Chute de Roch Kaboré : quelles implications pour la présidence de la Conférence des chefs d’Etat de l’UEMOA ?


Le 24 janvier dernier, Roch Marc Kaboré a été évincé par des militaires. La fin prématurée de son deuxième mandat à la tête du pays des hommes intègres a occulté un fait non moins important.

En déposant le chef de l’État burkinabè, les putschistes ont aussi privé de l’Union économique et monétaire ouest-africain du président de son instance suprême. En effet, jusqu’à sa chute, Roch Marc Chrisitian Kaboré était le président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’UEMOA. Il avait remplacé à ce poste le président ivoirien, à l’occasion du 22e sommet de l’institution d’intégration économique et de développement.

C’est sous la direction de Roch Marc Kaboré que l’UEMOA s’est réunie le 9 janvier en prélude au sommet extraordinaire sur le Mali. Lors de cette réunion, le désormais ex président du Burkina Faso avait exprimé « la préoccupation de l’ensemble de la région face aux derniers développements de la situation politique au Mali, marquée par la volonté des autorités de la Transition de proroger la durée de cette transition de six mois à cinq ans ».

Poursuivant son allocution d’ouverture, il avait indiqué que les réformes politiques, économiques et sociales visant la refondation du Mali ne pourraient être conduites que par des autorités démocratiques élues. Il avait en outre souhaité l’adoption de mesures favorables à la stabilité et à la sécurité au sein de l’ensemble sous-régional. La conférence des chefs d’État et de gouvernement s’est ensuite réunie pour prendre des sanctions supplémentaires contre le Mali. Les pays membres sont ainsi enjoints de suspendre leurs transactions économiques avec le Mali, excepté les produits de première nécessité, les hydrocarbures et les produits pharmaceutiques. Les programmes de développement financés par les banques qui dépendent de l’UEMOA sont également suspendus. Des mesures que l’instance a entièrement endossées. 

Mais Roch Kaboré devait ignorer ( ?) qu’il connaîtrait le même sort que Ibrahim Boubacar Keïta et Alpha Condé même si le pays dont ce dernier était le président n’est pas membre de l’UEMOA. 

Toujours est-il que la prise du pouvoir à Ouagadougou par le lieutenant-colonel Paul-Henry Sandaogo Damiba pose une équation au sein de cette institution dont les statuts ne semblent pas avoir prévu un tel cas de figure.

Pour avoir des réponses, Dakaractu a exploré le traité le modifié de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Mais à notre grande surprise, aucun paragraphe n’est consacré à ce genre de situation dans le document que nous avons lu. Au chapitre II traitant des organes de l’Union, l’article 16 dispose que les organes de l’Institution sont constitués par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement telle que définie à l’article 5 du traité de l’UMOA (Union monétaire ouest-africaine)... L’article indiqué renseigne que les organes de l’UMOA sont la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement, le Conseil des Ministres, la commission bancaire, le Conseil régional de l’Épargne publique et des Marchés financiers. « La Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement définit les grandes orientations de la politique de l'Union. Elle se réunit au moins une fois par an », précise l'article 17.

C’est donc un cas qui préoccupe les dirigeants ouest-africains en raison de l’importance du président de la conférence des chefs d’État « pour la bonne marche de l’UEMOA ». Il nous revient de sources bien informées que la question devrait être traitée dans les prochains jours, au cours d’une session extraordinaire. Le mandat de Roch Marc Christian Kaboré doit arriver à terme en mars. 
Jeudi 27 Janvier 2022
Dakaractu




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