Selon L’Observateur, l’affaire opposant S. Kâ, accusé de trafic de chanvre indien, à la Brigade de recherches de la gendarmerie de Guédiawaye, a pris des allures de véritable bras de fer judiciaire, révélant de profondes zones d’ombre dans la procédure.
Dès son interrogatoire à la barre, le prévenu a opté pour une ligne de défense radicale : la thèse du complot. S. Kâ a nommément mis en cause un gendarme de la Brigade de recherches, affirmant que cette affaire serait l’aboutissement d’un vieux contentieux personnel. Selon lui, les trois kilogrammes de chanvre indien qui lui sont imputés n’ont jamais été trouvés sur sa personne.
Toujours d’après ses déclarations reprises par L’Observateur, la drogue aurait été découverte sur un indicateur accompagnant les enquêteurs, lequel aurait ensuite été discrètement relâché avant que la marchandise ne lui soit attribuée. Une version que contredit fermement le procès-verbal d’enquête.
Une version officielle battue en brèche à la barre
Dans leur PV, les gendarmes évoquent un renseignement anonyme faisant état d’une livraison de drogue à Darou Misette, dans la commune de Keur Massar. Un dispositif d’infiltration aurait alors permis l’interpellation de S. Kâ, en possession de la marchandise, dissimulée en paquets et cornets.
Mais face au tribunal, le prévenu démonte ligne par ligne le contenu du PV. Il nie toute reconnaissance des faits, conteste avoir été régulièrement entendu et rejette catégoriquement les aveux que le juge lui lit, notamment l’achat présumé de la drogue à Mbour pour 90 000 Fcfa le paquet, avec une revente à 200 000 Fcfa.
S. Kâ affirme avoir passé trois jours en garde à vue sous pression, évoquant même des actes de torture, et soutient n’avoir jamais signé le procès-verbal.
Rébellion, malaise ou scénario monté de toutes pièces ?
Le même désaccord s’est cristallisé autour du chef de rébellion. Les enquêteurs affirment que S. Kâ a tenté de s’enfuir de la Brigade avant d’être rattrapé, invoquant un malaise lié à son asthme. Une version que le prévenu rejette en bloc, dénonçant un scénario fabriqué pour alourdir son dossier.
Autre point de discorde relevé par L’Observateur : le PV présente S. Kâ comme un ancien étudiant en architecture devenu dealer après avoir abandonné ses études. Là encore, l’intéressé dément, expliquant s’être reconverti dans l’aviculture, faute de moyens pour poursuivre son cursus universitaire.
Les failles d’un dossier au cœur des débats
Dans un réquisitoire qualifié de lapidaire, le procureur a requis deux ans de prison ferme. Mais la défense s’est engouffrée dans les nombreuses failles du dossier :
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absence de témoins lors de la saisie,
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aucune perquisition au domicile du prévenu,
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origine floue du numéro de téléphone lié à la prétendue commande,
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et surtout une incohérence majeure : seuls 20 grammes auraient été extraits des trois kilogrammes supposés saisis pour être présentés au parquet.
Pointant du doigt des dérives connues dans la gestion des scellés, l’avocat de la défense a rappelé que « les gendarmes et les policiers ne sont pas des saints », plaidant la relaxe au bénéfice du doute.
Un verdict en demi-teinte
Au terme du délibéré, le tribunal a relaxé S. Kâ du chef d’offre ou de cession de chanvre indien, mais l’a toutefois déclaré coupable de rébellion, le condamnant à trois mois de prison ferme.
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