Abdoulaye Seck répond à Mohamed Dia, consultant bancaire programme Sénégal Hors Pauvreté (PSHP).


De grâce la passion ne doit point l’emporter sur la raison surtout quand il s’agit de questions hautement importantes que la problématique de la gouvernance  d’un pays.
Ainsi, tous les théoriciens sérieux du libéralisme, ont toujours affirmé que liberté sans responsabilité était une calamité. S’il y a liberté, il faut nécessairement la responsabilité. C’est ce qu’écrit très clairement un des théoriciens du libéralisme le moins régulé, Friedrich Von Hayek : « La liberté ne signifie pas seulement que l'individu a à la fois l'occasion et le poids du choix ; elle signifie aussi qu'il doit supporter les conséquences de ses actions et qu'il recevra estime ou blâme pour elles. La liberté et la responsabilité sont inséparables ».
En parcourant attentivement la publication de Monsieur Mohamed DIA, Consultant bancaire, relative à son « Plan Sénégal Hors Pauvreté » (PHSP), mon attention est captée par les remarques suivantes :

❖ Dans la forme

1. les nombreuses fautes de syntaxe dans presque chaque paragraphe du texte ;

2. l’absence d’un plan cohérent pour une démarche censée être scientifique ;

3. le mélange des éléments de diagnostic, des remarques et des propositions
❖ Dans le Fond
1. La légèreté dans l’analyse, l’évaluation et  le diagnostic   des situations et des  projets et programmes
L’auteur commence par dire : «  Le plan d’infrastructures de Macky Sall envoie le Sénégal droit dans le mur », j’ai eu à expliquer que les priorités étaient autre part et non dans certaines infrastructures de nouvelle génération. Les infrastructures sont certes une nécessité pour le développement de l’économie et de l’amélioration des conditions de vie des citoyens mais le Sénégal est dans cette lancée depuis l’an 2000. Si dix-huit ans plus tard, notre croissance est toujours relativement fragile, les niveaux de vie des Sénégalais toujours bas, la pauvreté endémique, le taux de chômage toujours élevé, nous pensons qu’il est temps de chercher les solutions autre part. Nous ne disons pas que nous n’avons pas besoin d’infrastructures, bien au contraire, le manque d’infrastructures est un frein au développement mais il faut savoir identifier quelles infrastructures sont prioritaires. Au lieu de seulement créer des infrastructures de nouvelle génération pour faire face à l’exode rural, l’Etat devrait aussi corrélativement essayer d’encourager l’exode urbain en développant les régions pour que la tendance soit inversée. Les régions doivent être dotées d’infrastructures adéquates pour que les industries puissent s’y implanter. Tous les programmes mis en place par le gouvernement (CMU/Bourses Sociales, PUDC, CAPSU, PUMA, Promovilles) sont d’excellents programmes mais il faudrait aussi penser à comment arrêter les subventions et de faire de chaque citoyen un acteur de développement. C’est cette vision qui fait défaut au Sénégal depuis l’indépendance
Que d’incohérences !
Comment est-ce qu’pays peut-il se développer sans infrastructures socio-économiques ? ou plus simplement Monsieur DIA ignore-t-il les missions et objectifs des programmes précités dans les politiques nationales de Décentralisation, de communalisation intégrale et de prise en charge sanitaire et sociale des populations
Aussi en parlant de vision, il est important de faire remarquer qu’une vision n’est pas un simple objectif ou un vœu pieu
Les grands leaders ont en commun une capacité à définir et à communiquer une vision positive de l’avenir, qui répond aux aspirations des interlocuteurs concernés par le projet.
Mais pour quelle raison cette compétence est-elle aussi importante aujourd’hui ?
Dans un contexte en changement permanent, fonder sa stratégie uniquement sur des prévisions, c’est-à-dire la projection dans le futur de la situation actuelle n’est plus efficient. Pour orienter l’action au quotidien d’autres approches doivent être développées. Les organisations ont besoin de leaders qui définissent une vision c’est-à-dire une image volontariste et positive de l’avenir. Le fait que le leader soit orienté vers le futur plutôt que le passé est, dans ce sens, une condition indispensable. Son mode de pensée est déterminant car il oriente sa réflexion, ses émotions et ses actions. En étant proactif, il se programme pour réussir : en période de crises, il sait transformer les contraintes en opportunités pour introduire des innovations en rupture.
Une autre compétence attendue de la part d’un leader est sa capacité à donner sa dimension stratégique à un objectif. Son rôle consiste à traduire la vision stratégique en objectifs et en actions collectives et individuelles. Il permet ainsi de mettre en perspective l’avenir pour construire le présent.
Que dire des passages suivants :
« Nous devons d’abord décider d’un modèle économique à suivre pour notre développement vu que le gouvernement actuel a un plan en place (PSE) mais pas de modèle économique. Nous pensons qu’au stade où nous en sommes il est plus sage d’utiliser « le modèle de l’industrialisation fondé sur la promotion des exportations ». Ce modèle a été utilisé par les pays de l’Asie de L’Est qu’on appelle les pays nouvellement industrialisés (Corée du Sud, Singapour, Taïwan et Hong Kong). Nous devons davantage investir dans les infrastructures de santé et d’éducation pour avoir une base solide puis nous pourrons élever ce que nous désirons sans risque d’effondrement. Les fondements de l’émergence résident dans les changements sociaux, politiques, économiques et institutionnels pour une image saine de notre nation qui attirera les investisseurs nationaux et étrangers »…………..
 
