Entretien / Dr Fatima Guenoune : « Le plaidoyer aujourd’hui, c’est la gratuité totale pour tous les malades du cancer… Les acquis et réalisations de la Lisca… »

Comme chaque année, la Ligue Sénégalaise de lutte contre le cancer monte au créneau en s’engageant dans la sensibilisation ainsi que le dépistage du cancer. Ainsi, la présidente de la Lisca, le Dr Fatima Guenoune et son équipe s’attellent à la distribution de bons de mammographie aux femmes, mais également à accompagner les familles pour mieux assister les malades du cancer.
Le Dr Fatima Guenoune, à l’occasion du début d’Octobre rose, a accordé un entretien à Dakaractu. Entretien durant lequel, elle est revenue sur les urgences dans la lutte contre le cancer, mais surtout sur les acquis et les réalisations que la Ligue a déjà obtenus dans la lutte.

Entretien…


Dakaractu - Comment se déroulera la campagne de cette année ?

 

C’est toujours la sensibilisation qui est menée. Il faut essayer de lever tous les tabous autour du cancer, demander aux familles de mieux accompagner les malades du cancer. Comme chaque année d’ailleurs, nous allons distribuer des bons de mammographie subventionnés aux femmes âgées de 40 ans et plus.

Nous allons également faire des consultations gratuites du lundi au samedi au siège de la Lisca. Il faudra d’ailleurs que les femmes puissent prendre rendez-vous au téléphone.

En plus de cela, nous avons un partenaire qui nous accompagne depuis 2016 et nous allons prendre le temps d’aller dans les différentes villes du Sénégal pour former les gens sur le cancer du sein et du cancer du col de l’utérus. Nous allons mettre à leur disposition du matériel qui leur permettra de dépister 500 femmes après notre départ.

 

Dakaractu - La gratuité, est-elle aujourd’hui une réalité ?

 

La gratuité est effective. En réalité se sont les produits anticancéreux qui sont gratuits pour les femmes atteintes de cancer. Toutefois, ce sont les solutés qui ne sont pas gratuits. C’est pourquoi d’ailleurs, les personnes qui ont des soucis financiers à acheter un soluté sont confrontées à d’énormes difficultés. Mais le produit en tant que tel, il est gratuit.

 

Dakaractu - Quels sont les axes prioritaires sur lesquels vous insistez?

Aujourd’hui, ce n’est pas un jour de plaidoyer pour nous, parce que ce n’est pas nous qui avons organisé l’activité de lancement de la campagne. Mais nous allons mettre l’accent sur notre programme d’octobre rose. Cependant, vous vous me donnez l’occasion, je n’hésiterai pas de faire un plaidoyer à l’endroit des malades du cancer.

Ce que la Lisca veut, c’est de tendre vers une gratuité totale pour tous les cancers, pour que tout Sénégalais ( homme ou femme) atteint de cancer, puisse se soigner au Sénégal. 

 

Dakaractu - Pourquoi, selon vous, l’anatomopathologie est-elle si importante ?

 

Elle est incontournable. C’est un examen de diagnostic qui oriente le traitement, surtout la chimiothérapie en fonction des protocoles. Il faut par conséquent permettre à beaucoup de jeunes médecins de se spécialiser. Vous savez, les études médicales c’est pendant 8 ans. La spécialisation de 4 à 5 ans. Ce qui fait 12 à 13 ans d’études. 

Je demande aux autorités d’offrir des bourses à ces jeunes pour pouvoir les orienter.

 

Dakaractu - Comment trouvez -vous le plateau médical face au traitement des malades du cancer?

 

La Lisca a fait des efforts dans le sens de l’équipement pour les malades. Elle a d’ailleurs construit une grande salle de chimiothérapie qui a une capacité annuelle de 10.000 personnes. Nous avons également rénové et réhabilité toute l’hospitalisation de l’institut du cancer pour permettre aux malades d’être dans un endroit adapté à leur traitement. Ce sont des contributions que la Lisca, grâce à ses partenaires tels que les pharmaciens du Sénégal, a réalisées.

Maintenant je pense que des plaidoyers et des réflexions sont en train d’être menés dans ce sens parce que nous avions demandé, que dans chaque hôpital, il y ait une unité de soin du cancer. Je pense que se sont des actions qui sont en train d’être menées parce que nous avons vu la construction de quelques hôpitaux, donc un début de décentralisation des soins.

 

À l’hôpital régional de Thiès déjà, nous avons de la chimiothérapie, de la scénologie c'est-à-dire, tout ce qui a trait au cancer du sein. Actuellement, il y a un hôpital de niveau 3 qui a été inauguré avec une unité de radiothérapie. Dans toutes ces régions où ces équipements se trouvent, il faudra augmenter le nombre de bourses pour permettre aux jeunes de se former. 

 

Dakaractu - Donc vous pensez que les efforts sont en train d’être faits dans le cadre des équipements ?

 

Bien sûr. Je donne un exemple : au Sénégal, nous avons quatre appareils de radiothérapie alors qu’auparavant, nous avions un ancien appareil de cobaltothérapie. Au niveau de l’Afrique de l’Ouest, nous sommes présentement leader. À l’hôpital de Touba, nous avons un nouvel appareil qui attend les médecins et les physiciens. Au niveau de l’hôpital Le Dantec, Dalal Diam et au niveau du privé, nous avons des appareils. Il faut juste de la maintenance et de l’entretien pour éviter les pannes.

Cependant, la construction d’autres hôpitaux s’impose.

 

Dakaractu - Quel est le bilan de la Ligue?

 

Le bel acquis que nous avons c’est le soulagement des femmes atteintes du cancer et qui ont bénéficié de la gratuité de la chimiothérapie. Le coût de la radiothérapie qui est drastiquement réduit, c’est également un acquis. Nous avons équipé 28 villes d’un appareil de traitement des légions précancéreuses du col de l’utérus, nous avions également distribué 16 appareils de colposcopie qui est un appareil qui permet un diagnostic plus performant des légions précancéreuses au niveau du col.

La Lisca est également engagée dans l’octroi de bourses aux médecins pour qu’ils soient mieux outillés et faire face au traitement de la maladie.

 

Dakaractu - le message de sensibilisation…

 

Je profite de l’occasion que vous m’accordez à travers cette interview, pour demander à toutes les femmes et même les hommes de faire la mammographie pour détecter de manière précoce pour détecter la lésion de très petite taille et la soigner sans mutilation.

 

Vendredi 1 Octobre 2021
Dakaractu




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