« Pour nous, tous les peuples de la terre sont les frères du peuple sénégalais et, d’abord les peuples arabe et juif, parce qu’appartenant, avec nous, à la trilogie des peuples souffrants ». Léopold Sédar SENGHOR. Ouvert sur le monde, le Sénégal a toujours inscrit son action internationale dans la constance et la raison. Fidèle aux principes cardinaux de sa diplomatie, il s’est affirmé comme un acteur de premier plan dans le traitement de la question de Palestine, grâce à des contributions toujours remarquées au sein des différentes instances internationales.
Cette posture a trouvé une réaffirmation éclatante lors de l’intervention de Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar FAYE, Président de la République, à la tribune de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies.
Les fondements de l’engagement du Sénégal aux côtés de la Palestine
Dès son accession à la souveraineté internationale en 1960, le Sénégal s’est investi aux côtés du peuple palestinien et a conjugué ses efforts avec ceux déployés par la communauté internationale pour un règlement pacifique du problème palestinien.
Les premiers jalons significatifs d’une telle approche ont été posés en 1964, lors de la visite, à Dakar, d’une délégation palestinienne de haut rang, au cours de laquelle feu Doudou THIAM, alors Ministre des Affaires étrangères du Sénégal, apporta le soutien du Gouvernement sénégalais à la juste cause palestinienne.
Ce soutien sans faille fut réitéré lors de la visite officielle au Sénégal, en septembre 1988, de Monsieur Farouk KADDOUMI, Chef du Département Politique de l’Organisation de Libération de la Palestine.
Cette visite sera suivie, en février 1989, par celle de Son Excellence Monsieur Yasser ARAFAT, Président du Comité exécutif de l’Organisation de Libération de la Palestine et Commandant en Chef des Forces armées révolutionnaires palestiniennes, au cours de laquelle furent solennellement inaugurés, à Dakar, les locaux qui abritent, depuis avril 1980, le premier bureau en Afrique au Sud du Sahara de l’Organisation de Libération de la Palestine, ayant le statut diplomatique.
Cette représentation ouverte en 1974 a développé une puissante action de sensibilisation et d’information des diverses couches du peuple sénégalais, à l’effet de les engager davantage à soutenir la juste cause palestinienne. La solidarité qui en a résulté est d’une force que l’on n’évalue pas souvent à sa juste portée. Elle constitue incontestablement une barrière psychologique infranchissable par la propagande de l’Etat israélien qui a du mal à gagner les consciences sénégalaises à sa cause, même si les deux pays entretiennent des relations d’amitié et de coopération, empreintes de respect mutuel et de confiance réciproque. Manifestement, les fondements de l’engagement du Sénégal auprès de la Palestine tiennent à plusieurs raisons.
En premier lieu, devant le drame d’un peuple privé des droits les plus élémentaires de la personne humaine, dont celui de disposer d’un Etat indépendant, souverain et viable, la question se pose naturellement comme une affaire de solidarité humaine qui reflète les valeurs de justice, de paix et de fraternité.
Il convient d’y ajouter, du point de vue religieux, la présence en Palestine de l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’Islam, qui confère à cette question une dimension particulière pour la communauté musulmane.
C’est ce qu’illustre la création, le 25 septembre 1969, à Rabat, au Maroc, de l’Organisation de la Conférence islamique (aujourd’hui Organisation de Coopération islamique), suite à l'incendie criminel de la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem occupée, le 21 août 1969, par un extrémiste juif.
Au-delà de l’urgente nécessité de préserver l’intégrité physique des lieux Saints musulmans, la mise en place de cette Organisation panislamique se voulait également réponse à la nécessité d’organiser et de conjuguer les efforts des pays musulmans pour assurer une meilleure défense de la cause palestinienne face à l’occupation israélienne.
La question palestinienne constitue ainsi la raison d’être même de l’Organisation de Coopération islamique qui ne manque jamais l’occasion de faire le point de la situation en Palestine et de s’investir pleinement dans le maintien de la pression sur la puissance occupante.
A cette réalité religieuse s’ajoutent les données géopolitiques. En effet, l’emplacement de la Palestine et les réalités de la région du Moyen-Orient font que la persistance du conflit palestinien constitue une menace à la paix mondiale.
L’Organisation des Nations Unies en a une claire conscience, eu égard aux nombreuses résolutions qu’elle adopte annuellement sur la question de Palestine qu’elle perçoit comme étant au cœur du conflit israélo-arabe et comme un facteur non négligeable dont dépend la paix mondiale.
