ACTU-DÉBAT / Me Abdoulaye Tine (Président USL) : « L’Ofnac ne doit plus exister, l’institution est tributaire du pouvoir politique (…) L’Union Africaine est un syndicat de Chefs d'État »

Invité de ce numéro de l’émission ACTU-DÉBAT, le président de l’Union Sociale Libérale, Maître Abdoulaye Tine, est largement revenu sur les questions d'actualité, notamment la lutte contre la pandémie Covid-19, le fonctionnement de l’Ofnac, la situation politique nationale et la présidence de Macky Sall à l’Union Africaine au courant de 2022. L’avocat affichera une position tranchée avant de proposer de nouvelles réformes pour mieux gérer toutes ces questions qui interpellent l’humanité plus que le monde politique.


Les prochains mois risquent d’être décisifs pour le pays

 

Le vaccin permet de gagner des points dans la stratégie de lutte contre la pandémie Covid-19. Mais il ne faudrait pas le surestimer. C’est vrai que le vaccin revêt une importance capitale pour stopper la progression du virus, mais l’application du vaccin seul ne suffit pas pour éradiquer la pandémie. Parce que même s’il y a des perspectives de vaccination, il faut rappeler que le Sénégal ne peut pas commencer la série de vaccination avant le mois de Mars. 

 

Ce qui veut dire qu’il faudra continuer à sensibiliser les populations sur la nécessité de respect des mesures barrières et continuer à appliquer la politique communautaire qui pourra nous aider à lutter contre la progression du virus dans le pays, sinon les prochains mois risquent d’être décisifs pour le pays, parce que si nous sommes dans une guerre sanitaire comme l’avait annoncé le président Macky Sall, le gouvernement doit comprendre qu’une guerre ne se gagne jamais sans un soutien populaire. Et ce que je retiens dans cette gestion de la pandémie Covid-19 au Sénégal, c’est que président a échoué dès le départ même s’il a tenté le coup. 

 

La preuve, les mesures qu’il a décrétées  n'ont servi à rien et elles ne nous amèneront nulle part dans la lutte. Il suffit juste de faire le constat dans les transports en commun depuis le début du couvre-feu. Ce sont des mesures qui ne sont pas adaptées à la réalité des peuples, ce qui peut expliquer cette forme de relâchement. C’est pourquoi je pense que le président de la République doit sortir de son mutisme pour s’adresser à la population.

 

L’OFNAC manque d’indépendance et le pouvoir d’agir sur certains dossiers

 

Si ceux qui sont au pouvoir ne donnent pas le bon exemple, je ne pense pas qu’il sera facile de lutter contre la corruption dans le pays. Vous savez ici au Sénégal, nous savons tous comment fonctionne le pays. On n’a pas besoin d’organiser des colloques pour situer où se situe la scène de corruption dans le pays. Et je pense que si le gouvernement voulait combattre la corruption dans le pays, il sait nettement par où passer. Tous les pouvoirs qui se sont succédé dans le pays, aucun pouvoir n’a fait de la lutte contre la corruption une priorité. Néanmoins chaque régime a tenté de se lancer dans la lutte contre la corruption. 

 

Tout le monde chante la transparence sans poser les jalons qui faciliteront cette transparence. Ce qui est très inquiétant, mais cela doit nous amener à repenser nos systèmes de gouvernance. Car non seulement, on a des instruments de lutte contre la corruption, mais on sait qu’ils n’ont pas de pouvoir, ni l’indépendance d’agir. L’exemple de Nafi Ngom Keïta, on a tous vu comment elle a été humiliée par le régime lorsqu’elle avait émis l’idée de traduire certains dossiers au procureur de la République. Ce qui est très contradictoire par rapport à ce qui se dit dans les médias, les colloques et le fonds monétaire international ou encore à la banque mondiale.

Cependant, le rang qu’occupe le Sénégal dans l’indice de corruption montre le rôle important que doit jouer l’Ofnac. Mais pour cela l’institution doit être dotée de plus d’indépendance. 

 

Par contre, dans l’autre cas, je pense que l’Ofnac ne doit plus exister. Elle doit être dépassée et on doit avoir un autre organisme qui aura plus d’indépendance afin qu’il puisse faire son travail sans l’implication du président de la République ou d’autres personnalités. Toutefois je précise que l’Ofnac fait des efforts dans le processus de lutte contre la corruption au Sénégal, mais je pense qu’il ne faut pas dissoudre l’institution juste pour dissoudre, mais il faut mettre en place une nouvelle institution qui aura plus de pouvoirs et plus d’indépendance. Sinon, elle n’aura pas le courage de s’autosaisir sur certains dossiers. Et on sait nettement que l'institution est tributaire du pouvoir politique.

 

La déclaration de patrimoine est confidentielle et si elle est rendue publique, les fonctionnaires qui l’ont reçue peuvent être poursuivis pour violation du secret professionnel.

 

Pour la déclaration de patrimoine à l’Ofnac, la loi 17-2014 du 2 Avril 2014, c’est elle qui régit le régime de la déclaration de patrimoine. Et les textes qui régissent cette loi, stipulent que la déclaration de patrimoine est confidentielle. C’est-à-dire qu’elle ne doit pas être rendue publique. Par contre si cette déclaration de patrimoine est rendue publique, les fonctionnaires qui ont reçu cette déclaration de patrimoine peuvent être poursuivis pour violation du secret professionnel et des sanctions peuvent s’en suivre. 

 

Cependant, cela est contradictoire par rapport à l’avancée de la démocratie. Car dans toutes les grandes démocraties qui font de la lutte contre la corruption une priorité, il y a des principes qui fondent cette démarche transparente. C’est-à-dire rendre publique la déclaration de patrimoine, car il y a un contrôle citoyen. Aujourd’hui tous les fonctionnaires à savoir, le premier ministre, le président de l’assemblée nationale, les ministres ou encore les directeurs généraux sont soumis à la déclaration de patrimoine, mais les citoyens ne doivent pas savoir le contenu de cette déclaration de patrimoine, ce qui est contradictoire à la démocratie moderne où le citoyen à un droit d’accès à l’information.   

C’est pourquoi je propose que cette loi soit modifiée pour y ajouter deux choses : d’abord, garantir la publication publique de la déclaration de patrimoine via l’internet et deuxièmement, faire une obligation de la déclaration avant et après l’exercice des missions. En plus de la déclaration de patrimoine, je pense qu’il faudrait aussi faire la déclaration d’intérêt pour élucider ses rapports et connexions professionnelles.

 

L'Union Africaine est un syndicat de Chefs d'État

 

Le constat est partagé par tous, il y a une Union Africaine des Etats et l’Union Africaine des peuples. Mais moi je ne crois pas à la manière dont fonctionne l’Union Africaine des États. Parce que c’est un syndicat de chefs d’État. 

 

C'est une tribune où se noue une forme de solidarité pour certains chefs d'État africains pour des considérations crypto personnelles  qui sont contraire à la démocratie et au respect de l’État de droit. Je ne peux pas dire que c’est une bande de copains parce que je les respecte tous, mais en tout cas leur mode de fonctionnement laisse à désirer...

 

 


Dimanche 7 Février 2021
Dakaractu




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