Le Centre des expositions de Diamniadio est le lieu ce samedi où se tient cette journée politique qui a enregistré la réunion en congrès extraordinaire pour la première fois depuis l’accession de leur mouvement au pouvoir, de quelque 1200 délégués de Pastef-Les Patriotes, venus de toutes les régions du Sénégal et de la diaspora. Ils ont engagé ce que leurs dirigeants présentent comme une refondation organisationnelle et idéologique du parti. Une journée charnière, au terme de laquelle un président sera élu et dont le discours est attendu par des militants qui ont fait le déplacement depuis les quatre coins du pays.
C’est le premier vice-président du parti, Birame Souleye Diop, qui a accueilli les délégués comme des acteurs d’un moment historique. «Nous sommes en train d’écrire une page importante de l’histoire politique du Sénégal», a-t-il déclaré, dès le début de son discours en invitant chaque militant à se montrer «digne de ce que ce qui doit être construit». En effet, ce congrès n’est pas un simple exercice statutaire selon les organisateurs. Il intervient dans un contexte singulier montrant un parti qui a conquis le pouvoir d’État en février 2024, mais qui veut désormais opérer la difficile transition entre mouvement de contestation et force de gouvernement. C’est précisément cet enjeu qu’a mis en lumière le texte d’orientation politique présenté par le secrétaire général adjoint Moustapha Njeck Sarré. Structuré en neuf parties, ce document de référence veut faire savoir qu’accéder au pouvoir ne suffit pas. L’histoire, rappelle Sarré, a montré que des victoires politiques peuvent être absorbées et neutralisées lorsque la ligne stratégique n’est pas claire. Le risque de dilution, de fragmentation et de dissolution face aux contraintes de l’exercice du pouvoir est posé comme le défi central que Pastef doit affronter lucidement.
Pour y répondre, le texte articule l’action du parti autour de quatre piliers notamment la souveraineté populaire, la justice sociale, le panafricanisme et la transformation démocratique. Il rompt explicitement avec deux écueils symétriques comme la soumission néolibérale et les dérives autoritaires, pour affirmer la nécessité d’un État organisé au service d’une transformation profonde de la société. Le peuple n’y est pas pensé comme bénéficiaire passif, mais comme sujet politique central, conformément à la philosophie fondatrice du mouvement.
La dimension du genre a également occupé une place de premier plan dans les débats. Intervenant lors d’un panel sur la transformation systémique, Maïmouna Dieye a plaidé avec force pour que les femmes cessent d’être perçues comme de «simples actrices» pour devenir les «principaux vecteurs impulsant le développement». Une prise de position qui traduit une volonté affichée d’inscrire le leadership féminin non en marge, mais au cœur du projet politique de Pastef.
À mesure que la journée avançait, la tension montait dans les travées du Centre des expositions. Des délégués venus de Ziguinchor, de Matam, de Tambacounda ou encore de Saint-Louis, auxquels s’ajoutent des représentants de la diaspora établis en Europe, en Amérique et en Afrique, patientaient avec une impatience mêlée de solennité. Tous attendent le discours du président qui sera élu par le congrès. Ce sera un moment que beaucoup vivent déjà dans la salle des expositions au CICAD, comme l’acte fondateur d’une nouvelle séquence pour le parti et, au-delà, pour le Sénégal.
Pastef ne se contente pas ce samedi de renouveler ses instances. Il tente de répondre à une question que lui pose l’histoire : comment transformer une énergie militante, forgée dans l’opposition et le sacrifice, en capacité durable de gouverner et de changer la société ? Le texte d’orientation y répond par une formule qui résume l’esprit du congrès : «Sans organisation, la transformation se disperse. Sans vision, l’action se perd. Sans cohérence, la confiance disparaît.» Le parti de la rupture sait désormais ce qu’il lui reste à construire.
-
Pastef : Les Congressistes approuvent le texte d’orientation politique en 9 axes pour guider la transformation du Sénégal
-
Sonko face à la presse : l’art de se poser en victime quand on tient les rênes ( Par Papis TRAORE)
-
"Aveux signés, datés et envoyés" / 37 milliards décaissés, 1 715 villages toujours dans le noir : Bachir Fofana et le livre qui met l’État sénégalais face à ses responsabilités
-
Congrès de Pastef : Aldiouma Sow dénonce un « déni de démocratie interne » et appelle au report du scrutin
-
Badara Gadiaga sort du bracelet électronique et reprend le combat: « Je suis plus déterminé que jamais »





