Traite des personnes et migration au Sénégal : Quand les raisons culturelles et sociales freinent la lutte contre un phénomène dangereux pour l’humanité.

La traite des personnes et la migration est un phénomène réel qui existe au Sénégal dont les proportions deviennent de plus en plus inquiétantes pour les personnes vulnérables. C’est du moins ce qui ressort de l’atelier de formation des acteurs judiciaires sur la traite des personnes.


Selon Mody Ndiaye, secrétaire permanent au conseil national de lutte contre la traite des personnes, elle existe sous diverses formes au Sénégal, même si les populations semblent ignorer le phénomène, il ne cesse de connaître des proportions inquiétantes dans le pays. 

 

« On constate qu’il y a trop de victimes de la criminalité dans sa forme. Les personnes victimes de traite n’ont pas conscience du fait qu’elles subissent une forme d’exploitation sous diverses formes comme un peu partout dans le monde qui nécessite que les auteurs soient poursuivis. Mais il faut comprendre tout simplement que quand on parle de traite de personne aujourd’hui, les gens le définissent comme l’esclavage moderne à la différence de l’esclavage de l’époque où vous aviez une personne comme une propriété ou objet. Mais l’esclavage aujourd’hui c’est que vous détenez la personne de par son esprit, sa capacité d’aller et de venir et de sa capacité de réfléchir.  Et ce phénomène touche plus les personnes vulnérables d’où la nécessité de développer la connaissance parce que la difficulté pour les médias c’est l’identification des victimes de la traite », a précisé Mody Ndiaye lors d’un atelier  de formations des acteurs judiciaires sur la traite des personnes au Sénégal.

 

Mais pour le secrétaire permanent au Conseil national de lutte contre la traite des personnes, plusieurs raisons d’ordre culturel et autres pourraient expliquer la persistance de ces pratiques dans la société sénégalaise. Car non seulement c’est une société qui n’a pas la culture de la dénonciation, mais aussi les populations continuent d’ignorer les concepts de traite des personnes et de migration. « Diverses raisons peuvent expliquer ses faiblesses. D’abord l’opinion publique est déjà entre ignorance et incrédulité. Quand on parle d’esclavage moderne et traite, les gens remettent en cause l’existence de ce phénomène au Sénégal. 

 

Ensuite, quand le phénomène demande une connaissance, il faut une connaissance des concepts. D’autre part, il y a des raisons culturelles sociales qui font que le Sénégal n’est pas encore dans le groupe des pays qui déclenchent systématiquement des enquêtes face à la traite des personnes. Cependant, il y a des progrès qui sont en train d’être faits », renseigne toujours Mody Ndiaye.

 

De lourdes peines prévues par la loi 

 

De lourdes peines sont ainsi prévues par la loi en vigueur dans le pays. « Quand on parle de la traite des personnes c’est ceux qui tirent profit de l’exploitation économique des enfants ou des personnes  et des couches vulnérables. Et la loi prévoit des poursuites allant de deux à cinq ans de prison. Pour le trafic de migrants aussi c’est pareil, c’est des peines d’emprisonnement qui peuvent aller jusqu’à dix ans. Mais c'est des infractions tellement complexes qui sont souvent liées à des enjeux culturels et traditionnels qui font que souvent ceux qui tirent profit sont des parents et les poursuites ne sont pas systématiques. 

 

Pour les migrants, on a du mal à détecter ceux qui organisent le déplacement. C’est pourquoi il est impératif de renforcer les capacités des acteurs judiciaires pour faire les distinctions nécessaires pour qu'enfin les poursuites nécessaires puissent se faire », a souligné Issa Saka, le chargé de projet de l’ONUDC, qui prenait part à l’atelier organisé en faveur des acteurs judiciaires…

Mardi 26 Octobre 2021
Dakaractu



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