CEDEAO : les principaux obstacles à l’adhésion du Maroc

L’économiste Siré Sy, en marge du 2e Sommet africain des think tanks, organisé à Rabat par l’OCP Policy center, a accordé un entretien au site d’informations TelQuel. Dans l’extrait que voici, il explique les raisons pour lesquelles le Maroc n’a pas encore adhéré à la CEDEAO.


CEDEAO : les principaux obstacles à l’adhésion du Maroc

Le Maroc est dans son "bon droit" quand il demande à intégrer la CEDEAO, car ce serait une excellente chose pour lui. Mais il y a un obstacle d’abord géographique, car l’Union africaine est très attachée aux "zones" suivant lesquelles elle a découpé le continent. Si le Maroc rejoint la CEDEAO, de même que la Tunisie et la Mauritanie, c’en sera définitivement fini de l’Union du Maghreb arabe. Un deuxième obstacle, maintenant que le roi a dit qu’il était prêt à souscrire à une monnaie unique, c’est qu’en terme de production, l’économie marocaine est très en avance sur les nôtres. On a vu le problème que cela pose, dans le cas par exemple des mandarines marocaines importées au Sénégal. Avant, le kilo coûtait 800 francs. Quand les Marocains sont arrivés, ils ont cassé les prix pour l’établir à 500 FCFA, tuant la production locale. Dès qu’il a eu le monopole, le Royaume a eu les mains libres pour remonter le prix à 1000 FCFA. Si on ouvre les frontières, il risque de se passer la même chose avec le cuir. Le Maroc en est déjà à l’étape de production industrielle, alors que nous n’en sommes qu’au stade artisanal. Économiquement, nos structures ne sont pas encore prêtes pour affronter la concurrence marocaine.
Le Maroc doit accepter des mesures compensatoires, ou bien différer son adhésion, le temps de permettre à nos industries de monter en gamme. Pour moi, ce n’est pas demain qu’il va accéder à la CEDEAO. Ça va prendre un peu de temps, parce que les États membres ont peur que le Maroc les massacre. Les Nigérians par exemple, qui sont en train de développer une industrie automobile, craignent d’être inondés par les Peugeot et les Dacia produites au Maroc - qu’ils soupçonnent en plus d’être le cheval de Troie des produits français. Si on lève toutes les barrières douanières, on est morts, parce que notre industrie manufacturière n’est pas encore assez mature. C’est pour toutes ces raisons que je pense que dans cinq ans, le Maroc n’aura toujours pas intégré la CEDEAO. À l’avenir, c’est irrémédiable, mais il devra avant tout gagner la bataille des cœurs.
 
Dimanche 20 Mai 2018
Dakaractu



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