Invité de la Matinale de France Info, en marge du deuxième jour de la COP27, le président en exercice de l’Union Africaine, s'est prononcé sur les retards accusés par rapport aux engagements des uns et des autres relatifs au changement climatique.
En quoi cette COP qui se déroule en Afrique est particulière pour vous ?
Nous avons constaté que les rendez-vous n'ont pas été respectés malgré quelques efforts. Depuis 2020, la communauté s'était engagée à mettre 100 milliards de dollars par an, jusqu'en 2030. On n'a pas encore les premiers 100 milliards. Alors que l'Afrique, à elle seule, a un besoin estimé par le GIEC, de 85 milliards par an d'ici à 2030, pour pouvoir respecter les objectifs de réduction de la température de la planète à moins de 1,5 degré. C'est dire que le moment est venu de mettre sur la table la responsabilité de chacun et qu'elle en ait une conscience collective mondiale. Soit, nous sauvons la planète, soit elle disparaît avec nous.
La canicule gagne du terrain en Europe et partout en Afrique. Est-ce que cela va, selon vous, permettre une prise de conscience ?
Je l'espère, car nul n'est à l'abri des changements climatiques. […] Il est temps que tout le monde soit conscient. Il faut une solidarité internationale. Nous sommes obligés de nous endetter pour nous adapter, pour être dans des économies sobres en carbone. Cela n'est pas acceptable alors que nous aurions pu aller vers des solutions comme le charbon, ce qui est aujourd'hui en cours dans la plupart des pays industrialisés depuis la guerre en Ukraine. Si l'argent n'est pas là, nous allons recourir aux mêmes sources énergétiques pour les aspirations du développement de l'Afrique. Nous avons plus de 600 millions d'Africains qui n'ont pas encore accès à l'électricité. Allez dire à ces populations : ‘attendez que la transition énergétique soit faite.
Est-ce que vous espérez convaincre les pays riches cette fois-ci ?
On va les convaincre. Je crois que si rien n'est fait, nous sortirons de Charm El-Cheikh avec un goût d'inachevé. Chacun retournera avec ses solutions nationales qui consisteront à développer par tous les moyens et quoi que cela puisse en coûter à la planète. C'est le risque. C'est non seulement au niveau des États, mais également au niveau des entreprises qui sont principalement les plus grands pollueurs. À ce niveau, je réclame une prise de conscience collective. Les Africains font des efforts.
Quelle est votre position sur la problématique de la migration ?
C'est forcément un argument. Parce que si vous n'avez que des îlots de prospérité dans le monde, devant une écrasante majorité de pauvreté, rien ne pourra arrêter la volonté de migration. C'est un phénomène naturel. Donc, autant diversifier la prospérité dans le monde […], c'est ce qui peut fixer les gens. [...] Nous ne demandons pas l'aumône, nous pensons que c'est une responsabilité partagée. Les pays qui sont, depuis plus d'un siècle, les responsables de ce réchauffement, doivent prendre conscience qu'ils doivent aussi apporter leur contribution pour que toute la planète ne suive pas le même chemin. Ce qui nous précipiterait vers une destruction certaine de la planète.
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