REFELA Sénégal : « L’égalité réelle passe par le pouvoir économique des femmes », Thérèse Diouf Faye, maire de Diarrère


Figure engagée de la gouvernance locale au Sénégal, Thérèse Diouf Faye, présidente du Réseau des Femmes Élues Locales d’Afrique (REFELA) au niveau national, s’impose comme l’une des voix majeures du plaidoyer en faveur de l’autonomisation économique des femmes. Élue locale et actrice de terrain, elle défend une vision qui dépasse la simple représentation politique pour placer l’accès aux ressources économiques au cœur de l’égalité.

À l’occasion d’un colloque du REFELA tenu à Dakar, elle a appelé à un changement de paradigme dans les politiques publiques en Afrique : passer d’une logique de présence des femmes dans les instances de décision à une véritable capacité d’action économique.

Dès son intervention, Thérèse Diouf Faye a souligné les limites des avancées actuelles. « Au Sénégal, au moins 20 femmes sont élues ou dirigent des collectivités territoriales. Mais la représentation politique, aussi importante soit-elle, ne suffit plus », a-t-elle déclaré en substance.

Selon elle, une femme peut siéger dans une instance décisionnelle sans pour autant disposer des moyens nécessaires pour transformer concrètement son environnement. Elle met en cause une forme d’égalité incomplète, où la participation politique ne s’accompagne pas toujours d’un accès réel aux ressources économiques.

Pour la présidente du REFELA Sénégal, le véritable enjeu est ailleurs : l’accès des femmes au foncier, au crédit, aux marchés publics et aux investissements. Elle dénonce une contradiction persistante sur le continent : les femmes représentent une part majeure de la population active, notamment dans l’agriculture et l’économie informelle, mais restent les moins financées et les moins propriétaires. « Comment parler d’inclusion lorsque les principales actrices de l’économie locale ont encore un accès limité aux ressources essentielles ? », a-t-elle interrogé.

Thérèse Diouf Faye plaide pour une rupture dans la manière de concevoir les politiques publiques. Elle appelle à ne plus considérer les femmes uniquement comme des bénéficiaires, mais comme des productrices de richesse, des investisseuses et des actrices centrales du développement territorial. Selon elle, cette transformation est indispensable pour bâtir des économies locales plus dynamiques et plus inclusives.

Pour elle, les collectivités territoriales constituent l’échelle la plus efficace pour impulser ce changement. C’est à ce niveau que se jouent des enjeux essentiels : accès à la terre, infrastructures économiques, structuration des filières productives et création d’emplois. Dans cette logique, les femmes élues locales doivent être considérées comme des actrices majeures de la gouvernance économique territoriale.

Au nom du réseau REFELA, plusieurs propositions ont été mises en avant : la mise en place de budgets sensibles au genre dans les collectivités, la création de mécanismes de financement dédiés à l’entrepreneuriat féminin, l’amélioration de l’accès des femmes aux marchés locaux, le renforcement des protections pour les femmes entrepreneures et une meilleure inclusion des femmes dans les financements climatiques. Sur ce dernier point, elle insiste particulièrement sur la justice climatique, rappelant que les femmes sont en première ligne face aux effets du changement climatique.

Pour Thérèse Diouf Faye, par ailleurs maire de Diarrère, l’autonomisation économique des femmes ne doit pas être perçue comme une politique sociale, mais comme un choix économique stratégique. Elle estime que les grands défis africains, souveraineté économique, sécurité alimentaire, transformation structurelle et résilience climatique, ne peuvent être relevés sans une pleine participation des femmes. « Investir dans les femmes est un investissement à haut rendement », a-t-elle martelé.

Les travaux du colloque de Dakar devraient déboucher sur l’élaboration d’un cahier africain de plaidoyer. Ce document ambitionne de devenir une référence continentale pour orienter les politiques publiques et les mécanismes de financement. Il portera une vision commune : faire de l’autonomisation économique des femmes un pilier central du développement africain.

En clôturant son intervention, Thérèse Diouf Faye a appelé à une nouvelle lecture de l’égalité. Selon elle, l’avenir du continent ne se mesurera plus uniquement au nombre de femmes dans les institutions, mais à leur capacité réelle à accéder aux financements, à la propriété, à l’innovation et à la création de richesse. Pour elle, la conclusion est sans équivoque : l’autonomisation économique constitue aujourd’hui la véritable frontière de l’égalité.
Jeudi 11 Juin 2026
Idy Sow



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