Les grandes mutations politiques naissent rarement d'un choix idéologique. Elles sont souvent imposées par les circonstances. Le Sénégal semble aujourd'hui se trouver à l'un de ces tournants où la clarification des rapports de force devient une exigence politique autant qu'une nécessité institutionnelle.
Depuis plusieurs mois, les signes d'une recomposition du pouvoir se multiplient. Les divergences entre le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, ne relèvent plus seulement de nuances tactiques. Elles traduisent progressivement l'affirmation de deux stratégies politiques distinctes dont l'horizon est déjà l'élection présidentielle de 2029.
À cette première ligne de fracture s'ajoutent les tensions entre l'Exécutif et une majorité parlementaire largement structurée autour de PASTEF. Les débats relatifs à la révision constitutionnelle, les controverses sur le fonctionnement des institutions ainsi que la compétition pour le contrôle de l'agenda politique donnent parfois le sentiment que les institutions républicaines deviennent les instruments d'une bataille de positionnement plutôt que les garantes de l'intérêt général.
Dans ce contexte, une question s'impose : le Président de la République peut-il durablement gouverner sans disposer de son propre appareil politique ?
La réponse paraît de moins en moins évidente.
Une coalition électorale, aussi efficace soit-elle pour conquérir le pouvoir, n'a ni la cohérence doctrinale, ni la permanence organisationnelle, ni la discipline nécessaires pour accompagner durablement l'exercice de l'État. La Coalition Diomaye Président a rempli sa mission historique en permettant l'alternance de 2024. Mais gouverner exige davantage qu'une coalition de circonstance : cela suppose une organisation politique capable d'assurer une majorité stable, de porter les réformes, de préparer l'avenir et d'assumer clairement les responsabilités devant les citoyens.
La création d'un parti présidentiel pourrait ainsi constituer un acte de clarification politique.
Cette clarification est devenue d'autant plus nécessaire que les ambiguïtés actuelles entretiennent une confusion préjudiciable au fonctionnement normal des institutions. Dans une démocratie, chaque acteur doit pouvoir être identifié par son projet, sa responsabilité et son leadership. Lorsque plusieurs centres de décision prétendent incarner une même majorité, les rivalités internes finissent inévitablement par fragiliser l'action publique.
Pour autant, la création d'un nouveau parti ne saurait être perçue comme une simple stratégie de conservation du pouvoir exécutif. Si telle devait être sa seule vocation, il reproduirait les dérives qui ont longtemps caractérisé les partis présidentiels africains.
Son ambition devrait être plus élevée : contribuer à la stabilisation du système politique, renforcer la responsabilité démocratique et préserver l'équilibre des institutions.
La véritable question n'est donc pas de savoir s'il faut créer un nouveau parti, mais quel parti créer.
Le Sénégal n'a nul besoin d'une nouvelle machine électorale. Il a besoin d'une organisation moderne, démocratique et exemplaire. Un parti où le mérite l'emporte sur les fidélités personnelles, où les débats remplacent les injonctions, où les compétences priment sur les clientèles politiques et où les institutions demeurent supérieures aux individus.
Un tel parti devrait également constituer une réponse démocratique à une autre préoccupation grandissante : la concentration progressive de l'espace politique autour d'une seule formation dominante. Toute démocratie vivante repose sur le pluralisme, l'équilibre des pouvoirs et la coexistence de plusieurs forces capables d'enrichir le débat public. Préserver cet équilibre ne revient pas à organiser une confrontation permanente, mais à empêcher qu'une logique hégémonique ne réduise progressivement les espaces de contradiction démocratique.
Dans un paysage politique marqué par l'affaiblissement des partis traditionnels, la dispersion des forces et les difficultés de renouvellement des élites politiques, ce nouveau parti pourrait attirer bien au-delà de son noyau présidentiel. À condition de proposer une vision claire, une gouvernance exemplaire et un véritable projet national.
La Coalition Diomaye Président aurait alors vocation à devenir le creuset de cette nouvelle dynamique. Non plus seulement comme une alliance électorale, mais comme un espace de rassemblement de toutes les sensibilités attachées à la stabilité des institutions, à l'État de droit et à la modernisation de la gouvernance.
Cependant, plusieurs dérives devront être évitées avec la plus grande vigilance : le culte de la personnalité, la confusion entre l'État et le parti, l'utilisation des moyens publics à des fins partisanes, la marginalisation des voix dissidentes et la personnalisation excessive du pouvoir. L'histoire politique africaine montre que ces dérives conduisent inévitablement à l'affaiblissement des institutions qu'elles prétendent protéger.
Au fond, la création d'un parti autour du Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye ne devrait pas répondre à une logique de rivalité personnelle ou de compétition entre ambitions politiques. Elle devrait s'inscrire dans une ambition plus grande : donner au Sénégal un cadre politique stable permettant aux institutions de fonctionner indépendamment des rapports de force conjoncturels.
Une fois cette clarification opérée, le défi devra dépasser les intérêts partisans. Il s'agira de bâtir un véritable Pacte républicain, réunissant les forces politiques, sociales et citoyennes autour de principes intangibles : le respect des institutions, la séparation des pouvoirs, l'indépendance de la justice, l'alternance démocratique, la bonne gouvernance et la primauté de l'intérêt national.
En définitive, l'enjeu dépasse largement la création d'un parti. Il s'agit de savoir si le Sénégal veut continuer à subir les crises de leadership ou construire des institutions suffisamment solides pour les surmonter.
C'est peut-être là que réside le véritable rendez-vous de notre démocratie ainsi que notre capacité à faire face aux urgences.
