En marge du Sommet Africa Forward de Nairobi, Emmanuel Macron a accordé une interview dans laquelle il est revenu, avec une franchise inhabituelle, sur dix ans d’engagement militaire français au Sahel, les erreurs commises et la refondation en cours de la relation sécuritaire entre Paris et le continent africain.
Le président français a commencé par rendre hommage au peuple malien, qu’il dit ne pas confondre avec ses dirigeants. « Je pense d’abord au peuple malien et à ce qu’il subit depuis tant d’années », a-t-il déclaré, avant de souligner la responsabilité des « putschistes » de 2020-2021, qui ont selon lui délibérément substitué à la lutte contre le terrorisme une alliance avec des milices russes ayant « préféré leur propre sécurité » à la protection des populations. L’intervention française de 2013, rappelle-t-il, avait été décidée par François Hollande à la demande expresse du président Keïta pour éviter la partition du Mali face à la progression des groupes armés par le nord. Plusieurs dizaines de soldats français sont morts au Sahel. « Je pense à eux et à leurs familles », a-t-il dit sobrement.
Sur les erreurs françaises, Macron s’est montré plus autocritique qu’à l’accoutumée. Il reconnaît que le G5 Sahel, lancé en 2017 autour du triptyque sécurité-développement-
La rupture avec le Mali reste néanmoins un point douloureux. Macron juge que les autorités de transition n’ont pas pris la bonne décision en demandant le départ des forces françaises, et il ne mâche pas ses mots sur l’attitude qui a accompagné ce départ. « On a été payés en retour par de l’ingratitude et de nombreuses fausses informations », dit-il, précisant que cette ingratitude vaut aussi, à ses yeux, envers les soldats tchadiens et guinéens tombés aux côtés des Français au Mali. Mais c’est sur la transformation engagée depuis quatre ans que le chef de l’État insiste le plus longuement. La France a, selon lui, entièrement refondé sa relation sécuritaire avec le continent : fermeture de bases, réduction des effectifs, passage à des formats strictement conjoints avec les forces nationales africaines, rebaptisation des installations avec des noms locaux. L’héritage des décennies passées a été remis à plat, à la manière de ce qui a été entrepris sur la question monétaire. « Ce n’est pas parce qu’une base militaire française existe depuis toujours qu’elle doit continuer d’exister », tranche Macron. Le principe désormais affiché est celui d’un partenariat défini par les besoins exprimés par les États africains eux-mêmes, non par des intérêts français préexistants.
Le président français réfute par ailleurs toute idée de retrait général du continent. Abandonner des pays qui font face au terrorisme ou à la piraterie au nom d’une posture de non-ingérence serait, selon lui, une forme de mépris. Il cite en exemple les partenariats en cours avec le Ghana, le Bénin et les pays du golfe de Guinée contre la piraterie ou encore les coopérations avec l’Égypte en matière de formation et d’équipement. « L’Afrique ne doit pas être traitée différemment des autres continents », affirme-t-il, ajoutant que la France attend en retour le même respect qu’elle accorde à ses autres partenaires dans le monde.
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