Affaire Imam Ndao : Des acquittés vident leur sac


La chambre criminelle spéciale devant statuer sur les affaires de terrorisme a acquitté quinze personnes qui étaient poursuivies pour actes de terrorisme par association de malfaiteurs, actes de terrorisme par menace ou complot, financement du terrorisme, blanchiment de capitaux et apologie du terrorisme. Boubacar Decoll Ndiaye, Oumar Keïta et Coumba Niang font partie de cette catégorie. 
En marge de la visite que l'Imam Alioune Ndao a accordée ce dimanche au mouvement “Nittou Deug”, ils se sont prononcé pour la première fois sur leur conditions carcérales, mais aussi sur les éventuels dédommagements attendus de l'État du Sénégal. Boubacar Decoll Ndiaye s'avance, l'air timide comme si cette proximité avec l'extérieur lui faisait peur. Pendant deux ans, il n'a connu que la promiscuité, les brimades et la diabolisation. 
Décrit comme un jihadiste, Decoll Ndiaye a été arrêté en Mauritanie en même temps que la “cellule” de Mouhamed Ndiaye et extradé au Sénégal. C'etait parti pour deux années de privation de liberté pour ce professeur de mathématiques. Qui ne semble pourtant pas nourrir de rancune à l'encontre de ceux qui l'ont trainé dans la boue. “Le plus dramatique dans cette affaire, c'est qu'on devait être en colère, mais on est presque heureux de notre sort”, regrette Ndiaye. Tout ce qu'il veut, c'est oublier cette page sombre de sa vie et repartir sur de nouvelles bases. L'homme s'est battu avec lui-même en prison pour ne pas tomber dans le “piège” tendu par ceux qu'il qualifie d'ennemis de l'Islam. “Il ne m'a jamais traversé l'esprit de me radicaliser en prison”, bat en brèche Boubacar Decoll.
 Pour sa part, Oumar Keïta se désole des conditions inhumaines qui prévalent dans les lieux de détention. “Imaginez qu'on mette plus de 80 personnes dans une seule chambre. C'est inconcevable! Comme j'étais l'Imam, j'étais privilégié par mes voisins de chambre qui avaient emménagé un coin pour me mettre à l'aise, mais je refusais ce traitement de faveur. Je me suis soumis aux mêmes conditions qu'eux, mais je dois avouer que c'est atroce”, déplore Keïta. Qui n'est pas contre un dédommagement après ce que lui et ses camarades d'infortune ont subi. “Mais, le plus important, fait il noter, c'est d'améliorer les conditions de détention des prisonniers. C'est eux qui en ont le plus besoin”. 
Le plaidoyer de Coumba Niang s'oriente vers la libération de son époux reconnu coupable d'actes de terrorisme par association de malfaiteurs et condamné à 20 ans de travaux forcés. “J'ai été certes acquittée, mais je ne suis pas heureuse parce que mon mari est resté en prison”, pleure la deuxième femme de Matar Diokhané. Pour le faire libérer, Coumba Niang qui a été abandonnée par sa famille dit avoir rejoint le mouvement “Nittu Deug” car Karim Xrum Xax et ses pairs ont décidé de continuer le “combat” jusqu'à la libération des quatorze autres accusés de l'affaire Imam Ndao retenus en prison.
Lundi 23 Juillet 2018
Dakaractu




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