A côté de toutes ces considérations, il est vrai, majeures, d’autres raisons impérieuses viennent confirmer la mobilisation du Sénégal en faveur du peuple palestinien et de ses dirigeants. Il s’agit, évidemment, de la perception de la question de Palestine comme un fait colonial. Recouvrer ses droits inaliénables et imprescriptibles, dont celui primordial de créer un Etat indépendant, souverain et viable dans son propre territoire, voilà la quintessence du combat plusieurs fois décennal que mène le peuple palestinien, comme le Sénégal a eu à le faire pour se libérer du joug colonial qu’il a longtemps subi et permettre à son peuple de recouvrer ses droits les plus fondamentaux.
Cependant, il existe une particularité lorsqu’il s’agit de la question de Palestine.
En l’espèce, nous sommes en présence d’un peuple qui a été déraciné, expulsé de son territoire et dont la courageuse odyssée individuelle et collective a atteint des proportions qui ne cessent d’interpeller la conscience collective de l’opinion mondiale.
Il y a aussi que la situation qui est faite à ce peuple est en totale contradiction avec les valeurs, idéaux et principes sur lesquels repose la Charte de l’Organisation universelle ; sa persistance est susceptible, par voie de conséquence, d’ébranler les fondements de la paix et de la sécurité internationales.
Pour toutes ces raisons, toutes aussi décisives les unes que les autres, le Sénégal considère son soutien à la lutte légitime du peuple palestinien comme un devoir que dictent la morale universelle et le droit international, et traduit ce soutien dans toutes les positions qu’elle prend sur la question, au sein des instances internationales.
Mécanismes et initiatives de l’engagement du Sénégal à la question de Palestine
À l’avant-garde de plusieurs initiatives onusiennes, le Sénégal, pays de paix, de tolérance, de dialogue et de démocratie, ne cesse d’apporter son concours pour la résolution de la crise qui secoue le Moyen-Orient et dont les répercussions se font sentir dans plusieurs régions du monde.
Sous ce rapport, il convient de souligner que le Sénégal s’honore de présider, sans discontinuité, depuis sa création en 1975, le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, démontrant son engagement à promouvoir et à protéger les droits des Palestiniens sur la scène internationale.
Les raisons qui sous-tendent l’institution de ce Comité palestinien sont principalement liées à la lenteur constatée dans l’application des résolutions 181 (II) sur le partage de la Palestine et 194 (III) portant sur notamment le retour des réfugiés palestiniens.
Dès 1976, le Comité a recommandé à l’Assemblée générale des Nations Unies un programme d’action devant permettre au peuple palestinien d’exercer ses droits inaliénables définis comme le droit à l’autodétermination, à l’indépendance et à la souveraineté nationales ainsi qu’au retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers. Toutefois, l’exécution de ce programme s’est heurtée, jusqu’ici à l’intransigeance d’Israël, encouragé en cela, par le fait que le Conseil de Sécurité n’a toujours pas approuvé les recommandations du Comité, à la suite du vote négatif des Etats-Unis d’Amérique, lors de la 2220ème séance du Conseil tenue le 30 avril 1980.
Face à cette patente incapacité du Conseil de Sécurité de répondre, de manière immédiate, à sa responsabilité première de garantir la paix et la sécurité internationales, le Sénégal, en sa qualité de Président du Comité palestinien, a demandé la convocation, le 22 juillet 1980, de la septième (7ème) Session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la question de Palestine.
À cette occasion, l’Assemblée générale a réaffirmé qu’il ne pouvait y avoir de paix globale, juste et durable au Moyen-Orient tant qu’Israël ne se sera pas retiré de tout le territoire palestinien et tant qu’on n’aura pas trouvé à la question de Palestine une solution fondée sur la réalisation des droits inaliénables du peuple palestinien en Palestine.
En dépit des obstacles de toutes sortes rencontrées, le Comité a tenu à s’appuyer sur une information objective et sans parti pris pour sensibiliser l’opinion publique mondiale sur la question de Palestine et faire connaître la situation qui prévaut dans la région du Moyen-Orient.
Dans ce cadre, il a pris l’initiative d’organiser, chaque année, des séminaires dans différentes régions du monde, ainsi que des colloques à l’intention des Organisations Non Gouvernementales ou encore des rencontres avec des journalistes et des parlementaires, à l’effet de les sensibiliser sur la question de Palestine. Ces manifestations contribuent incontestablement à faire prendre conscience au monde entier de la réalité des faits concernant la question de Palestine et, partant, à accroitre les chances des Palestiniens de pouvoir, un jour, exercer leurs droits civils et politiques sur leur sol.
