Selon un proverbe africain : « Il n'y a pas de place pour deux crocodiles dans le même marigot ». On attribue aussi cette célèbre maxime « Le pouvoir ne se partage pas » à l'ancien président français Jacques Chirac
Le Sénégal avait suscité admiration et espoir à travers le monde avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024, marquant la troisième alternance démocratique de son histoire. Beaucoup y voyaient la confirmation d’une démocratie mature et un modèle pour plusieurs pays africains. Le nouveau pouvoir portait alors un projet ambitieux articulé autour d’un triptyque prometteur : bâtir « un Sénégal souverain, juste et prospère ».
Dans cette dynamique, le tandem Bassirou Diomaye Faye - Ousmane Sonko avait voulu incarner une nouvelle manière de gouverner, fondée sur un partage inédit du pouvoir exécutif. Le renforcement du rôle du Premier ministre devait rompre avec l’hyper présidentialisme traditionnel. Ousmane Sonko n’était plus présenté comme un simple collaborateur du chef de l’État, mais comme un véritable chef de gouvernement, disposant d’une autonomie politique et stratégique.
Cette architecture institutionnelle avait été saluée par de nombreux observateurs. Le président lui-même avait théorisé cette gouvernance partagée en affirmant publiquement : « Que Ousmane Sonko ne lorgne pas mon fauteuil, mais qu’il le regarde ». Une déclaration qui traduisait alors une relation de confiance et une volonté affichée de travailler dans la complémentarité.
Mais l’exercice du pouvoir a rapidement révélé ses limites. Les ambitions personnelles et les logiques de conquête politique ont progressivement pris le dessus sur l’esprit initial du projet. Derrière les apparences d’unité, une rivalité de plus en plus visible semble opposer les deux têtes de l’exécutif autour d’un enjeu central : l’élection présidentielle de 2029.
Le président Bassirou Diomaye Faye paraît vouloir consolider sa position en vue d’un second mandat, tandis qu’Ousmane Sonko nourrit ouvertement ou implicitement l’ambition d’accéder à la magistrature suprême. Cette compétition larvée a donné naissance à ce que certains qualifient désormais de « cohabitation douce », marquée par une méfiance réciproque et des stratégies parallèles.
D’un côté, la coalition « Diomaye Président » poursuit sa structuration et sa massification à travers des consultations politiques et institutionnelles. De l’autre, Pastef et son leader continuent de renforcer leur appareil politique, à travers des rencontres stratégiques et des initiatives visant à préparer les prochaines échéances électorales.
Cette « guerre froide » au sommet de l’État n’est cependant pas sans conséquences pour le pays. Au-delà des calculs politiques, c’est le fonctionnement même de l’État qui semble affecté. L’administration apparaît désorientée, les centres de décision se multiplient et les contradictions au sein de l’Exécutif fragilisent l’action gouvernementale.
Le Premier ministre critique publiquement certains ministres qui continuent pourtant de siéger à ses côtés au Conseil des ministres, tandis que le chef de l’État maintient sa confiance envers ces mêmes responsables. Cette dualité alimente un climat de confusion et renforce l’impression d’un pouvoir traversé par des tensions permanentes.
Mais l’impact le plus préoccupant reste sans doute celui sur la situation socio-économique du Sénégal. Dans un contexte mondial déjà marqué par les incertitudes économiques, les investisseurs ont besoin de stabilité, de visibilité et de cohérence dans la gouvernance. Or, les rivalités persistantes entre Diomaye et Sonko installent un climat d’instabilité politique qui inquiète aussi bien les partenaires économiques que les bailleurs et investisseurs étrangers.
Beaucoup d’acteurs économiques hésitent désormais à s’engager durablement, faute de lisibilité sur l’orientation réelle du pouvoir et sur la solidité des institutions. Cette atmosphère de tension politique freine les investissements, ralentit certains projets structurants et affecte directement la confiance des milieux d’affaires.
