Port de Dakar / Entre vétusté, facturation illégale et ralentissement du trafic : Les acteurs crient au naufrage


Poumon économique du Sénégal et principale porte d’entrée des marchandises pour une large partie de l’Afrique de l’Ouest, le port de Dakar traverse une période de turbulences. Cheikh Saloum Kane, Secrétaire général du Syndicat des transitaires du Sénégal (STS), dépeint un tableau préoccupant d’une infrastructure aux prises avec des maux à la fois conjoncturels et structurels, dont les effets se propagent bien au-delà des quais.
 
Visiblement, le port tourne au ralenti. Les perturbations des routes maritimes mondiales liées aux conflits armés, notamment en mer Rouge, ont sensiblement réduit le nombre de cargos en transit. Contraints de dérouter par le cap de Bonne-Espérance, les navires allongent leurs délais d’acheminement de plusieurs semaines, renchérissant d’autant les coûts de transport. Une des conséquences directes est liée à ces opérateurs sénégalais qui attendent toujours des commandes passées avant la Tabaski, sans visibilité sur les dates de livraison, dans un contexte où la trésorerie des importateurs est mise à rude épreuve. À cette conjoncture internationale défavorable s’ajoute un facteur saisonnier aggravant avec le mois de juin qui marque traditionnellement le début des vacances commerciales, période durant laquelle les hommes d’affaires réduisent sensiblement leurs activités. Sans grands événements économiques à l’horizon immédiat, la reprise n’est pas attendue avant les préparatifs du Magal de Touba et du Gamou de Tivaouane, les deux grandes fêtes religieuses qui génèrent habituellement un regain d’activité notable au niveau du port.
 
En outre, c’est la gouvernance interne du port qui inquiète le plus les professionnels du secteur. Le STS dénonce avec force le non-respect flagrant des arrêtés ministériels encadrant la facturation des conteneurs. En l’absence de tout mécanisme de contestation ou d’arbitrage, certaines lignes maritimes appliquent leurs propres barèmes, souvent très éloignés des tarifs réglementaires, sans que les opérateurs locaux ne disposent d’aucun recours effectif. Cas emblématique soulevé par le syndicat : la facturation pratiquée par l’Orbus Infinity, jugée dépourvue de toute base légale. Le STS exige un règlement des frais par connaissements avec les BLs, les documents contractuels liant chargeur et armateur et non par conteneurs, conformément aux notes d’application en vigueur. « Nous faisons tout le travail à leur place et nous payons », s’indigne Cheikh Saloum Kane, qui regrette une situation ubuesque qui illustre l’impunité dont semblent jouir certains acteurs au détriment des opérateurs locaux. Ces surcoûts, répercutés tout au long de la chaîne logistique du transitaire au grossiste, du grossiste au détaillant, atterrissent inévitablement sur les prix à la consommation, aggravant le pouvoir d’achat déjà fragilisé des ménages sénégalais.
 
Les acteurs qui se sont confiés à Dakaractu estime que la modernisation des procédures portuaires, pourtant présentée comme une avancée majeure dans le cadre de la réforme du Guichet unique portuaire, ne tient pas toutes ses promesses sur le terrain. Malgré la digitalisation annoncée des formalités douanières et logistiques, les délais de traitement des dossiers de livraison restent excessivement longs. Le STS réclame la création d’une caisse de paiement sur place, au plus près des opérations, pour éviter les allers-retours chronophages entre les bureaux administratifs et les zones de débarquement. Chaque dossier devrait pouvoir être réglé en vingt à trente minutes, estime Cheikh Saloum Kane. En somme, les délais s’étendent bien au-delà, générant des frais d’immobilisation, la surestarie qui s’accumulent inexorablement à la charge des importateurs.
 
À ces défaillances procédurales, s’ajoute l’état préoccupant du matériel de manutention, décrit comme vétuste et inadapté aux exigences d’un port moderne. Grues défaillantes, portiques en panne, engins de levage usés, routes internes dégradées; autant d’éléments qui ralentissent les opérations de chargement et de déchargement et exposent les marchandises à des risques supplémentaires de dommages. La délimitation floue du périmètre portuaire pose par ailleurs des problèmes concrets de facturation du transport de conteneurs entre le port et les entrepôts extérieurs, ouvrant la voie à des litiges récurrents entre opérateurs et prestataires de transport.
 
Face à cette accumulation de dysfonctionnements, le STS ne se contente plus de dénoncer. En réalité, il exige des actions concrètes et mesurables. Discussions avec les autorités portuaires sur la solvabilité des opérateurs, mise en conformité des pratiques de facturation avec les arrêtés en vigueur, investissements dans le renouvellement des équipements de manutention et création de mécanismes d’arbitrage indépendants figurent en tête des revendications du syndicat. L’enjeu dépasse largement le seul secteur portuaire. Dans un pays où l’essentiel des importations transite par Dakar, toute défaillance du port se traduit directement par une tension sur les prix, une perturbation des approvisionnements et un frein structurel à la compétitivité de l’économie nationale. À l’heure où le Sénégal ambitionne de s’imposer comme hub logistique régional, le port de Dakar ne peut pas se permettre de rester à quai.
 
Contactée pour recueillir sa part de vérité sur l’ensemble de ces remarques faites par les acteurs, la direction du Port autonome de Dakar à travers son pôle communication, n’a pas encore réagi au moment où ces lignes sont écrites. Dakaractu reste ouvert à tout droit de réponse de sa part. 
 
Mercredi 10 Juin 2026
Dakaractu



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