FMI: « Ndiaye-Kessler », un rapport qui alerte sur la situation critique de la crise de la dette au Sénégal


Alors que le Sénégal fait face à une dette publique aggravée par des engagements non déclarés hérités de l’ancien régime de Macky Sall, la question de la soutenabilité financière s’impose au cœur du débat national. Entre pression des marchés, suspension partielle du programme avec le FMI et coûts d’emprunt en forte hausse, le pays se retrouve à un tournant décisif.

 

C’est dans ce contexte qu’Afrikajom Center, en partenariat avec Finance for Development Lab, organise ce vendredi 6 février 2026 une journée d’Agora/Penc consacrée à la crise de la dette au Sénégal. L’événement marque le lancement officiel du Rapport Ndiaye-Kessler, un document stratégique qui réunit économistes, universitaires, experts en finances publiques et acteurs de la société civile afin d’« éclairer les citoyens » et de nourrir un débat public informé.

 

Présenté par le professeur Abdoulaye Ndiaye, spécialiste des finances publiques et de la dette, le rapport conclut sans ambiguïté : « il y a une crise de la dette au Sénégal », dont l’ampleur dépasse désormais « 120 % du PIB » après la révélation de passifs non anticipés. « La question n’est plus de savoir s’il existe une dette cachée, mais comment dépasser le mur qui se dresse devant nous », insiste-t-il, soulignant que la crise est à la fois « classique » et « exceptionnelle ».

 

Le rapport met en lumière la réaction immédiate des marchés financiers après l’audit : hausse des taux d’intérêt des eurobonds jusqu’à « 12 % », dégradation des notations souveraines, restriction de l’accès aux financements internationaux et dépendance accrue au marché régional. Le FMI, de son côté, « n’a pas encore confirmé que la dette sénégalaise est soutenable », contrairement à la position affichée par l’administration actuelle.

 

Deux options majeures sont analysées : continuer à « rouler la dette » en s’endettant davantage une stratégie jugée « très difficile » et risquée ou engager une restructuration avec les créanciers. Sur ce point, Abdoulaye Ndiaye est clair : « la restructuration n’est pas une honte », mais « une option qui donne de la marge », malgré des « coûts à court terme ». Selon lui, cette voie pourrait permettre au Sénégal de « redémarrer » et de retrouver un accès plus soutenable aux marchés financiers.

 

Parmi les pistes de solutions mises en avant figurent une consolidation budgétaire crédible, une réduction du déficit, un meilleur encadrement des dépenses publiques, l’élargissement de l’assiette fiscale, ainsi qu’un dialogue renforcé avec les partenaires bilatéraux, notamment la Chine et la France. Le rapport appelle également à « mettre en responsabilité » le FMI, la Banque centrale et les citoyens, invités à exiger « transparence, rigueur et redevabilité ».

 

À l’horizon, l’avenir de la dette sénégalaise dépendra des choix faits aujourd’hui : sans ajustement structurel, le poids des intérêts pourrait s’alourdir, réduire les marges budgétaires et compromettre la croissance. À l’inverse, une restructuration encadrée et des réformes crédibles pourraient replacer la dette sur une trajectoire soutenable et offrir au Sénégal une chance de transformer cette crise en opportunité de redressement durable.

Vendredi 6 Février 2026
Dakaractu



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