Pendant ce temps, les populations continuent de subir les difficultés du quotidien comme la hausse du coût de la vie, le chômage des jeunes, la précarité croissante et le ralentissement des activités économiques. Les attentes immenses suscitées par l’alternance peinent à se traduire en améliorations concrètes dans les villes comme dans les campagnes.
Les rumeurs récurrentes autour d’une éventuelle démission du Premier ministre, les spéculations permanentes sur les rapports entre les deux hommes ainsi que les mises en scène d’une entente parfois jugée artificielle entretiennent davantage le flou. Ce jeu politique finit par détourner l’attention des priorités essentielles du pays à savoir l’emploi, l’investissement, l’éducation, la santé et le pouvoir d’achat. Le slogan « Diomaye moy Sonko », qui symbolisait l’unité et l’espoir d’un projet commun, est aujourd’hui éprouvé par les réalités du pouvoir et les ambitions concurrentes.
Face à cette situation, une question devient désormais inévitable : le président Bassirou Diomaye Faye peut-il continuer à gouverner durablement dans une ambiguïté politique permanente au sommet de l’État ? Si les divergences stratégiques et les rivalités de pouvoir deviennent incompatibles avec l’efficacité gouvernementale, le chef de l’État devra alors prendre ses responsabilités. Dans toute démocratie, l’autorité présidentielle implique aussi la capacité de trancher lorsque le fonctionnement des institutions et la stabilité du pays sont menacés.
Deux options apparaissent : soit le président décide de démettre son Premier ministre afin de restaurer une ligne politique claire et une cohérence de l’action gouvernementale ; soit Ousmane Sonko choisit lui-même de démissionner pour préserver sa liberté politique et préparer ouvertement ses ambitions futures. Dans les deux cas, une clarification pourrait mettre fin à l’actuelle confusion au sommet de l’État, même si une telle rupture comporterait également des risques politiques majeurs pour le pouvoir comme pour le pays.
En tout état de cause, après deux années d’expérimentation d’un partage du pouvoir inédit, le temps des décisions paraît désormais arrivé. Ne serait-ce que pour préserver la stabilité du Sénégal, remettre les priorités économiques et sociales au cœur de l’action publique, rassurer les investisseurs et redonner ainsi confiance aux citoyens.
Le Sénégal avait suscité admiration et espoir à travers le monde avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024, marquant la troisième alternance démocratique de son histoire. Beaucoup y voyaient la confirmation d’une démocratie mature et un modèle pour plusieurs pays africains. Le nouveau pouvoir portait alors un projet ambitieux articulé autour d’un triptyque prometteur : bâtir « un Sénégal souverain, juste et prospère ».
Dans cette dynamique, le tandem Bassirou Diomaye Faye - Ousmane Sonko avait voulu incarner une nouvelle manière de gouverner, fondée sur un partage inédit du pouvoir exécutif. Le renforcement du rôle du Premier ministre devait rompre avec l’hyper présidentialisme traditionnel. Ousmane Sonko n’était plus présenté comme un simple collaborateur du chef de l’État, mais comme un véritable chef de gouvernement, disposant d’une autonomie politique et stratégique.
Cette architecture institutionnelle avait été saluée par de nombreux observateurs. Le président lui-même avait théorisé cette gouvernance partagée en affirmant publiquement : « Que Ousmane Sonko ne lorgne pas mon fauteuil, mais qu’il le regarde ». Une déclaration qui traduisait alors une relation de confiance et une volonté affichée de travailler dans la complémentarité.
Mais l’exercice du pouvoir a rapidement révélé ses limites. Les ambitions personnelles et les logiques de conquête politique ont progressivement pris le dessus sur l’esprit initial du projet. Derrière les apparences d’unité, une rivalité de plus en plus visible semble opposer les deux têtes de l’exécutif autour d’un enjeu central : l’élection présidentielle de 2029.
Le président Bassirou Diomaye Faye paraît vouloir consolider sa position en vue d’un second mandat, tandis qu’Ousmane Sonko nourrit ouvertement ou implicitement l’ambition d’accéder à la magistrature suprême. Cette compétition larvée a donné naissance à ce que certains qualifient désormais de « cohabitation douce », marquée par une méfiance réciproque et des stratégies parallèles.
