Éducation et neurosciences / « Ce qui pourrait se produire si on rate la première décennie de vie » (Pr Amadou Gallo Diop, neurologue)


Haut référent au sein de la Commission/Concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement, le neurologue et professeur Amadou Gallo Diop a centré son intervention sur les ressorts biologiques de l’apprentissage, appelant à repenser le système éducatif sénégalais à la lumière des avancées des neurosciences.

À en croire le Pr Diop, les dix premières années de la vie représentent une fenêtre décisive, quasi irremplaçable, dans l’édification cérébrale de l’enfant. C’est au cours de cette période, a-t-il souligné, qu’une alimentation adaptée et riche notamment en protéines permet à l’enfant de bâtir ce qu’il désigne comme les « autoroutes du savoir et des comportements », des réseaux neuronaux fondateurs sur lesquels reposeront tous les apprentissages futurs. Cette phase de mémorisation intense s’appuie sur une capacité de synaptogenèse hors norme, à partir de laquelle se déploieront, avec le temps, des ramifications secondaires plus fines. Le neurologue a insisté sur l’importance capitale de la maîtrise précoce des langues nationales, illustrant son propos par un exemple personnel. Compter avec les cinq doigts de la main, a-t-il expliqué, offre une logique arithmétique immédiate pour les additions et multiplications, une logique que les langues étrangères ne restituent pas toujours de la même manière. Il a évoqué avoir lui-même été puni enfant pour avoir tardé à mémoriser une opération, pour mieux dénoncer les punitions physiques et plaider pour une transmission du savoir fondée sur le respect et la logique propre aux langues nationales, notamment en matière de numérologie.

Pour le Pr Diop, aucun cerveau n’est par nature prédisposé ou fermé aux sciences et aux mathématiques : c’est l’environnement de l’enfant, les dix premières années, qui façonne ces aptitudes. Le contact avec de bons enseignants et des parents attentifs permet de bâtir des circuits d’apprentissage sur lesquels l’enfant pourra s’appuyer toute sa vie.

Le professeur a annoncé que l’Académie travaille actuellement sur plusieurs mécanismes destinés à être soumis au chef de l’État, parmi lesquels des séjours structurés pour les enfants de 11 à 12 ans dans des cadres disciplinés, à l’instar de l’environnement militaire, ou encore des immersions en milieu rural pour sensibiliser les enfants aux réalités de la pauvreté. Il a aussi évoqué la question du port de l’uniforme scolaire, citant l’exemple d’un universitaire de renom dont la trajectoire aurait été transformée par cette mesure, qui aurait contribué à estomper les différences sociales entre élèves. Le plaidoyer porte également sur un enseignement qui privilégie la narration, les enfants se montrant, selon lui, particulièrement réceptifs lorsque les matières leur sont enseignées sous forme d’histoires.

Abordant l’entretien du cerveau tout au long de la vie, au-delà des deux premières décennies, le neurologue a identifié cinq piliers essentiels : une alimentation saine et une bonne hydratation ; un sommeil suffisant, indispensable à la mémorisation qui s’opère durant le sommeil profond, son absence favorisant à terme la dégénérescence cérébrale ; la pratique du sport, qui permettrait d’extérioriser les tensions, de prévenir la dépression et de stimuler le cerveau par un afflux sanguin accru ; l’apprentissage continu, à tout âge, qu’il considère comme le meilleur facteur d’entretien cérébral, affirmant ne recevoir que rarement des patients se plaignant de troubles de la mémoire parmi les religieux ou les enseignants en activité ; et enfin, la formation des enseignants eux-mêmes aux neurosciences. Le Pr Gallo Diop a cité à ce titre une expérimentation menée il y a plusieurs années à l’École normale supérieure, à l’initiative d’un ancien directeur de l’établissement et du regretté professeur Sylla, psychiatre, qui avait permis de doter les futurs enseignants du préscolaire et du primaire d’un module sur le fonctionnement du cerveau. Pour lui, former un enseignant sans lui enseigner ce qu’est le cerveau reviendrait à confier un athlète à un entraîneur ignorant tout de la physiologie musculaire.

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Cheikh S. FALL

Journaliste à Dakaractu

Contact : 776264371

Lundi 27 Juillet 2026
Cheikh S. FALL



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