux mécanismes majeurs: la gratuité des soins de santé primaires, qui couvre près de 80 % des besoins sanitaires de la population, et le Fonds national d’assurance maladie, chargé de financer les soins spécialisés dans les établissements secondaires, régionaux et tertiaires. Le ministre a également annoncé la création du Ghana Medical Trust Fund, destiné à prendre en charge les maladies non transmissibles, notamment les cancers.

Pour sa part, le Dr Ibrahima Socé Fall a insisté sur la nécessité de « décoloniser la santé mondiale ». Selon lui, cette initiative doit permettre aux pays africains et aux autres nations du Sud d’accéder de manière plus équitable aux financements, aux vaccins, aux outils de diagnostic et aux technologies de santé.

L’administrateur général de l’Institut Pasteur de Dakar a rappelé le rôle majeur joué par son institution dans la sécurité sanitaire en Afrique, notamment à travers ses capacités de surveillance des virus, le développement du premier test de diagnostic rapide de la rougeole au monde et les premiers transferts de technologies de l’Afrique vers d’autres continents.

Il a également mis en avant les travaux de recherche sur les vaccins menés en collaboration avec les unités de production installées à Diamniadio. Ces efforts s’inscrivent dans le cadre du projet Madiba, présenté comme un levier stratégique pour renforcer la souveraineté vaccinale du Sénégal et du continent africain.

Les travaux se poursuivront jusqu’au 16 juillet. Les conclusions attendues devraient alimenter les discussions au sein des grandes instances internationales, notamment l’Assemblée mondiale de la Santé, le Fonds mondial et l’Alliance Gavi, avec l’ambition de faire émerger une gouvernance sanitaire mondiale plus inclusive, plus équitable et davantage adaptée aux réalités des pays du Sud.


Mardi 14 Juillet 2026
Idy Sow



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