Trump et sa guerre préventive en Iran


Eliminer la menace iranienne, c'est, en somme, l'objectif que s'est fixé Donald Trump dans sa guerre contre l'Iran.

Pour le reste, c'est l'inconnu.

A défaut d'avoir émis une stratégie claire à long terme, le président américain fonce tête baissée dans une guerre aux conséquences incertaines qui, au troisième jour de frappes, s'est déjà étendue du Golfe au Liban.

Sans autre mandat que celui qu'il s'est attribué aux côtés du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Et le président américain s'en est remis aux Iraniens pour faire tomber le gouvernement des mollahs.

Le ton évolue au fil des jours, voire des heures.

Donald Trump avait d'abord déclaré que son objectif était d'éliminer la menace nucléaire iranienne, malgré le fait qu'il ait dit avoir détruit ce programme dans des frappes en juin.

Puis, le président américain a exhorté les Iraniens à se soulever, dans le sillage de la mort du guide suprême l'ayatollah Khamenei, tué dans des frappes samedi.

Quelques heures après, M. Trump a suggéré qu'il ne s'agissait finalement pas d'un changement de régime.

Au final, la mission de l'opération militaire lancée par ls Etats-Unis et Israël pourrait être résumée par le nom que lui a donné le Pentagone, "Epic fury" (Fureur épique), sans objectif politique bien défini.

- "Bouclier conventionnel" -

Face aux critiques, le dirigeant républicain s'est attaché lundi à fixer les objectifs de la guerre, au moins sur le plan militaire, disant qu'il avait saisi la "dernière et meilleure occasion" de frapper l'Iran.

Il a cité, tour à tour, quatre objectifs: détruire les capacités de missiles balistiques de l'Iran et sa marine, faire en sorte "que le premier soutien mondial du terrorisme ne puisse jamais avoir d'arme nucléaire" et empêcher Téhéran "d'armer, financer et diriger des armées terroristes hors de ses frontières", en référence aux groupes armés tels que le Hezbollah libanais ou le Hamas palestinien.

Le chef du Pentagone Pete Hegseth avait précisé plus tôt lundi qu'il s'agissait de détruire le "bouclier conventionnel" que l'Iran érige, selon Washington, "pour ses ambitions de chantage nucléaire", tout en ajoutant que l'opération permettra de "mettre enfin un terme à 47 ans d'agressivité iranienne".

Mais il ne s'agit pas d'"un exercice de construction de démocratie".

"Ce n'est pas l'Irak. Ce n'est pas sans fin", a-t-il dit.

Quant au secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, il a parlé de frappes "préemptives", décidées car "la menace imminente était que nous savions que si l'Iran était attaqué (...), il s'en prendrait immédiatement à nous, et nous n'allions pas rester là à encaisser le coup avant de riposter" laissant suggérer que Trump a été entraîné dans la guerre par Israël.

- "Indiscipline" -

"En ce qui concerne les objectifs de guerre et la durée du conflit, le président Trump s'est montré, comme à son habitude, incohérent et indiscipliné", juge Richard Haass, ancien président du Council on Foreign Relations.

"Le seul domaine où la discipline a été rigoureuse est celui de l'armée, mais la discipline tactique compense rarement l'incohérence stratégique", ajoute-t-il.

Le président américain a, par exemple, évoqué des scénarios contradictoires concernant une éventuelle transition de pouvoir en Iran.

Il a cité le "scénario parfait" du Venezuela où les Etats-Unis coopèrent avec les anciennes autorités après la capture du président Nicolas Maduro dans une opération spectaculaire le 3 janvier.

Dimanche, Donald Trump a dit avoir "trois très bons choix" de candidats pour diriger l'Iran.

"Je ne les dévoilerai pas pour l'instant. Finissons d'abord le travail", selon ses propos retranscrits par le New York Times.

Mais juste auparavant, dans une autre interview, il avait dit "accepter de parler" aux dirigeants iraniens, sauf que "la plupart de ces gens sont morts".

M. Trump s'est toujours dit opposé au fait d'imposer un changement de régime de l'extérieur, comme en Irak en 2003.

Dans un discours marquant en mai en Arabie saoudite, le dirigeant républicain s'était inscrit en rupture avec l'interventionnisme passé des Etats-Unis, tout en affichant sa volonté de mettre fin aux conflits.

Pour Max Boot, chercheur au Council on Foreign Relations, il reste à savoir si Donald Trump cherche à obtenir un changement de régime ou un changement dans le comportement de ce dernier.

"Je pense qu'il reste volontairement ambigu afin de pouvoir, quoi qu'il arrive, revendiquer une grande victoire", dit-il.

Au bout du compte, le président américain, qui se pose en "faiseur de paix" mais qui a multiplié les interventions militaires depuis son retour au pouvoir, s'est déjà vanté d'avoir apporté "la paix au Moyen-Orient" grâce au cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

C'était peut-être prématuré.
Mardi 3 Mars 2026
Dakaractu



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