« Pour une émergence du Sénégal, il faudra impérativement développer toutes les régions d’une manière harmonieuse pour inverser la tendance de l’exode rural à l’exode urbain qui est un autre frein au développement. 
La région de Dakar représente 0.3% du territoire national et abrite plus de 25% de la population. L’incapacité de l’Etat de construire des infrastructures appropriées pour faire face à la démographie croissante est l’une des raisons principales de la naissance de Diamniadio. Nonobstant la création de cette cité qui est une bonne vision pour la décentralisation, cela risque de devenir un problème dans l’avenir avec l’urbanisation croissante. Nous voulons éviter que cette même vision soit portée par le prochain président, que cela soit le président Sall ou un autre président, vu que la population actuelle est de 15 millions d’habitants avec un taux de croissance d’environ 3% par année. Cette vision est une bonne vision mais ressemble plus à ce que les Américains appellent « To kick the can down the road ». Nous avons une vision que nous proposons au prochain président de la République du Sénégal pour nous sortir de la pauvreté et tendre vers l’émergence. Il faut construire sur des bases solides pour une émergence durable. »
Il ressort de ces passages un niveau d’analyse très faible avec une absence d’illustrations par des statistiques  et un recourt à des généralités ou à des formes de « OUIE DIRE » qui ne font pas souvent bon ménage avec l’argumentaire scientifique principalement l’économie qui est à base réelle.
Cette analyse est en porte à faux avec des propos tenus dernièrement par Haut responsable du FMI Monsieur Ali Mansoor qui  disait je le cite
«Les perspectives pour 2016 et 2017 restent positives avec un taux de croissance projeté au-dessus de 6%, porté par une agriculture plus performante, le redressement de l’industrie ainsi que le maintien du dynamisme dans les activités de services». De plus, M. Mansoor constate que sur le plan macroéconomique, les signaux sont positifs puisqu’il y a «une grande amélioration de la balance des paiements avec un compte courant qui présente un déficit de seulement 6,5%». «Mais, ce qui est surtout encourageant, c’est que ce résultat n’est pas seulement le fruit de la baisse des prix des matières premières, en particulier le pétrole, mais on commence aussi à voir une augmentation des exportations et une augmentation des recettes. Dans le court terme, la situation macroéconomique va dans le bon sens et en plus de ça, le déficit budgétaire est maitrisé et devrait permettre au Sénégal d’atteindre un des critères de convergence de l’Uemoa avec un déficit de 3% en 2018». En un mot comme en mille, le Sénégal a fait des efforts importants sur ses agrégats macroéconomiques. En effet, l’augmentation des recettes fiscales est en grande partie expliquée par les recettes pétrolières, notamment les recettes issues du Fonds de Sécurisation des importations des produits pétroliers. Cette tendance de hausse s’est poursuivie sur les six premiers mois de 2016
 
