Dans un entretien partagé sur la page Facebook du Centre Hospitalier National Psychiatrique de Thiaroye (CHNPT), Dr Rokhaya Ndoye Mbaye, psychologue clinicienne, est revenue sur la définition de l’addiction et les principes fondamentaux de sa prise en charge.
Pour la spécialiste, il est essentiel de rompre avec les représentations stigmatisantes. « Il faut sortir de l’idée selon laquelle l’addiction serait un manque de volonté. L’addiction n’est ni un défaut moral, ni une absence de moralité, encore moins une faiblesse de caractère. C’est avant tout une dépendance, qu’elle soit liée à une substance ou à un comportement », explique-t-elle.
Selon Dr Rokhaya Ndoye Mbaye, l’addiction remplit, à l’origine, une fonction humaine. Elle sert à apaiser une tension, calmer une douleur, oublier temporairement une souffrance ou simplement permettre de tenir debout lorsque quelque chose fait très mal à l’intérieur.
« Au départ, il y a cette fonction d’apaisement. Mais progressivement, le problème prend toute la place. La personne perd alors le contrôle, la relation à elle-même se détériore, tout comme ses relations avec les autres. Ce qui était une solution devient un problème envahissant qui occupe toute la vie », souligne-t-elle.
Restaurer l’estime et la confiance, sans pression ni jugement
Abordant la question de la prise en charge, la clinicienne insiste sur un point central : le contrôle ne se reconstruit ni par la pression ni par la contrainte.
« On ne peut pas aider une personne qui souffre à retrouver son estime de soi par la culpabilisation ou l’injonction. Cela ne fonctionne pas », affirme-t-elle.
À l’inverse, l’accompagnement doit commencer par la reconnaissance de la souffrance et par un travail patient visant à mettre des mots sur les maux. « C’est à partir de là que la personne peut, peu à peu, retrouver une forme de contrôle sur elle-même et entamer un processus de reconstruction », explique le Dr Ndoye Mbaye.
Elle plaide également pour une approche fondée sur le respect de la dignité humaine. « Il faut permettre à la personne de se sentir respectée en tant qu’être humain, et non réduite à un comportement ou à une consommation. Elle ne doit pas être jugée. Il est important de valoriser les petits pas, et non de se focaliser sur les échecs », insiste-t-elle.
Enfin, la psychologue rappelle que la confiance se bâtit dans la durée, à travers une présence régulière et le respect des engagements. « La culpabilisation, les discours moralisateurs et les injonctions ne renforcent jamais l’estime de soi. Ils aggravent le problème. On ne contrôle pas ce qui fait mal, on cherche d’abord à le soulager », conclut-elle.
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