Personne ne sait combien de membres compte “Étincelle noire”, mais une chose est sûre: les attaques attribuées à ce nouveau mouvement russe se multiplient à un rythme de plus en plus soutenu. À chaque fois, il semble qu’un membre de l’organisation sache exactement où se trouvent les points faibles de la Russie.
Les premiers incidents visiblement liés à Étincelle noire sont survenus en 2024. Des systèmes de défense aérienne russes de type Buk, déployés pour mener des frappes dans les régions ukrainiennes de Donetsk, Zaporijia et Soumy, ont commencé à tomber en panne de manière inattendue. Le Buk-M3 est considéré comme l’un des principaux systèmes de défense de la Russie, conçu pour abattre des avions, des missiles de croisière et des drones à des distances pouvant atteindre 80 kilomètres. Pourtant, ils ont été mis hors d’état de nuire les uns après les autres.
Le schéma est toujours le même. Tout d’abord, des perturbations électroniques brouillent les radars de l’armée russe, ce qui permet à des drones de reconnaissance ukrainiens de faire des repérages au-dessus des forêts où ces systèmes de défense sont installés. Ensuite, des drones attaquent directement les véhicules radar ou les systèmes de lancement. Résultat: plusieurs systèmes Buk ont explosé, tandis que d’autres sont devenus inutilisables.
Propagande
Un détail inquiète tout particulièrement les commandants russes: les Ukrainiens semblaient savoir exactement où se trouvaient les installations cachées. “Ils nous voient avant que nous ne les voyions”, aurait soupiré un officier russe, selon des communications interceptées. Depuis, des sources ukrainiennes ont révélé que ces attaques ont été permises par des informations de première importance fournies par Étincelle noire.
Au départ, Moscou rejetait l’existence d’un tel mouvement en estimant, du moins officiellement, qu’il ne s’agissait que d’une simple opération de propagande. Mais la situation a changé lorsque de plus en plus de cibles stratégiques situées au cœur même de la Russie ont commencé à être ciblées. Ports pétroliers, ponts ferroviaires, dépôts, raffineries, etc.: chaque attaque semblait menée avec une précision chirurgicale, comme si quelqu’un en Russie démantelait lentement la machine de guerre de Vladimir Poutine.
Petites cellules
Selon diverses sources, Étincelle noire fonctionnerait par le biais de petites cellules indépendantes. La communication s’effectue via des canaux cryptés et des téléphones jetables. Ses membres proviendraient d’horizons inattendus: ingénieurs pétroliers, spécialistes en informatique, cheminots, anciens officiers et cadres du secteur de l’énergie. Des personnes qui faisaient autrefois partie du système russe — et qui s’y opposent désormais.
Igor Volobuyev est souvent cité comme la figure de proue du mouvement. Pendant des années, cet homme a fait partie de l’élite russe. Il a travaillé seize ans pour Gazprom avant de devenir vice-président de Gazprombank. Après l’invasion de l’Ukraine en 2022, il a brusquement rompu tous ses liens avec Moscou. Il s’est enfui en Ukraine et a rejoint la légion “Liberté de la Russie”, une unité de volontaires russes qui combat aux côtés des Ukrainiens. Par la suite, son nom a été de plus en plus souvent associé aux opérations d’Étincelle noire. Pour le Kremlin, il est désormais officiellement considéré comme un ennemi d’État.
Une infiltration audacieuse
Selon des sources ukrainiennes, ce mystérieux mouvement de résistance serait également à l’origine de l’une des infiltrations les plus audacieuses de la guerre: celle d’Alabouga, au cœur du Tatarstan. C’est là que la Russie assemble des milliers de drones Geran, la version russe des drones kamikazes iraniens Shahed. Malgré un dispositif de sécurité renforcé, Étincelle noire aurait infiltré des agents sous de fausses identités pendant plusieurs mois.
Selon les déclarations du groupe de résistance, ses membres auraient notamment copié des bases de données internes et manipulé des composants au cours du processus d’assemblage. Quelques semaines plus tard, certains drones Geran ont soudainement commencé, lors de leurs lancements, à perdre de l’altitude, à dévier de leur trajectoire, à exploser prématurément, voire à faire demi-tour vers les positions russes. Pour les services secrets russes (FSB), il est peu à peu apparu qu’Étincelle noire était tout sauf un groupe de sabotage amateur.
Nouvelle série d’attaques
Fin 2025, les autorités ukrainiennes ont officiellement confirmé que leurs unités des Forces d’opérations spéciales collaboraient avec Étincelle noire. Peu après, une nouvelle série d’attaques a eu lieu. Depuis, les attaques visant des infrastructures critiques du régime russe se sont enchaînées.
Le 18 juin 2026, la base pétrolière Rostovnefteprodukt de Goukovo, située sur la mer Noire, a été la proie des flammes à la suite d’une attaque, tout comme la raffinerie Gazprom Neft de Moscou, responsable d’une grande partie de la distribution de pétrole dans la capitale russe.
Six jours plus tard, une gigantesque usine de traitement de gaz et une installation d’aluminium se trouvant à Orenbourg, à près de 3.000 kilomètres de certains sites de lancement ukrainiens, ont été prises pour cibles. Ces infrastructures sont essentielles à la confection de missiles et ont été gravement touchées. L’attaque semblait, une fois de plus, avoir été minutieusement préparée, avec le même modus operandi. Peu après minuit, les communications russes ont été brouillées. Puis, des drones sont apparus à basse altitude au-dessus de la zone industrielle. Les caméras de surveillance se sont éteintes et, ensuite, les explosions ont suivi.
Autre coup dur pour Moscou: le sabotage d’un système radar Nebo-U, essentiel pour la défense aérienne russe à longue portée. À la suite d’une attaque combinée mêlant sabotage et drones, le réseau de défense aérienne russe s’est retrouvé temporairement et partiellement aveugle.
Mais le coup le plus dur était encore à venir. Dimanche dernier, la raffinerie de pétrole de Iaroslavl, au nord-est de Moscou, a été touchée. Il s’agit de l’une des plus grandes de Russie. Elle aussi est essentielle à l’approvisionnement en carburant de Moscou. Selon des sources ukrainiennes, Étincelle noire aurait aidé à recueillir des informations essentielles sur les calendriers de maintenance et les protocoles de sécurité. Cette nuit-là, la fumée émanant du site a teint le ciel de la région de noir.
Étincelle noire a également mené des opérations en mer. Deux cargos russes, le “Kompozitor Rakhmaninov” et l’“Askar-Saridzha”, ont ainsi soudainement disparu des radars après une panne de leurs transpondeurs AIS. Selon des sources ukrainiennes, ces navires transportaient du matériel militaire entre l’Iran et la Russie.
Des interrogatoires approfondis
Chaque attaque contribue à alimenter les craintes que suscite Étincelle noire en Russie. Au Kremlin, des rumeurs circulent faisant état de centaines de membres, d’officiers du FSB corrompus et même d’oligarques qui financeraient le mouvement. N’importe quel employé des chemins de fer pourrait être un informateur. N’importe quel informaticien, un saboteur. N’importe quel opérateur radar, un traître.
Personne ne sait vraiment qui fait quoi, ce qui alimente une sorte de paranoïa. Mais le FSB prend cette menace très au sérieux. Les ingénieurs et les employés des entreprises sensibles font désormais l’objet d’un contrôle minutieux et sont soumis à des interrogatoires approfondis.
Pendant ce temps, à l’abri de canaux cryptés et sous des pseudonymes, les membres d’Étincelle noire se préparent peut-être déjà à mener leur prochaine opération, ou plutôt à allumer leur prochaine étincelle.
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