Socium/ Chèques, faux salariés et transferts Wave : le responsable financier soupçonné d’avoir siphonné au moins 400 millions de FCFA

La start-up sénégalaise Socium aurait été victime d’un vaste système de détournement organisé depuis l’intérieur de l’entreprise. Selon Libération, Youssouph Pierre Oumar Diatta, ancien bras droit du dirigeant devenu responsable administratif et financier, aurait profité de la confiance placée en lui pour effectuer des retraits, verser de prétendus salaires à des agents fictifs et transférer des fonds vers ses comptes personnels. Le préjudice provisoire est évalué à au moins 400 millions de FCFA, mais un audit pourrait encore revoir ce montant à la hausse.


 
Un homme de confiance au cœur des soupçons
 
L’affaire prend naissance au sein même de Socium, une start-up sénégalaise spécialisée dans la mise en relation des entreprises africaines avec des demandeurs d’emploi à travers le monde. D’après les informations rapportées par Libération, la société aurait découvert, à la suite d’un contrôle de ses opérations financières, l’existence de nombreux mouvements suspects réalisés entre 2024 et 2026.
 
Au centre de l’enquête figure Youssouph Pierre Oumar Diatta, âgé de 27 ans. Présenté comme l’ancien bras droit du dirigeant de Socium, il avait ensuite été nommé responsable administratif et financier de l’entreprise.
 
Cette position lui aurait donné un accès privilégié aux comptes, aux moyens de paiement ainsi qu’aux différentes plateformes financières utilisées par la start-up. Il bénéficiait, selon le journal, de la « confiance absolue » des responsables de Socium.
 
Les enquêteurs de la Division spéciale de cybersécurité, citée sous le sigle DSC par le quotidien, le soupçonnent d’avoir mis en place un système frauduleux ayant permis de soustraire au moins 400 millions de FCFA aux finances de la société.
 
Deux jours de garde à vue avant le déferrement
 
Après deux jours de garde à vue, Youssouph Pierre Oumar Diatta a été déféré au parquet pour association de malfaiteurs, abus de confiance et blanchiment de capitaux, rapporte Libération.
 
Il a été présenté à l’autorité judiciaire en même temps que Mamadou Woury Ba, un livreur âgé de 40 ans, soupçonné d’avoir participé aux opérations de retrait effectuées sur les comptes de la société.
 
À ce stade de la procédure, les faits exposés correspondent aux soupçons formulés par les enquêteurs et aux éléments rapportés par le quotidien. Le déferrement ne constitue pas une condamnation définitive.
 
Des retraits effectués avec des chèques au porteur
 
Le système présumé reposait notamment sur l’utilisation de chèques au porteur. Selon Libération, plusieurs retraits frauduleux auraient été effectués sur un compte bancaire de Socium ouvert dans une banque de la place.
 
Ces retraits auraient été réalisés par Mamadou Woury Ba à partir de chèques au porteur émis par Youssouph Pierre Oumar Diatta.
 
Le livreur, que le responsable financier envoyait régulièrement à la banque, aurait ainsi servi d’intermédiaire pour récupérer d’importantes sommes d’argent. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer avec précision son niveau d’implication et sa connaissance de la destination réelle des fonds retirés.
 
Des salaires attribués à des employés fictifs
 
Les opérations suspectes ne se limitaient pas aux chèques. Depuis 2024, Youssouph Pierre Oumar Diatta aurait également procédé au paiement de prétendus salaires à des agents fictifs.
 
D’après le mécanisme décrit par Libération, les sommes officiellement présentées comme des rémunérations auraient été directement détournées vers le compte personnel du responsable administratif et financier.
 
Cette méthode aurait permis de dissimuler une partie des sorties d’argent derrière des dépenses salariales apparemment régulières. L’enquête devra notamment établir le nombre d’agents fictifs utilisés dans ce système, la fréquence des versements et le montant total détourné par ce canal.
 
45 millions transférés vers un compte Wave
 
Les investigations ont également permis d’identifier des transferts réalisés à partir d’un compte Julaya mis à la disposition de Socium.
 
Selon le journal, Youssouph Pierre Oumar Diatta aurait transféré 45 millions de FCFA depuis ce compte professionnel vers son propre compte Wave.
 
Cette opération constitue l’un des principaux mouvements financiers identifiés par les enquêteurs. Elle vient s’ajouter aux retraits bancaires et aux versements réalisés sous couvert de salaires.
 
182 millions retirés avec la carte bancaire de Socium
 
Autre élément particulièrement marquant : le responsable administratif et financier aurait utilisé la carte bancaire de la société pour retirer 182 millions de FCFA.
 
Cette somme représente à elle seule une part considérable du préjudice provisoire évalué par Socium. Les enquêteurs devront retracer les différentes opérations réalisées avec la carte, leurs dates, leurs lieux d’exécution et la destination finale de l’argent.
 
L’utilisation présumée de plusieurs circuits — chèques au porteur, carte bancaire, compte Julaya, transferts Wave et salaires fictifs — laisse apparaître un dispositif diversifié qui aurait permis de multiplier les sorties de fonds tout en retardant leur détection.
 
Des aveux partiels devant les enquêteurs
 
Entendu par les agents de la DSC, Youssouph Pierre Oumar Diatta aurait reconnu une partie des faits qui lui sont reprochés.
 
Libération indique qu’il aurait notamment admis avoir retiré plus de 85 millions de FCFA des comptes de Socium avant de transférer les fonds vers son compte personnel.
 
Ses déclarations devront cependant être confrontées aux relevés bancaires, aux pièces comptables, aux historiques des plateformes de paiement et aux conclusions de l’audit lancé par l’entreprise.
 
Une BMW X5 de 65 millions de FCFA parmi les acquisitions
 
Interrogé sur l’utilisation de l’argent retiré par Mamadou Woury Ba, le responsable financier aurait affirmé que les fonds avaient servi à acheter plusieurs véhicules destinés à être mis en location.
 
Parmi ces véhicules figurerait une BMW X5 d’une valeur estimée à 65 millions de FCFA.
 
Cette acquisition intéresse particulièrement les enquêteurs, qui pourraient chercher à déterminer l’identité des propriétaires déclarés des véhicules, les modalités de leur paiement ainsi que les revenus éventuellement générés par leur mise en location.
 
Selon les explications attribuées à Youssouph Pierre Oumar Diatta, le reste des fonds aurait servi à financer son train de vie.
 
Un préjudice encore provisoire
 
Les 400 millions de FCFA évoqués dans cette affaire ne constituent qu’une première estimation. Socium a engagé un audit destiné à évaluer le montant définitif des pertes subies.
Samedi 25 Juillet 2026
Dakaractu



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