[ Contribution] Les dirigeants arabes, ou l'hypocrisie érigée en système


Le 28 février dernier, les États-Unis et Israël frappaient l'Iran, éliminant plusieurs hauts responsables du régime. Cet acte de guerre, car il faut l'appeler par son nom, ouvre un cycle de confrontation dont les ondes de choc traverseront durablement la scène internationale. Qu'une puissance installée à plus de 9 000 kilomètres et un État à plus de 1 500 kilomètres désignent Téhéran comme menace existentielle dit quelque chose de la stature réelle de la civilisation perse. Ce conflit trouble les consciences éprises de justice, embarrasse les alliés de Washington et force l'Espagne de Pedro Sánchez à une posture de dissidence courageuse au sein même du camp occidental.

Mais c'est sur les monarques arabes du Golfe et d'Afrique du Nord qu'il jette la lumière la plus crue. Ces souverains qui, sourds aux aspirations de leurs peuples comme aux injonctions divines, gouvernent dans le seul culte de leur pérennité. Les massacres de Gaza et de Cisjordanie avaient déjà révélé l'étendue de leur vassalisation. L'agression contre l'Iran en achève la démonstration. Ce sont des pays européens non musulmans, Espagne, Norvège, Suède, Irlande, France... qui portent la cause palestinienne dans les enceintes internationales. C'est une militante suédoise, Greta Thunberg, qui organise des flottilles depuis un autre continent pour briser le blocus de Gaza. Pendant ce temps, Mohammed Ben Salmane signe des chèques à Donald Trump.

Que le Gardien des Deux Saintes Mosquées, titre dont la charge spirituelle est immense, se rende complice de l'écrasement d'un peuple musulman constitue une contradiction théologique flagrante. Dans les mosquées qu'il prétend garder, on enseigne la solidarité entre croyants, la lutte contre l'injustice, le refus de l'hypocrisie et la crainte d'Allah seul. Garder les lieux saints tout en trahissant leurs enseignements fondamentaux n'est pas gouvernance : c'est profanation. Des sources dignes de foi rapportent que certains émirats auraient activement encouragé une frappe sur l'Iran, et l'utilisation de leurs espaces aériens pour mener les attaques en fait, quoi qu'ils en disent, des belligérants à part entière. En pariant que Téhéran absorberait les coups sans répercussion sur leurs propres territoires, ces dirigeants ont ignoré l'avertissement coranique de la sourate Al-Anfal (8:25) : « Craignez une calamité qui n'affligera pas exclusivement les injustes d'entre vous. » Les missiles des Gardiens de la Révolution ont atteint leurs cibles.

Ni les bases américaines, ni les contrats d'armement, ni les accords de normalisation n'ont constitué un bouclier suffisant. Ils ont cherché protection auprès d'une créature, Trump, en abandonnant le Créateur. La tradition prophétique est pourtant limpide : « Il n'y a de refuge ni d'échappatoire contre Toi qu'auprès de Toi. » En substituant l'AIPAC à la Hawqala, ces dirigeants révèlent la nature de leur foi réelle. Ce qui stupéfie, c'est le gouffre entre le poids potentiel du monde arabe et son impuissance consentie. Près de 473 millions d'habitants, 3 000 milliards de dollars de PIB, 13 millions de kilomètres carrés : une masse démographique, géographique et économique considérable qui s'agenouille devant un lobby de quelques milliers de membres à Washington.

Où est l'Égypte, héritière de la plus longue mémoire civilisationnelle de l'humanité ? Où est le Maroc, dont un roi sut tenir tête à la France coloniale jusqu'à l'exil ? Pourquoi la Jordanie, terre des prophètes, choisit-elle le camp des agresseurs ? Pourquoi le Qatar et les Émirats, dont la richesse dépasse l'entendement, se taisent-ils ? La réponse tient peut-être dans l'histoire. La légitimité dynastique saoudienne elle-même repose sur un pacte colonial : c'est le Traité de Djeddah de 1927 qui permit à Londres de consacrer Ibn Saoud contre les Hachémites. Dès l'origine, le trône a été construit sur une dette envers l'Occident et cette dette ne se rembourse pas. Le verset 51 de la sourate Al-Maïda est sans ambiguïté : « Celui d'entre vous qui prend les injustes pour alliés devient l'un des leurs. » Quant à la sourate An-Nisa, elle décrit les hypocrites en ces termes : « Ils n'appartiennent ni aux uns ni aux autres. » Portrait saisissant de dirigeants qui récitent la chahada mais gouvernent comme des protectorats.

Face à ce tableau, l'Iran offre un contraste saisissant. De 1980 à 1988, seul contre l'Irak de Saddam Hussein soutenu par une coalition internationale, il a résisté huit ans sans capituler. Ce peuple que la propagande occidentale et arabe aime réduire à des fanatiques enturbannés s'inscrit dans une tradition millénaire de résistance savante et disciplinée. La sourate Al-Anfal (8:65) lui fournit sa boussole : « S'il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents. » Pendant que les mufti du monde arabe gardent un silence assourdissant, que l'Université Al-Azhar et l'OCI renoncent à toute condamnation, l'Iran encaisse, riposte et construit sa légende. Il en sortira plus fort, plus aimé et plus respecté, pendant que Donald Trump raille publiquement, devant les caméras du monde entier, ces monarques qui ont sacrifié leur dignité pour sa bienveillance. « La puissance tout entière appartient à Allah » et l'histoire, implacable, finit toujours par donner raison aux peuples qui ont choisi de s'en souvenir.

Bachir BA journaliste
Lundi 6 Avril 2026
Dakaractu



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