À côté des rencontres internationales, le Comité se réunit, en séance extraordinaire, le 29 novembre de chaque année, pour célébrer la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien. Cette cérémonie offre l’occasion privilégiée d’appeler l’attention sur le fait que la question de Palestine n’est toujours pas réglée et que le peuple palestinien reste privé des droits inaliénables que lui a reconnus l’Assemblée générale.
Parce qu’il reste, à ce jour, le seul organe intergouvernemental dans l’ensemble du système des Nations Unies s’occupant exclusivement des aspects politiques de la question de Palestine, le Comité préconise, depuis sa création, la recherche d’une solution pacifique à la question de Palestine, conformément aux principes du droit international.
Conscient du rôle déterminant et de la responsabilité des Nations Unies quant à l’instauration de la paix et de la sécurité internationales, le Sénégal se porte régulièrement co-auteur des résolutions sur la question de Palestine dans la préparation et la présentation desquelles il a toujours joué un rôle actif.
Au surplus, il n’a cessé de proclamer que seule leur application stricte permettra à la communauté internationale d’obtenir le retrait d’Israël de tous les territoires arabes occupés depuis 1967 et l’établissement, en Cisjordanie et à Gaza, d’un Etat palestinien indépendant et souverain, sous l’égide de l’Organisation de Libération de la Palestine, unique et légitime représentant du peuple palestinien.
Une telle attitude remonte à l’adoption de la Résolution 2535 (XXIV) B de 1969 reconnaissant que « le problème des réfugiés arabes de Palestine provenait du fait que leurs droits inaliénables tels qu’ils étaient énoncés dans la Charte des Nations Unies et la Déclaration universelle des droits de l’homme leur était déniés ».
Elle a été reconduite lors de l’adoption de la Résolution 2672 (XXV) C de 1970 reconnaissant pour la première fois la nécessité, pour le peuple palestinien, de recouvrer ses droits inaliénables et imprescriptibles, ainsi qu’à l’occasion de l’adoption, en 1974, de la Résolution 3210 (XXIX) par laquelle l’Assemblée générale des Nations Unies reconnaît l’Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP) comme l’unique représentant légitime du Peuple Palestinien, et l’invitant à prendre part à ses délibérations.
De même, on la retrouve dans l’appui total que le Sénégal a apporté à la création, par la résolution 2443 (XXIII) du 19 décembre 1968, de l’Assemblée générale des Nations Unies, du Comité spécial chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes affectant les droits de l’homme du peuple palestinien et des autres arabes des territoires occupés. Composé de trois membres à savoir le Sri Lanka, la Malaisie et le Sénégal, le Comité spécial a, depuis 1970, présenté à l’Assemblée générale des rapports annuels complétés, à partir de 1989, par deux rapports périodiques supplémentaires.
Sur un autre point, le Sénégal ne cesse d’appuyer toutes les initiatives devant aboutir à l’édification d’un Etat de Palestine viable et indépendant, avec Jérusalem-Est comme capitale, un Etat de Palestine vivant en harmonie avec ses voisins, tous ses voisins, dans la paix et la sécurité pour les peuples de la région du Moyen-Orient.
Si ce soutien constant se matérialise, de façon plus visible, à travers le rôle international que joue le Sénégal au sein du Comité des Nations Unies pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien et du Comité spécial chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes affectant les droits de l’homme du peuple palestinien et des autres arabes des territoires occupés, il s’exprime aussi dans toutes les autres instances où la question de Palestine est discutée, en particulier dans le cadre du Comité des neuf (9) sur la Palestine du Mouvement des Non-alignés et du Comité Al Qods de l’Organisation de Coopération islamique.
La position que le Sénégal défend sur la question de Palestine sur le plan international se reflète aussi sur les initiatives qu’il prend sur la question au niveau de l’Afrique. Cela est facilité par le fait que l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine, s’est toujours distinguée par son attitude de soutien ferme à la juste cause palestinienne. D’ailleurs, dès sa première réunion au Sommet, l’organisation panafricaine a fait de la résolution de la question palestinienne une de ses préoccupations centrales. En témoignent les nombreuses résolutions qui ont été adoptées, par la suite, en faveur du rétablissement du peuple palestinien dans ses droits inaliénables, mais aussi l’octroi, à l’Autorité palestinienne, d’un statut privilégié de membre observateur.
En définitive, au sein des instances appropriées de l’Organisation des Nations Unies, au Mouvement des Non Alignés, à l’Union Africaine, à l’Organisation de Coopération islamique, l’action du Sénégal est plus que jamais visible, dans l’esprit qui a toujours caractérisé la politique du Sénégal consistant à chercher à contribuer au triomphe des grands desseins de liberté, d’indépendance et de droit à l’autodétermination des peuples.
Mansor CISS
Consul général du Sénégal à Abidjan.
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