[Journée 8 Mars]: À Bargny, ces héroïnes du littoral résistent face à la centrale à charbon et au port minéralier


À l’occasion du mois de mars dédié aux femmes, Dakaractu est allé à la rencontre des femmes transformatrices de produits halieutiques, spécialisées notamment dans le poisson fumé. Après une longue attente, la présidente du regroupement Khelcom, Fatou Samb, par ailleurs conseillère municipale à la Mairie de Bargny,  nous a finalement conduits sur leur site de travail où ces femmes s’activent quotidiennement. 
 

Sur place, elle explique que leur activité principale reste la pêche et la transformation des produits halieutiques, un savoir faire hérité de leurs ancêtres. « C’est une fierté pour nous, car cette activité nous fait vivre plus que toute autre ici », confie-t-elle. D’abord organisées en association, les femmes se sont progressivement structurées en GIE, aujourd’hui au nombre de 20, réunis au sein d’une fédération baptisée « Diapal ma Diap ».

 

Dans ce vaste réseau, le GIE Khelcom compte à lui seul 1 198 femmes. Leur matière première principale est un petit poisson local appelé « Noukoum », qui constitue la base de leur travail. Autrefois, ce poisson séchait naturellement sur certains sites après le retrait de l’eau salée avant d’être simplement ensaché puis vendu. Aujourd’hui, les femmes ont commencé à le fumer afin d’augmenter sa valeur commerciale. Mais malgré leur organisation et leur expérience, les difficultés persistent. Faute d’infrastructures adaptées, les produits sont souvent conservés à même le sol, simplement enveloppés, exposant ainsi les travailleuses à des pertes et à des conditions de travail précaires.

 

À ces défis logistiques s’ajoute une pression économique. Selon Fatou Samb, des commerçants étrangers venus notamment du Togo, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée achètent ces produits et investissent dans la filière. « Ils viennent acheter chez nous, mais nous manquons d’espace de stockage et de moyens pour développer pleinement notre activité », déplore-t-elle. Le travail est à la fois gratifiant et éprouvant : « C’est agréable quand on gagne de l’argent, mais c’est aussi très dur. Parfois, nous restons jusqu’à neuf mois sans aller en mer pour faire une pause. »

 

Les femmes dénoncent également l’impact environnemental et social lié à la présence d’une centrale à charbon installée à proximité de leur site. Alors que l’étude environnementale évoquait une distance de deux kilomètres, elles affirment que l’infrastructure se trouve bien plus près de leur zone d’activité. « Elle est à environ 500 mètres. Pourtant, cette centrale produit de l’électricité alors que nous mêmes, qui sommes à côté, n’avons même pas le courant », regrette la présidente. En cette période marquée par la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, Fatou Samb lance un appel à la solidarité et à la résilience : « Des femmes parcourent des kilomètres pour venir travailler ici. Nous devons rester fortes et unies. »

 
Lundi 9 Mars 2026
Dakaractu



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