Entretien avec le Dr Fatima Guenoune, Pdte de la LISCA : « Le cancer, plus mortel que la Covid-19 (...) En 2020, 7.839 décès ont été détectés. D'ici 2030, nous pouvons réduire le cancer du col de l'utérus si... »

Même si elle reste très dangereuse et violente, la pandémie de Covid-19 n'est pas aussi mortelle que d'autres maladies comme le cancer. C'est à l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le cancer qui s'est tenue hier, que la ligue sénégalaise contre le cancer, à travers sa présidente Fatima Guenoune, a étalé son bilan en faisant focus sur le nombre de décès enregistré qui dépasse largement celui de la maladie de coronavirus.
Dans cet entretien avec Dakaractu, la présidente de la LISCA, appelle les sénégalais à faire plus attention sur la consommation de certains aliments qui peuvent déclencher le cancer.
Entretien...


Dakaractu : Docteur, comment se comporte la lutte contre le cancer, menée par la Lisca en 2020?

 

Je tiens d'abord à vous remercier de m'avoir donné l'opportunité de m'exprimer sur votre média pour informer de la situation relative à la lutte contre le cancer. En effet, près de 8.000 personnes meurent au Sénégal du cancer. Jusqu'à aujourd'hui, nous pouvons dire que les chiffres de cette année ne sont pas des inventions. Un peu plus de 7.893 cas de décès ont été détectés sur 11.377 nouveaux cas. En effet, ce sont des chiffres réels et les gens meurent du cancer au Sénégal. C'est vrai, comme on sait que c'est une maladie à soins coûteux, c'est tout normal que les gens en meurent. Mais on peut toutefois réduire la prévalence et la mortalité de certains types de cancer. 

 

Dakaractu : Pensez-vous que les sénégalais en font moins par rapport à la lutte contre la Covid-19?

 

Oui, en fait, vous savez que les maladies virales, on peut agir rapidement. Toutefois, il y'a des cancers qui sont d'origine héréditaire où on ne peut pas agir. Mais on peut faire de la prévention en limitant tous les facteurs favorisant. Pour cette année, la ligue sénégalaise contre le cancer a mis l'accent sur l'élimination d'un cancer qui est d'origine virale. On peut toutefois noter à la base, le cancer du col de l'utérus. D'ailleurs, dans ce type de cancer, nous avons environ 1.967 nouveaux cas avec 1.312 décès chaque année. C'est une maladie qui est due à un virus qu'on appelle le virus du papillome humain (VPH). On peut donc le prévenir en faisant la vaccination pour les filles âgées de 9 ans et en faisant les dépistage partout au Sénégal.

 

Dakaractu : Quels sont les chiffres cette année?

 

Nous avons au total 11.317 nouveaux cas de cancer pour environ 7.893 décès. Vous voyez donc que c'est énorme par rapport au nombre de décès liés à la covid-19.

 

Dakaractu : Quels sont les bons comportements pour prévenir le cancer?

 

C'est vrai que par rapport à tous les types de cancer, il faudrait que nous puissions manger sainement. Je veux dire par là, manger des fruits et légumes du pays. Il faut rappeler que les gens confondent les choses en mangeant des fruits et légumes importés. C'est plutôt des légumes du pays, auxquels je fais allusion. Il faut donc manger nos fruits locaux, qui sont sans pesticides. Certes des fruits sauvages mais très protecteurs contre le cancer. Il faut également manger moins de viande et moins salée, car rappelons-le, le cancer de l'estomac commence à prendre de l'ampleur et il est très facile de faire son apparition en ne faisant pas attention à l'utilisation abusive de la viande et du sel. Il faut aussi faire régulièrement une activité sportive ne serait-ce que 30 mn par jour. Mais il faut au moins chez soi faire quelques activités physiques. 

Je voudrais aussi que les gens s'efforcent à ne pas fumer car le tabac est responsable à 30% de tous les cancers comme la mauvaise alimentation. Donc ne pas fumer, éviter les engrais, les pesticides etc... serait une bonne option pour prévenir le cancer.

 

Dakaractu : Est-ce que les sénégalais sont généralement perspicaces pour détecter de manière précoce le cancer?

 

En fait, je tiens précisément à faire un appel à l'endroit de tous les sénégalais. Chaque fois que vous sentez quelque chose, allez vous faire examiner. Allez voir un médecin généraliste d'abord qui fait un diagnostic et vous oriente chez un spécialiste. Cela est faisable et facile dans la mesure où dans toutes les régions du Sénégal, il existe un médecin qui est formé et qui peut faire le diagnostic de tous les cancers. Maintenant, il peut vous examiner dans un premier temps, faire le bilan et après vous orienter vers le spécialiste qui va s'occuper spécifiquement de la personne.

 

Mais je tiens à faire focus sur le cancer qui me tient à cœur et qui est d'ailleurs le plus mortel : c'est le cancer du col où on peut faire quelque chose, c'est-à-dire la prévention à travers la vaccination. Je demande donc à tous les parents de vacciner leurs filles à l'âge de 9 ans. Mais également aux femmes qui sont en activités génitales, de commencer un dépistage dès 25 ans. Je pense que si nous maintenons ces deux étapes, nous pouvons réduire le cancer du col de l'utérus de 40% d'ici 2030.

Vendredi 5 Février 2021
Dakaractu




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