[Spécial 8 mars] : Safiétou Diédhiou plaide pour une meilleure reconnaissance du métier de “femme de chambre” dans l’hôtellerie


À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée ce 8 mars 2026, Dakaractu s’est intéressé à un métier souvent discret, peu valorisé, mais pourtant essentiel dans la chaîne de l’hôtellerie.

Avec une carrière de près d’une vingtaine d’années, Mme Diafouné Safiétou Diédhiou nous raconte avec passion les réalités de son travail au quotidien au sein d’un hôtel. Un secteur auquel elle invite les femmes à s’intéresser, car il offre de réelles perspectives d’évolution, aussi bien au niveau national qu’international. Toutefois, la gouvernante plaide pour l’amélioration des conditions de travail dans ce domaine, qu’elle qualifie de métier à risques, ainsi que pour l’instauration d’une prime de risque pour les travailleurs du secteur.

Entretien


1) Vous exercez un métier essentiel dans le secteur de l’hôtellerie. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le travail de femme de chambre ?

Le travail de femme de chambre consiste à nettoyer, désinfecter et réorganiser les chambres d’hôtel ainsi que les parties communes afin d’assurer le confort et l’hygiène des clients. Sous la direction de la gouvernante d’hôtel, la femme de chambre se charge également de changer les draps et de réapprovisionner les produits (eau, savonnettes, gel de douche et serviettes). Grosso modo, c’est cela notre tâche.


2) Comment vous assurez-vous, au quotidien, de la propreté des chambres et de la qualité du service offert aux clients ?
 

La propreté repose sur une routine. Il faut assurer au quotidien la propreté de la chambre et la nettoyer tous les jours. Une chambre occupée doit être nettoyée au jour le jour : changer les draps, les serviettes et nettoyer les sanitaires. Cela doit être fait quotidiennement.

Lorsque les chambres ne sont pas occupées, elles doivent tout de même être aérées et dépoussiérées tous les jours.


3) Dans votre environnement professionnel, avez-vous déjà été confrontée à des situations où votre dignité a été mise à l’épreuve ? Comment faites-vous face à ce type de comportement ?
 
 

Les facteurs affectant la dignité de la femme de chambre sont surtout liés à l’intimité du client. Par exemple, chez moi, à part mon mari et mes enfants, personne n’a accès à ma chambre. C’est un peu la même chose dans l’hôtellerie.

Ce n’est ni la sécurité, ni le cuisinier, ni le serveur qui ont accès à la chambre du client. C’est seulement la femme de ménage qui s’en occupe, donc c’est elle qui est au courant de tout ce qui s’y trouve. Pour les affaires du client, elle se porte garante. C’est quelque chose de très sensible.

La femme de chambre est aussi confrontée à une pression temporelle, c’est-à-dire la nécessité de nettoyer un grand nombre de chambres dans un temps limité.

Il y a également le manque de reconnaissance. Il est très rare de voir quelqu’un valoriser le métier de « femme de ménage » ou de « femme de chambre ». En hôtellerie, quand on parle de certaines tâches, on mentionne souvent le réceptionniste, le gérant ou le directeur de la restauration, mais rarement la place qu’occupe la femme de chambre dans l’hôtel. Pourtant, sans elle, le produit n’est pas bien vendu. Si la chambre n’est pas bien nettoyée et bien organisée, le client ne la prendra pas.

Cela implique aussi des tâches pénibles comme le port de charges lourdes, notamment le linge mis à la disposition des chambres.

Le nettoyage des sanitaires est également un point très sensible. La femme de chambre doit se protéger en portant des gants et un masque. C’est un travail délicat, car nous nettoyons plusieurs chambres pour différentes personnes, venant de partout. On ne sait pas si les clients sont malades ou non. C’est donc un métier à haut risque.


4) Être gouvernante d’hôtel est-il un travail facile ? Quels sont les principaux défis que vous rencontrez ?
 
 

Être gouvernante n’est pas du tout facile. C’est un poste à haute responsabilité en raison de l’exigence de la clientèle. Cela demande une grande rigueur et un sens du détail.

Le rôle de la gouvernante est de briefer régulièrement les femmes de chambre, de les informer de la situation des chambres, de distribuer la liste des chambres à nettoyer, puis de procéder au contrôle de chacune d’elles.

Les défis concernent souvent la gestion humaine. Il faut gérer toute l’équipe, surtout lorsque l’hôtel affiche complet et que l’effectif n’est pas au complet. La pression devient alors énorme et il faut trouver des solutions pour mener le travail à terme.

À cela s’ajoute la gestion du linge et l’organisation du travail pour que les femmes puissent travailler dans de bonnes conditions.


5) Comment alliez-vous votre travail et votre statut de femme au foyer ? Est-ce facile ?
 
 

Ce n’est pas facile du tout, que ce soit dans le domaine de l’hôtellerie, le domaine médical ou dans l’administration.

Aller travailler ne signifie pas négliger son foyer. Certes, ce n’est pas facile, car cela demande beaucoup de sacrifices et du temps pour pouvoir concilier les deux.

Le conseil que je donne à mes sœurs est : « Gorgoorlu rekk ». La vie est ainsi faite et le monde évolue. Tout comme l’homme, la femme a aussi besoin de travailler. Il suffit juste de bien s’organiser pour pouvoir concilier les deux.


6) Que vous inspire le thème de cette année : « Droit, Justice, Action pour toutes les femmes et les filles » ? Pensez-vous qu’il reflète la réalité des femmes dans votre secteur ?
 

Le thème de cette année m’inspire une grande fierté. On a pensé à valoriser ce métier de femme de chambre.

Pour ce qui est du « Droit » et de la « Justice », la meilleure chose serait d’améliorer les conditions des femmes de ménage, c’est-à-dire leur garantir un salaire digne de ce travail.


7) Si vous aviez le pouvoir de changer une chose dans votre vie ou dans votre métier, quelle serait-elle ?
 

Si j’avais le pouvoir, je réduirais le temps de travail. C’est vraiment nécessaire, car entre la routine du travail, les risques et les charges pénibles, cela devient très difficile.

Il faudrait aussi instaurer une prime de risque. Par exemple, on peut entrer dans une chambre et constater que quelqu’un a vomi ou a uriné dans le lit. Ce sont des situations qui arrivent et ce sont des risques que nous prenons pour nettoyer et remettre la chambre en état.

Inclure une prime de risque aiderait à motiver davantage les femmes de chambre.


8) En tant que professionnelle et en tant que femme, quel message souhaiteriez-vous adresser à celles qui envisagent de travailler dans le secteur de l’hôtellerie ?
 

Le secteur de l’hôtellerie est un domaine très exigeant mais aussi très passionnant.

En tant que femme, le message que je peux adresser est que c’est un secteur qui permet d’évoluer. Si je prends mon exemple, j’ai été réceptionniste pendant plus de 15 ans avant d’être promue gouvernante.

C’est également un métier que l’on peut exercer dans n’importe quel pays. On peut le faire au Sénégal comme à l’international.

Merci et bonne fête !
Dimanche 8 Mars 2026
Dakaractu



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