2. L’absence de maitrise des  certaines notions de finance publique
Il s’agit principalement des notions de croissance et d’endettement et de leur impact direct sur le développement des pays.  Ceci est mis en évidence dans les paragraphes suivants :
« Selon le projet de loi des finances de 2017, certaines dépenses publiques se présentaient comme suit :
Dette du Sénégal : 5.848,5 milliards, service de la dette : 680 milliards (Intérêt : 165,3 milliards, Principal : 514,7 milliards), dépense de fonctionnement : 756,9 milliards, dépense d’investissement : 1225,2 milliards, dépense des comptes spéciaux du trésor : 111,9 milliards, effectif fonction publique : 121.065, et le déficit budgétaire : 362,2 milliards
Cela étant dit nous savons que notre économie repose largement sur l’exportation de nos matières premières or celles-ci dépendent principalement des cours sur le marché international ; la baisse des cours fausse souvent nos prévisions budgétaires. Une grande dépendance sur les matières premières peut aussi être assujettie à un chantage sur le prix d’achat. Cela ne fait pas de nous une nation souveraine »……
 
Ensuite,
 
« Coût des propositions 
Un hôpital dans chaque département sera construit pour un cout de 205 milliards.
Les abris provisoires au nombre de 6369 abris seront totalement éliminés pour un cout de 40 milliards.
L’assainissement des régions non assainies pour un cout de 300 milliards.
La création de nouvelles industries pour un cout de 410 milliards. L’Etat commencera par la création de ces industries pour l’emploi immédiat des jeunes puis les investisseurs auront le courage de venir s’installer dans les régions.
Une usine de dessalement pour un cout de 135 milliards.
Un marché/centre commercial sera construit dans chaque département avec une capacité de 200 cantines pour un cout de 410 milliards.
La construction de 1000 logements dans chaque département par an pour un cout de 400 milliards
Une gare routière de dernière génération dans chaque département pour un cout de 82 milliards
Le développement du réseau ferroviaire pour un cout de 1000 milliards.
Le renouvellement immédiat des voitures de transport urbain et interurbain pour 100 milliards.
Dans la dernière phase de notre programme du PSHP, des aérodromes seront construits ou réfectionnés dans les 13 régions.  
Il faut noter que ces estimations ont été faites sans prendre en compte les infrastructures présentes dans certains départements et ou régions qu’il faudrait juste rénovées au lieu de construire. »……..
Et en fin,
 
