Dans la partie la plus attendue et la plus politique de son discours prononcé après son élection à la tête de Pastef, Ousmane Sonko a adressé ce samedi à Diamniadio un avertissement solennel, à peine voilé, à ceux qui seraient tentés de s’éloigner de la dynamique populaire ayant porté le parti au pouvoir.
Sans jamais citer de nom, le nouveau président de Pastef a posé une ligne de démarcation nette. «Aucune révolution n’avance en ligne droite», a-t-il déclaré, reconnaissant que toutes les expériences historiques de transformation ont connu leurs hésitations, leurs tentations de ralentissement, voire de détournement, une fois confrontées aux réalités de l’exercice du pouvoir. Il a évoqué le risque que certains, «au sommet de l’État», soient tentés de prendre leurs distances avec la dynamique populaire qui les a portés, «au nom de la stabilité, des équilibres politiques ou des contraintes du monde et parfois pour des raisons beaucoup plus obscures».
La référence au «sommet de l’État» et à la rupture consommée avec le président Bassirou Diomaye Faye, qui l’a relevé de ses fonctions de Premier ministre, n’a échappé à personne dans la salle. Sans jamais rompre formellement avec le chef de l’État, Sonko a néanmoins posé les termes d’une revendication de légitimité autonome : celle du parti, du peuple organisé, du socle collectif par opposition aux trajectoires individuelles.
«La révolution sénégalaise ne repose pas sur des trajectoires individuelles», a-t-il martelé. «Elle a été construite sur un socle solide, forgée collectivement. Elle n’a jamais été bâtie sur la base de trajectoires individuelles.» Puis, s’adressant directement aux 1200 délégués réunis au Centre des expositions de Diamniadio, il conclut en soulignant un acte fondateur : «Tout ce qui se trouvera en dehors de ce socle collectif ne saurait, d’aucune manière, représenter Pastef.»
Dans un contexte marqué par la rupture entre les deux figures tutélaires du mouvement, ce passage du discours a résonné comme bien plus qu’une mise en garde doctrinale. Il constitue, dans les faits, la première prise de position publique et formelle de Sonko en tant que président élu de Pastef face aux turbulences qui secouent le camp du pouvoir et un rappel à tous que la légitimité du parti ne saurait être ni confisquée ni diluée, quel que soit le niveau de responsabilité institutionnelle atteint.
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