Protection des données des enfants au Sénégal : La CDP offre son expertise au SOS Villages d’Enfants pour renforcer la protection des couches vulnérables dans le cyberespace


Dans un monde marqué par l’essor fulgurant du numérique, les données personnelles sont devenues une ressource stratégique, mais aussi une source de vulnérabilité accrue notamment pour les plus jeunes. Au Sénégal, comme ailleurs, les enfants grandissent désormais les yeux rivés sur des écrans, exposés à des risques nouveaux : cyber-harcèlement, sextape, extorsion, ou encore exploitation de leurs informations sensibles. Si la protection physique des mineurs est une priorité ancienne pour les structures sociales, le monde virtuel impose aujourd’hui de nouvelles obligations légales, techniques et éthiques.

C’est dans ce contexte que la Commission de Protection des Données Personnelles (CDP), en collaboration avec SOS Villages d’Enfants Sénégal, a organisé ce 29 avril 226 une session de formation dédiée aux équipes de l’ONG, marquant également le lancement officiel de leur partenariat. L’objectif est de  renforcer les capacités des acteurs de terrain sur les obligations légales et les bonnes pratiques en matière de traitement des données personnelles, en particulier celles des enfants.

Au Sénégal, la protection des données personnelles des enfants est encadrée par la loi n° 2008-12 du 25 janvier 2008 relative à la protection des données à caractère personnel. Ce texte fondateur, complété par le décret d’application 2008-721 du 30 juin 2008, a fait du Sénégal l’un des premiers pays africains à se doter d’un cadre juridique complet en la matière. Toute organisation traitant des données d’enfants doit obtenir un consentement explicite des représentants légaux, limiter la collecte au strict nécessaire et garantir un droit d’accès et de rectification.

Ousmane Thiongane, président de la Commission de Protection des Données Personnelles (CDP), rappelle que « la CDP a mis en branle un certain nombre de dispositifs et de réglementations pour mieux encadrer et protéger les enfants. Au-delà de la sanction, l’élément central reste la sensibilisation ». Ainsi pour le président de la CDP, au-delà de cette loi de 2008 qui encadre la protection des données à caractère personnel, « le cœur de notre cible », reste les enfants, qu’il qualifie de « couche extrêmement vulnérable ».

Face aux risques de fuite ou d’exploitation, les organisations doivent déployer des mesures de sécurité renforcées : chiffrement, contrôle d’accès, audits réguliers. Papa Daouda Diop, directeur national de SOS Villages d’Enfants Sénégal, explique : « Nous avons tout un département IT dédié au stockage des données, mais l’affaire n’est pas seulement technique. Il y a une dimension de sensibilisation. C’est là que la CDP nous apporte une expertise précieuse ». SOS Villages d’Enfants, fort de cinquante ans d’expérience dans la protection physique des mineurs, s’engage désormais dans un partenariat avec la CDP pour s’aligner sur la réglementation nationale. « au-delà de la sensibilisation des populations, notamment celles vulnérables, c'est de nous aligner, nous, en tant que ONG, sur ce qu'est la réglementation puisque nous sommes aussi dotés de pouvoir par l'État affirme le directeur de SOS Village des Enfants .

La loi sénégalaise prévoit des sanctions en cas de violation : amendes, suspension d’activité, voire poursuites pénales. Mais le président de la CDP prévient, « si nos enfants ont une bonne hygiène numérique, cela leur permettra de savoir ce qu’ils mettent sur les plateformes et comment se protéger ». Ainsi, pour lui, la réponse ne peut pas être uniquement répressive. Elle passe d’abord par l’éducation, en allant là où se trouvent les enfants, pour leur inculquer les réflexes de protection.

Des mécanismes de contrôle et d’audit internes et externes sont recommandés, avec des délégués à la protection des données au sein des structures sociales et éducatives. Comme le conclut le Directeur SOS Village d’Enfant, « les mêmes risques que les enfants traversent dans le monde physique, ils les traversent dans ce monde cyber. Pour les protéger, il ne suffit pas de s’appuyer sur ses seules compétences historiques ».



Mercredi 29 Avril 2026
Alain Bonang



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