Patrimoine foncier des Kounta : la Famille accuse, alerte l’État et annonce une bataille judiciaire

La famille de Cheikh Bou Mouhamed Kounta dénonce une tentative de spoliation de terres qu’elle revendique comme faisant partie de son patrimoine. Dans un entretien accordé à Les Échos, Pape Birame Diallo, petit-fils du guide religieux, affirme que la famille a saisi le président de la République et s’apprête désormais à ester en justice.


 
Une famille qui dit lutter contre des “prédateurs fonciers”
 
Dans l’entretien publié par Les Échos, Pape Birame Diallo accuse des tiers et des autorités locales de tenter de mettre la main sur des terres appartenant, selon lui, à la famille de Cheikh Bou Mouhamed Kounta.
 
Il explique que la famille mène actuellement une lutte pour récupérer ce qu’elle considère comme son patrimoine foncier. Le site concerné se trouve notamment au niveau de Thiaoune Bambara Kounta, présenté comme un héritage familial.
 
Selon Pape Birame Diallo, la famille est en conflit avec la commune de Chérif Lô autour de la propriété et de l’exploitation de ces terres.
 
Des terres revendiquées depuis 1902
 
Pour justifier les droits de la famille, Pape Birame Diallo remonte à l’époque coloniale. Il affirme que ces terres appartiennent légalement à la famille de Ndiassane et que des actes administratifs attesteraient leur appartenance au patrimoine de Cheikh Bou Mouhamed Kounta.
 
D’après ses explications rapportées par Les Échos, le gouverneur aurait accordé ce site à son grand-père en 1902 pour des activités agricoles. Il indique aussi que des disciples venus du Mali y auraient été affectés pour exploiter ces terres.
 
En 1986, le Khalife général Cheikh Sidy Yahya Kounta aurait procédé aux premiers lotissements du terrain. Une autorisation du cadastre aurait ensuite permis la délimitation du site, qui ferait plus de 189 hectares, avec l’appui des services du cadastre et d’un géomètre.
 
Un protocole évoqué autour d’un lotissement
 
Pape Birame Diallo affirme qu’une première difficulté serait apparue vers 1998, sous le khalifat de El Hadji Mouhamed Kounta. Il évoque un protocole d’accord qui aurait lié le marabout au maire de Chérif Lô.
 
Selon lui, le Khalife aurait donné son autorisation pour le lotissement d’une partie du terrain qu’il souhaitait léguer à ses disciples et aux disciples de son père, afin d’éviter de futures contestations.
 
Mais Pape Birame Diallo précise que la famille n’a pas encore vu le protocole d’accord qui aurait été établi et signé entre le maire, le Khalife ou son fils.
 
La pose d’une première pierre stoppée dans la tension
 
Le conflit aurait pris une nouvelle tournure en 2021. Selon Pape Birame Diallo, le Khalife qui a succédé à Cheikh Al Khalifa Bécaye Bécaye voulait procéder à la pose de la première pierre d’une cité religieuse.
 
Le site de Thiaoune Kounta étant présenté comme une extension de Ndiassane, le Khalife aurait réservé cet espace pour y installer une cité à vocation religieuse et une grande université à rayonnement international.
 
Mais, selon le récit publié par Les Échos, la famille aurait trouvé sur place des jeunes armés aux côtés du maire de la commune de Chérif Lô. Ces derniers se seraient opposés au projet, affirmant que le site appartenait à la commune.
 
Après plusieurs tentatives de conciliation, l’autorité administrative aurait décidé d’arrêter les constructions déjà entamées.
 
La DSCOS et le morcellement au cœur des accusations
 
Pape Birame Diallo indique que les services de la Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol, la DSCOS, seraient intervenus pour enlever le bornage et arrêter les travaux entamés.
 
Mais, selon lui, des opérations auraient ensuite commencé avec l’idée de signer avec des promoteurs et de vendre des parcelles.
 
Il affirme que des négociations ont repris sous l’autorité du nouveau Khalife avec le maire, mais sans avancée significative.
 
Une autorisation ministérielle qui relance le conflit
 
Le point de rupture, selon Pape Birame Diallo, serait venu d’une autorisation donnée en 2022 par le ministre Abdoulaye Sow au maire. Cette autorisation aurait permis de morceler une partie du terrain que la famille revendique comme étant sa propriété.
 
Pour Pape Birame Diallo, cet acte a ravivé le conflit. Il affirme que la famille conteste cette décision et envisage une action judiciaire pour demander l’annulation de l’autorisation et des actes posés par la suite.
 
Le président de la République saisi par courrier
 
Selon Les Échos, la famille a adressé deux correspondances au président de la République. Pape Birame Diallo rappelle que l’ancien chef de l’État connaissait déjà le dossier et aurait donné des instructions au gouverneur de Thiès, au préfet et au sous-préfet.
 
Il indique aussi que le gouverneur s’était rendu sur place pour donner des garanties au marabout, notamment sur la sécurisation et la restitution du site.
 
Après le changement de régime, Pape Birame Diallo affirme que des instructions auraient été données pour arrêter tous les travaux de morcellement sur différents sites. Mais la famille dit avoir appris que le maire tentait de reprendre les travaux de bornage.
 
C’est dans ce contexte que les correspondances ont été adressées au chef de l’État.
 
Une action en justice en préparation
 
Face à ce qu’elle considère comme une menace imminente, la famille Kounta dit désormais vouloir saisir la justice. Pape Birame Diallo indique qu’un avocat a déjà été pris et qu’une procédure est en préparation.
 
Il précise que l’État pourrait être appelé dans la cause en raison de la responsabilité de ses services, notamment celle de l’agent judiciaire de l’État, puisque la DSCOS avait commencé un travail qui, selon lui, n’a pas été mené jusqu’au bout.
 
Pour Pape Birame Diallo, la poursuite des travaux de bornage et de morcellement par le maire serait le signe qu’“il y a anguille sous roche”.
Samedi 27 Juin 2026
Dakaractu



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