Code électoral : Abdou Mbow dynamite l’Assemblée et évoque une «pièce de théâtre» au sommet de l’État


Dans un entretien accordé au quotidien L’Observateur, le député du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, Abdou Mbow, est revenu avec virulence sur la crise née autour de la modification du Code électoral. Entre accusations de «forcing», dénonciation d’une «crise institutionnelle» et allusions à un bras de fer entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, le parlementaire de l’opposition dresse un tableau sombre du fonctionnement actuel des institutions sénégalaises.
 
Pour Abdou Mbow, l’affaire des «deux versions» du texte de loi transmises entre l’Assemblée nationale et la Présidence dépasse largement une simple erreur administrative. Selon lui, cette situation traduit un malaise profond au sommet de l’État et révèle une confrontation politique ouverte entre les plus hautes autorités du pays.
 
«Nous assistons aujourd’hui à un bras de fer politique entre le Président et son Premier ministre», affirme-t-il dans les colonnes de L’Observateur. Le député parle même d’une «crise institutionnelle grave» où «les institutions de la République ne parlent plus le même langage».
 
Dans sa charge, Abdou Mbow accuse les dirigeants actuels d’avoir abandonné les préoccupations des Sénégalais — chômage des jeunes, difficultés économiques, problèmes de transport ou retards dans les bourses étudiantes — pour se concentrer sur des querelles politiques internes.
 
Le responsable de l’Alliance pour la République ne s’arrête pas là. Il met également en cause le fonctionnement de l’Assemblée nationale et pointe directement la responsabilité du président de l’institution parlementaire. À ses yeux, les dysfonctionnements constatés traduisent «une légèreté» et «un manque de sérieux» dans la gestion administrative du Parlement.
 
Sur le fond de la réforme électorale, Abdou Mbow estime que le texte n’aurait jamais dû être soumis aux députés. Il accuse le pouvoir d’avoir conçu une loi «taillée sur mesure» pour Ousmane Sonko, qu’il qualifie de «guide des illusions». Selon lui, cette initiative viole un principe fondamental du droit selon lequel une loi doit rester générale et non personnelle.
 
Le député de Takku Wallu considère toutefois que la demande de seconde délibération formulée par le chef de l’État était juridiquement défendable, même s’il pense qu’elle cache avant tout des tensions politiques internes au sommet du pouvoir.
 
L’opposant dénonce également ce qu’il considère comme une dérive inquiétante des institutions sénégalaises. Il accuse le régime de «clochardiser» les institutions et affirme que l’Assemblée nationale est devenue «la risée du monde». Il critique notamment l’adoption rapide du texte de loi en «24 heures», qu’il juge contraire aux procédures légales.
 
Revenant sur la séance du 9 mai 2026 consacrée à la seconde lecture du texte, Abdou Mbow se montre particulièrement sévère. «Ce à quoi nous avons assisté n’était pas une plénière, mais une pièce de théâtre», lance-t-il. Il dénonce une séance marquée, selon lui, par des irrégularités et des violations du règlement intérieur de l’Assemblée nationale.
 
Le parlementaire affirme notamment qu’un membre du bureau de l’Assemblée se serait substitué au rapporteur lors du vote, ce qu’il considère comme «totalement illégal». Pour lui, cette situation prouve que l’institution parlementaire ne fonctionne plus au service des citoyens, mais au profit d’intérêts politiques partisans.
 
Interrogé sur l’éventualité d’une enquête parlementaire ou administrative, Abdou Mbow estime que «les responsabilités sont déjà situées». Il insiste sur l’existence d’une guerre de positionnement politique entre les autorités actuellement au pouvoir.
 
Dans cet entretien accordé à L’Observateur, le député de l’opposition est également revenu sur les critiques internes formulées par Thérèse Faye contre l’APR. Refusant de polémiquer publiquement sur les affaires internes de son parti, il défend néanmoins une APR «combatif» et «de masse», qu’il présente comme la principale force de l’opposition au Sénégal.
 
Abdou Mbow a aussi dénoncé ce qu’il qualifie «d’arrestations arbitraires» visant plusieurs responsables de l’opposition, citant notamment Pape Malick Ndour, Moustapha Diop ou encore Farba Ngom, dont il s’est réjoui de la libération.
 
Enfin, concernant les rumeurs d’une intervention de Macky Sall dans la décision de ne pas saisir le Conseil constitutionnel, Abdou Mbow dément toute consigne directe de l’ancien chef de l’État. Il reconnaît cependant que Macky Sall demeure «le patron politique» de leur coalition et que des échanges réguliers existent avec lui sur les grandes orientations politiques.
Mardi 12 Mai 2026
Dakaractu



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