Depuis 2020, les chefs de l’armée et les dirigeants des plus grandes entreprises de défense des deux pays se rencontreraient chaque année dans le plus grand secret pour échanger leur savoir-faire militaire et technologique. Ces réunions se tiennent alternativement en Chine et en Russie.
Il est formellement interdit aux participants de faire la moindre fuite ou de parler à la presse. Afin de ne laisser aucune trace, les organisateurs de la réunion du 10 décembre 2024 à Ekaterinbourg ont même exigé que les livrets de programme ne sortent pas de la salle.
PowerPoint
Les documents secrets qui ont malgré tout fuité se composent de dizaines de pages d’une présentation PowerPoint projetée aux participants lors de différents événements. Ils décrivent la vision stratégique des deux pays, dont l’objectif principal est de briser la supériorité militaire américaine.
La Chine et la Russie se définissent comme “un centre eurasien encerclé par des puissances côtières”, visant ainsi en premier lieu les États-Unis et, par extension, l’ensemble de l’Occident. Selon le document, ils doivent “mener conjointement la contre-offensive et la percée”. D’après les experts, cela leur permet de prendre des mesures offensives tout en les présentant comme de la légitime défense.
Chaque partie apporte sa pierre à l’édifice: la Russie offre à la Chine l’expérience militaire acquise lors de la guerre en Ukraine, tandis que Pékin fournit à Moscou un soutien technologique, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle, des systèmes de défense et des drones.
Nouvelle génération
Le compte rendu d’une série de réunions début 2023 indique qu’ils souhaitent notamment concevoir un “système d’arme de nouvelle génération” pour contrer les missiles balistiques et hypersoniques, principalement détenus par les États-Unis. Les deux délégations ont ainsi discuté de la construction d’un système capable d’intercepter des missiles jusqu’à 40 kilomètres d’altitude et 4.000 kilomètres de distance.
Lors de la réunion secrète annuelle de la même année dans la ville chinoise de Guangzhou, il a également été question d’une “alliance anti-Starlink”.
Starlink est un réseau de satellites de l’entreprise spatiale SpaceX qui fournit un accès à Internet. L’Ukraine l’utilise pour piloter ses drones sur le champ de bataille. Les militaires russes s’en servaient également au début, jusqu’à ce qu’Elon Musk leur en bloque l’accès, ce qui a considérablement ralenti l’offensive russe. Depuis, les Russes se sont tournés vers un système chinois combinant des antennes relais et des drones pour se connecter à Internet.
Selon les documents divulgués, deux experts chinois ambitionnent de neutraliser les satellites Starlink. Ils suggèrent notamment de les détruire en orbite ou de perturber leur signal à l’aide de virus informatiques. Plusieurs services de renseignement européens affirment que différents outils sont déjà en cours de développement pour cette seconde option.
La prochaine réunion secrète entre la Chine et la Russie est prévue cet automne à Saint-Pétersbourg.
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