La déclaration d’Emmanuel Macron dans Jeune Afrique marque une évolution symboliquement importante : la France affirme désormais qu’elle n’est plus attachée au maintien du franc CFA et qu’elle laisse aux États africains la responsabilité de définir leur propre avenir monétaire. Cette position mérite toutefois une lecture stratégique plus nuancée.
Une inflexion du discours français
Pendant des décennies, le franc CFA a cristallisé les critiques portant sur la dépendance économique, la souveraineté monétaire et la permanence de mécanismes hérités de la période coloniale. En déclarant qu’il appartient à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest et à l’Union économique et monétaire ouest-africaine de construire leur intégration monétaire, Emmanuel Macron cherche à repositionner la France comme partenaire plus flexible et moins prescriptif. Cette évolution s’inscrit dans une stratégie plus large visant à adapter la relation franco-africaine à la montée des aspirations souverainistes.
Le véritable enjeu : la capacité des États africains à agir
L’élément central n’est pas tant l’ouverture affichée par Paris que la capacité des États ouest-africains à traduire cette possibilité en projet concret.
Créer une monnaie régionale crédible suppose: • une convergence macroéconomique suffisante ;
• des mécanismes de gouvernance robustes ; • une discipline budgétaire partagée; • une volonté politique durable.
Autrement dit, la souveraineté monétaire ne se décrète pas. Elle se construit.
L’Éco : une ambition encore inachevée
Le projet de monnaie unique ouest-africaine, l’Eco, demeure un objectif stratégique majeur, mais sa mise en œuvre a été plusieurs fois reportée. Les obstacles sont bien connus : • divergences économiques entre États ; • Istabilités politiques ; • Crises sécuritaires ; • Priorités nationales parfois contradictoires.
La question n’est donc plus seulement de savoir si la France accepte la réforme, mais si les États concernés sont prêts à franchir ensemble ce cap.
Une recomposition plus large de la relation France–Afrique
Les propos de Macron sur les restitutions patrimoniales et sur le franc CFA participent d’une tentative de redéfinition du partenariat avec l’Afrique sur des bases plus équilibrées. Cette évolution intervient dans un contexte de concurrence accrue entre puissances extérieures et de montée des discours de souveraineté sur le continent. La France cherche ainsi à préserver son influence en adaptant son approche.
L’ouverture affichée par Emmanuel Macron constitue un signal politique important, mais elle ne règle pas à elle seule la question de la souveraineté monétaire africaine. Le véritable défi réside désormais dans la capacité des États ouest-africains à transformer une aspiration politique en architecture monétaire viable. En matière monétaire comme dans d’autres domaines, la souveraineté ne se résume pas à la fin d’un héritage institutionnel : elle repose sur la capacité à bâtir des instruments crédibles, collectifs et durables.
Boubacar LY
Consultant en intelligence économique & stratégie.
Doctorant en Sciences de gestion (DBA)
Doctorant en Sciences de gestion (DBA)
Autres articles
-
Protection sociale : L’IPRES et de la CSS étendent leur couverture aux travailleurs de l’informel
-
Fatick : Remous dans la coalition « Diomaye Président »… Mamadou Biguine Gueye claque la porte et expose les profondes fissures internes..
-
Mali: plus d'une dizaine de compagnies de transport routier suspendent leurs liaisons vers Bamako
-
Mali : Le complexe énergétique de Manantali dans le viseur du JNIM
-
Préparation Hivernage 2026 : "les ouvrages de drainage de Dakar bientôt prêts", rassure Cheikh Tidiane Dièye




