Mort d'Abdoulaye Bâ au campus de Dakar : le Procureur brise le silence et écarte la thèse des violences policières


Le 9 février 2026 restera une date douloureuse dans la mémoire du Sénégal. Ce jour-là, le campus social de l'UCAD est le théâtre d'affrontements violents entre des étudiants et les forces de l'ordre. Dans le chaos de ces échauffourées, incendies, gaz lacrymogènes, heurts, Abdoulaye Bâ, étudiant logé au Pavillon F, perd la vie.
 
Le Sénégal apprend la nouvelle avec stupeur et douleur. Très vite, une rumeur se répand, portée par les réseaux sociaux et certains milieux proches du mouvement estudiantin : le jeune homme aurait été battu à mort par des policiers. Une accusation grave qui plonge l'opinion publique dans l'indignation et met les autorités sous une pression considérable.
 
C'est pour répondre à cette rumeur, mais aussi pour honorer la mémoire du défunt, que le Procureur Ibrahima Ndoye a convoqué ce point de presse. D'emblée, il a rappelé le cadre légal de sa démarche, fondée sur l'article 11 du Code de procédure pénale sénégalais, qui autorise le Procureur à rendre publics des éléments objectifs d'une procédure en cours « pour prévenir la propagation d'informations inexactes ».
 
Une enquête à double volet : les étudiants et les policiers
 
Dès le 9 février, le Procureur Ndoye a ordonné l'ouverture de deux enquêtes distinctes confiées à deux unités d'élite : la Sûreté urbaine du Commissariat central de Dakar et la Division des investigations criminelles (DIC). Concernant les étudiants, plusieurs individus identifiés comme ayant planifié, organisé et participé aux saccages ont été interpellés, placés en garde à vue et présentés au Parquet de Dakar. Ils seront déférés devant un juge d'instruction.
 
Du côté des forces de l'ordre, le procureur a été explicite : certains policiers ont franchi les limites tolérables du maintien de l'ordre, s'en prenant à des personnes déjà neutralisées ou à des biens. Ces faits font l'objet d'une enquête distincte et des poursuites pourront être engagées après identification formelle des agents mis en cause.
 
La reconstitution des faits : le feu, la fumée et la fenêtre
 
C'est sur ce point que le Procureur Ndoye s'est montré le plus précis. Selon les résultats de la DIC, des auditions du personnel médical, des agents de sécurité, des colocataires d'Abdoulaye Bâ, dd l'exploitation des images du Centre national de vidéosurveillance et de sources ouvertes, les faits se sont déroulés comme suit :
 
Lors des affrontements du 9 février, un incendie s'est déclaré dans la chambre numéro 85 du Pavillon F. Les flammes et une épaisse fumée noire ont rapidement envahi le couloir. Abdoulaye Bâ et ses huit colocataires de la chambre numéro 83 se sont retrouvés piégés. L'issue de secours était condamnée, scellée sur instruction de responsables du campus pour des raisons de sécurité du bâtiment, un point que l'enquête continue de vérifier.
 
Sans autre issue, les étudiants ont sauté par la fenêtre. Certains ont atterri sur leurs deux pieds, au prix d'entorses et de fractures. Abdoulaye Bâ, lui, a raté sa réception : il a atterri sur le côté gauche de son corps sur l'asphalte. C'est cette chute qui a causé sa mort — par hémorragie interne abondante avec état de choc, consécutive à des contusions cérébrales, thoraciques et abdominales, conclusion formelle du médecin légiste.
 
Les qualifications pénales envisagées
 
Si l'enquête établit que l'incendie de la chambre 85 était volontaire, des matériaux susceptibles de constituer un cocktail Molotov ayant été évoqués, l'auteur pourrait être poursuivi du chef d'homicide involontaire, la mort d'Abdoulaye Bâ résultant indirectement de son acte sans qu'il en ait eu l'intention. Par ailleurs, si l'issue de secours avait bien été condamnée en violation de la réglementation, les responsables pourraient être poursuivis pour mise en danger de la vie d'autrui ou imprudence ayant concouru au décès. « Personne ne sera protégé », a assuré le magistrat.
 
La famille d'Abdoulaye Bâ : la vérité, quel qu'en soit le visage
 
Face aux proches du défunt, qui continuent de croire que leur enfant a été battu à mort, le Procureur a choisi les mots de la compassion avant ceux du droit : « Pour la famille, qu'il ait été battu à mort ou qu'il ait chuté du quatrième étage, le résultat est le même. Ils ont perdu un fils et ils ont le droit de réclamer justice. »
 
Le magistrat a ouvert la conférence de presse par une minute de silence en hommage au jeune étudiant, geste rare venu souligner la gravité du moment. Ce point de presse avait, selon ses propres termes, pour unique objectif de « restaurer, ne serait-ce qu'à titre posthume, la dignité » d'Abdoulaye Bâ. Qu'elles soient satisfaites ou non par les conclusions du Parquet, la famille et les associations étudiantes ont désormais des éléments précis sur lesquels fonder leur éventuelle contestation. L'instruction judiciaire, à venir, sera le cadre où la vérité, toute la vérité, devra se faire.
Mardi 17 Février 2026
Dakaractu



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