D’un côté, la coalition « Diomaye Président » poursuit sa structuration et sa massification à travers des consultations politiques et institutionnelles. De l’autre, Pastef et son leader continuent de renforcer leur appareil politique, à travers des rencontres stratégiques et des initiatives visant à préparer les prochaines échéances électorales.
Cette « guerre froide » au sommet de l’État n’est cependant pas sans conséquences pour le pays. Au-delà des calculs politiques, c’est le fonctionnement même de l’État qui semble affecté. L’administration apparaît désorientée, les centres de décision se multiplient et les contradictions au sein de l’Exécutif fragilisent l’action gouvernementale.
Le Premier ministre critique publiquement certains ministres qui continuent pourtant de siéger à ses côtés au Conseil des ministres, tandis que le chef de l’État maintient sa confiance envers ces mêmes responsables. Cette dualité alimente un climat de confusion et renforce l’impression d’un pouvoir traversé par des tensions permanentes.
Mais l’impact le plus préoccupant reste sans doute celui sur la situation socio-économique du Sénégal. Dans un contexte mondial déjà marqué par les incertitudes économiques, les investisseurs ont besoin de stabilité, de visibilité et de cohérence dans la gouvernance. Or, les rivalités persistantes entre Diomaye et Sonko installent un climat d’instabilité politique qui inquiète aussi bien les partenaires économiques que les bailleurs et investisseurs étrangers.
Beaucoup d’acteurs économiques hésitent désormais à s’engager durablement, faute de lisibilité sur l’orientation réelle du pouvoir et sur la solidité des institutions. Cette atmosphère de tension politique freine les investissements, ralentit certains projets structurants et affecte directement la confiance des milieux d’affaires.
Pendant ce temps, les populations continuent de subir les difficultés du quotidien comme la hausse du coût de la vie, le chômage des jeunes, la précarité croissante et le ralentissement des activités économiques. Les attentes immenses suscitées par l’alternance peinent à se traduire en améliorations concrètes dans les villes comme dans les campagnes.
Les rumeurs récurrentes autour d’une éventuelle démission du Premier ministre, les spéculations permanentes sur les rapports entre les deux hommes ainsi que les mises en scène d’une entente parfois jugée artificielle entretiennent davantage le flou. Ce jeu politique finit par détourner l’attention des priorités essentielles du pays à savoir l’emploi, l’investissement, l’éducation, la santé et le pouvoir d’achat. Le slogan « Diomaye moy Sonko », qui symbolisait l’unité et l’espoir d’un projet commun, est aujourd’hui éprouvé par les réalités du pouvoir et les ambitions concurrentes.
Face à cette situation, une question devient désormais inévitable : le président Bassirou Diomaye Faye peut-il continuer à gouverner durablement dans une ambiguïté politique permanente au sommet de l’État ? Si les divergences stratégiques et les rivalités de pouvoir deviennent incompatibles avec l’efficacité gouvernementale, le chef de l’État devra alors prendre ses responsabilités. Dans toute démocratie, l’autorité présidentielle implique aussi la capacité de trancher lorsque le fonctionnement des institutions et la stabilité du pays sont menacés.
Deux options apparaissent : soit le président décide de démettre son Premier ministre afin de restaurer une ligne politique claire et une cohérence de l’action gouvernementale ; soit Ousmane Sonko choisit lui-même de démissionner pour préserver sa liberté politique et préparer ouvertement ses ambitions futures. Dans les deux cas, une clarification pourrait mettre fin à l’actuelle confusion au sommet de l’État, même si une telle rupture comporterait également des risques politiques majeurs pour le pouvoir comme pour le pays.
En tout état de cause, après deux années d’expérimentation d’un partage du pouvoir inédit, le temps des décisions paraît désormais arrivé. Ne serait-ce que pour préserver la stabilité du Sénégal, remettre les priorités économiques et sociales au cœur de l’action publique, rassurer les investisseurs et redonner ainsi confiance aux citoyens.
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