« FINANCEMENT DES PROPOSITIONS 
Nous allons démontrer qu’hormis le budget dont l’Etat dispose chaque année pour son fonctionnement, nous pouvons trouver de l’argent dans nos caisses pour s’auto-financer et non s’endetter pour financer nos projets de développement. Cela voudra dire que notre politique de développement actuelle pourra être poursuivie parallèlement.
Les exonérations fiscales nous coutent environ 500 milliards par an pour des compagnies ne créant pas assez d’emplois et qui rapatrient leurs bénéfices dans leurs pays d’origine. Nous allons procéder à une évaluation de l’impact de ces exonérations et nous allons supprimer les exonérations octroyées aux entreprises qui ne créent pas assez d’emplois et qui n’investissent pas dans les infrastructures dont nous avons besoin. Le conseil économique social, et environnemental nous coute environ 6,2 milliards par an et peut être dissout dans le HCCT.  Le budget de la présidence qui s’élève à 88 milliards sera réduit à 50 milliards créant ainsi un surplus de 38 milliards par an. Le budget de l’assemblée nationale qui est de 14.134.506.000 sera réduit en diminuant le nombre de députés et certains avantages pour créer un surplus de 4 milliards par an. Le budget de la primature qui est 12.922.273.980 pour 83 ministres sera réduit pour créer un surplus d’au minimum 5 milliards par an. Nous pensons que le Sénégal peut fonctionner normalement avec 30 ministres au maximum. Le secteur informel une fois formalisé versera plus de 300 milliards par an dans les caisses de l’Etat. L’élimination des caisses noires, fonds politiques et caisses d’avance doteront les caisses de l’Etat de quelques dizaines de milliards par an. Le pétrole et le Gaz devraient nous procurer au minimum 600 milliards par an. La liste est exhaustive et sera disponible une fois que le plan dans son intégralité sera publié ».
 
Les outils de gestion de portefeuille et des risques  couplés à la stratégie de diversification des instruments d’endettement (ou produits d’investissement) exigent du souscripteur un comportement rationnel et un niveau d’analyse des marchés acceptable avant toute  décision d’investissement.
En effet, ces outils vont donc plus loin que la simple évaluation financière d'un investissement. Ils procurent une image plus étendue du projet en capturant la capacité des managers à modifier ou optimiser les activités et opérations au fur et à mesure que l'information devient disponible ou que les incertitudes sont levées.
Après tous ces développements récents de la finance souvent appelé «  l’ingénierie financière sensée » le niveau de risque,  dû à une dépréciation ou une appréciation de la monnaie, est devenu un critère pondéré à moins de 1% dans les décisions d’investissement.
Les seuls outils significatifs dans l’appréciation des obligations sont maintenant la maturité, la qualité de signature de l’émetteur et les conditions de remboursement in fine qui sont tributaires de la rentabilité des projets à financer.
Il est donc très probable qu’un même emprunt, avec une  maturité revue à la baisse (par exemple à un an) et/ou des intérêts,  pourrait, certainement bénéficier de plus d’afflux de capitaux que la première opération alors que  l’émetteur étant resté le même. Ce qui pourrait être une transposition  du style « facilités de caisse » comme on l’appelle dans les relations banque –Entreprise dans le marché financier.
Mais ceci n’est en rien  comparable  avec les emprunts à long terme qui permettent de financer des investissements lourds sur plusieurs années et qui sont directement tributaires de  la qualité de signature d’un Etat ou d’une entreprise.
C’est dire donc que la qualité du projet à financer constitue un critère à forte pondération dans la finance moderne.
Je continue à être de cela qui pense qu’avec plus de ruptures courageuses, en ce qui concerne la gestion de la question de l’énergie et des infrastructures, et des réformes au niveau des finances publiques (la nomenclature, pratiques ou procédures, introduction effective de la finance islamique)   et de la justice notre pays a toutes les chances de bien s’en sortir.  D’ailleurs ceci recoupe une remarque fondamentale de S&P dans une de ses notes mensuelles « Si les politiques du nouveau gouvernement ne permettent pas de réduire les déséquilibres budgétaires et extérieurs et n'améliorent pas les perspectives de croissance économique, les notes seront revues à la baisse. « Nous pourrions également réviser les notes à la baisse, si les programmes destinés à combler les manques en infrastructures les plus criants ne sont pas mis en œuvre rapidement ou si des facteurs imprévus rehaussent les prévisions de déficit budgétaire et extérieur », prévient aussi S&P. En revanche, une révision à la hausse est également envisageable pour une perspective "stable" »
Or à la dernière séance notation notre a vu sa note considérablement améliorée
 
Abdoulaye SECK dit Pape
Analyste financier,
Spécialiste en Finance et gestion des risques
Mercredi 26 Septembre 2018
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter



Dans la même rubrique :