Abdoul Wahab Ka
Administrateur Civil Principal de classe exceptionnelle à la retraite
Coordonnateur national de l'Action pour le Développement et la Souveraineté, membre de la Coalition Diomaye Président.
Depuis plusieurs mois, les signes d'une recomposition du pouvoir se multiplient. Les divergences entre le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, ne relèvent plus seulement de nuances tactiques. Elles traduisent progressivement l'affirmation de deux stratégies politiques distinctes dont l'horizon est déjà l'élection présidentielle de 2029.
À cette première ligne de fracture s'ajoutent les tensions entre l'Exécutif et une majorité parlementaire largement structurée autour de PASTEF. Les débats relatifs à la révision constitutionnelle, les controverses sur le fonctionnement des institutions ainsi que la compétition pour le contrôle de l'agenda politique donnent parfois le sentiment que les institutions républicaines deviennent les instruments d'une bataille de positionnement plutôt que les garantes de l'intérêt général.
Dans ce contexte, une question s'impose : le Président de la République peut-il durablement gouverner sans disposer de son propre appareil politique ?
La réponse paraît de moins en moins évidente.
Une coalition électorale, aussi efficace soit-elle pour conquérir le pouvoir, n'a ni la cohérence doctrinale, ni la permanence organisationnelle, ni la discipline nécessaires pour accompagner durablement l'exercice de l'État. La Coalition Diomaye Président a rempli sa mission historique en permettant l'alternance de 2024. Mais gouverner exige davantage qu'une coalition de circonstance : cela suppose une organisation politique capable d'assurer une majorité stable, de porter les réformes, de préparer l'avenir et d'assumer clairement les responsabilités devant les citoyens.
La création d'un parti présidentiel pourrait ainsi constituer un acte de clarification politique.
Cette clarification est devenue d'autant plus nécessaire que les ambiguïtés actuelles entretiennent une confusion préjudiciable au fonctionnement normal des institutions. Dans une démocratie, chaque acteur doit pouvoir être identifié par son projet, sa responsabilité et son leadership. Lorsque plusieurs centres de décision prétendent incarner une même majorité, les rivalités internes finissent inévitablement par fragiliser l'action publique.
Pour autant, la création d'un nouveau parti ne saurait être perçue comme une simple stratégie de conservation du pouvoir exécutif. Si telle devait être sa seule vocation, il reproduirait les dérives qui ont longtemps caractérisé les partis présidentiels africains.
Son ambition devrait être plus élevée : contribuer à la stabilisation du système politique, renforcer la responsabilité démocratique et préserver l'équilibre des institutions.
La véritable question n'est donc pas de savoir s'il faut créer un nouveau parti, mais quel parti créer.
Le Sénégal n'a nul besoin d'une nouvelle machine électorale. Il a besoin d'une organisation moderne, démocratique et exemplaire. Un parti où le mérite l'emporte sur les fidélités personnelles, où les débats remplacent les injonctions, où les compétences priment sur les clientèles politiques et où les institutions demeurent supérieures aux individus.
Un tel parti devrait également constituer une réponse démocratique à une autre préoccupation grandissante : la concentration progressive de l'espace politique autour d'une seule formation dominante. Toute démocratie vivante repose sur le pluralisme, l'équilibre des pouvoirs et la coexistence de plusieurs forces capables d'enrichir le débat public. Préserver cet équilibre ne revient pas à organiser une confrontation permanente, mais à empêcher qu'une logique hégémonique ne réduise progressivement les espaces de contradiction démocratique.
Dans un paysage politique marqué par l'affaiblissement des partis traditionnels, la dispersion des forces et les difficultés de renouvellement des élites politiques, ce nouveau parti pourrait attirer bien au-delà de son noyau présidentiel. À condition de proposer une vision claire, une gouvernance exemplaire et un véritable projet national.
La Coalition Diomaye Président aurait alors vocation à devenir le creuset de cette nouvelle dynamique. Non plus seulement comme une alliance électorale, mais comme un espace de rassemblement de toutes les sensibilités attachées à la stabilité des institutions, à l'État de droit et à la modernisation de la gouvernance.
Cependant, plusieurs dérives devront être évitées avec la plus grande vigilance : le culte de la personnalité, la confusion entre l'État et le parti, l'utilisation des moyens publics à des fins partisanes, la marginalisation des voix dissidentes et la personnalisation excessive du pouvoir. L'histoire politique africaine montre que ces dérives conduisent inévitablement à l'affaiblissement des institutions qu'elles prétendent protéger.
Au fond, la création d'un parti autour du Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye ne devrait pas répondre à une logique de rivalité personnelle ou de compétition entre ambitions politiques. Elle devrait s'inscrire dans une ambition plus grande : donner au Sénégal un cadre politique stable permettant aux institutions de fonctionner indépendamment des rapports de force conjoncturels.
Une fois cette clarification opérée, le défi devra dépasser les intérêts partisans. Il s'agira de bâtir un véritable Pacte républicain, réunissant les forces politiques, sociales et citoyennes autour de principes intangibles : le respect des institutions, la séparation des pouvoirs, l'indépendance de la justice, l'alternance démocratique, la bonne gouvernance et la primauté de l'intérêt national.
En définitive, l'enjeu dépasse largement la création d'un parti. Il s'agit de savoir si le Sénégal veut continuer à subir les crises de leadership ou construire des institutions suffisamment solides pour les surmonter.
C'est peut-être là que réside le véritable rendez-vous de notre démocratie ainsi que notre capacité à faire face aux urgences.
Abdoul Wahab Ka
Administrateur Civil Principal de classe exceptionnelle à la retraite
Coordonnateur national de l'Action pour le Développement et la Souveraineté, membre de la Coalition Diomaye Président.
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