Présentation du Professeur Abdoulaye Elimane Kane, parrain de la 25ème édition de la Journée de l’Ecrivain Africain (du 7 au 13 novembre 2017)


Mesdames Messieurs les ministres et les ambassadeurs, Chers écrivains venus de 14 pays et de la Diaspora Je voudrais d’abord dire mon immense plaisir de présenter le Professeur Abdoulaye Elimane Kane. Pour plusieurs raisons : Pour plusieurs raisons : Universitaire de renom, le Professeur est aussi un intellectuel au sens plein par sa présence continue dans la Cité dont il essaie de déchiffrer les réalités pour mieux nous armer face aux défis qui nous attendent. Ce qu’il fait avec brio dans son livre « Penser l’humain : la part africaine ». Humaniste, il se préoccupe dans ce livre de dire et de montrer notre condition humain d’Africains qu’on ne peut pas laisser sur le bord de la route sans remettre en cause notre humanité d’homme. Au centre de sa réflexion philosophique il y a ce philosophème de Césaire : « « Il y a deux manières de se perdre : par ségrégation murée dans le particulier ou par dilution dans l'universel », dans sa lettre à Maurice Thorez. En tant que son petit neveu et vice-président de l’Association des Ecrivains du Sénégal je vous remercie de cet insigne honneur et toute la famille avec moi. Après mon oncle Cheikh Hamidou Kane, moi-même, voici le Professeur AEK parrain de cette édition des journées de l’écrivain africain. Tous les 3 avons la particularité d’avoir fait des études de philosophie, comme par hasard. Le père du Professeur, Elimane Racine, est le frère de Binta Racine que le Doyen Cheikh Hamidou Kane a immortalisé sous les traits de « La grande Royale ». Binta Racine qui est la mère d’Aboubakry Kane dont le président de la République, Macky Sall, a prononcé l’éloge funèbre à sa disparition. C’est le grand frère d’Abdoulaye Elimane Kane, Nouhou Elimane qui est allé déclarer ma naissance après que je suis né à la maternité indigène de l’hôpital Principal. A moins que cela ne soit lui d’ailleurs : il est aussi vieux que mon autre grand-oncle ici présent le professeur Amadou Ly. J’ai la chance extraordinaire, sans le mériter probablement, d’être particulièrement apprécié par mes grands oncles et oncles. Et ce n’est pas rien pour l’orphelin de père et de mère que je suis. Enfin le professeur Abdoulaye Elimane Kane fut mon professeur d’épistémologie de la 1ere année à la maîtrise de philosophie. Il m’a fait aimer la philosophie des sciences, lui qui justement n’était pas fort en math du témoignage même de son cousin Ibrahima Niang, son ancien condisciple. Avec lui j’ai mieux compris ce qu’Althusser disait de la science et de la philosophie spontanée des savants qui connaissent souvent mal et peu leur discipline. Si vous demandez aux professeurs de mathématique, qu’est-ce que les mathématiques et quel est leur rapport au réel beaucoup – pas tous- vont être interloqués. Avec le professeur AEK j’ai également appris à me familiariser avec la pensée d’André Leroi –Gouhran, notamment « le Geste et la Parole ». Avec lui, cependant je n’ai jamais dépassé la note de 14/20 alors que j’avais des notes plus qu’appréciables dans les autres disciplines Un dernier mot avant d’en venir à sa biographie proprement dite. Il a fait partie, avec le professeur Boubacar Ly, de mon jury de mémoire de maîtrise dirigé par Mamoussé Diagne intitulé : « Ndiaga Mbaye, signe et repère d’une culture ». J’y ai critiqué Youssou Ndour, débutant, qui venait de faire l’éloge de l’argent (Bilaye xaalis Nekhna) et à ma grande surprise il a pris le parti de Youssou Ndour. Il y a prescription certes mais le débat reste toujours en l’état. Ceci étant dit, venons-en maintenant au parcours de vie du Professeur dont le cousin Harouna Rassoul Ly a fait une plaisante biographie dans sa page Facebook. Le professeur Abdoulaye Elimane Kane est né le 6 octobre 1941 à Kayes – ce qui n’est pas une raison pour le rapatrier au Soudan – Bachelier en juin 1964, il a failli aller aux USA pour des études journalistiques, ce qui ne s’est pas fait et il se retrouve à l’université de Dakar où il obtient une licence de philo en 1967. De 1969 à 1976, il est professeur de philosophie au lycée Blaise et tous ses anciens élèves ont gardé de lui et de son enseignement, le souvenir d’un excellent professeur. Il soutient le 7 octobre 1976 à la Sorbonne, Paris Panthéon, une thèse sur « connaissances africaines et mentalité préscientifique – Etudes épistémologiques» avec la mention TB, ce qui lui ouvre les portes de l’université dès octobre 1977. Le 30 septembre 1987, à Lille3, il soutient un doctorat d’Etat sur «  Systèmes de numérisation parlée des groupes Ouest-Atlantique et mandé – Contribution à l’histoire de la pensée logique et mathématique en Afrique » avec la mention Très honorable. On se demande où il est allé trouver cela malgré la mise en garde de son cousin Ibrahima Niang, lui qui a eu souvent des rapports polémiques avec les maths.* Cette excellente thèse, lui vaut la nomination comme maître de conférences en 1989 et comme Professeur titulaire de rang A en 2003. Il a été Inspecteur général de philosophie, chef du département de philosophie, Conseiller du Président de la République chargé de l’Education, ministre de la Communication puis ministre de la Culture de 1995 à 2000. Ministère qu’il a profondément marqué, au-delà de sa longévité exceptionnelle à ce poste. On le considère comme l’un des meilleurs ministres de la culture que le Sénégal a eu. Au Sénégal il a la considération et le respect de tous. Comme ministre de la Communication d’abord et de la Culture ensuite, il a voyagé à travers le monde et produit un nombre impressionnant d’ouvrages et d’articles philosophiques. Heidegger disait que la philosophie et la littérature se tiennent sur des monts opposés mais disent la même chose. Aussi, notre philosophe a produit une œuvre littéraire appréciable dont voici quelques titres. Conte : Le Prince Malal, Bayard, Paris, 1986 Romans 1992 : La Maison au figuier, NEAS, Dakar 1992 – Réédité par SEPIA, Paris, 1994 1995 : Les Magiciens de Badagor – SEPIA, Paris 2000 : MARKERE, NEAS, Dakar Nouvelles SERAPHIN, in La Nouvelle Sénégalaise, édité par James Gaasch, édition XAMAL, Saint-Louis, 2000 Les CINQ SECRETS DE MON PERE, NEAS, Dakar, 2003 LA FEMME-PARFUM, réédité par le Harmattan, 2011. Les dissidents Philosophie sauvage ou la vie a de longues jambes qui constituent ses mémoires Le professeur Abdoulaye Elimane Kane est chevalier de l’Ordre national du Lion de la République du Sénégal : L’Ordre des Arts et des Lettres de la République Française : Grade de Chevalier, Paris, 8 juillet 1996 République Italienne : Ordre du Mérite, Grade de Grand Officier, à Rome, le 02 juin 1999. Sur le plan humain, c’est un homme d’une extrême humilité, d’une grande simplicité, maniant en virtuose l’autodérision et l’humour. Qualités quelque peu rares sous nos tropiques. Voici venu le moment de conclure et je le ferai en rappelant la remarquable passe d’armes entre le président Senghor et le professeur en 1972 qui prononça cette année-là le discours du concours général. Senghor répliqua en taxant les hommes de sa génération et celles d’après d’être de mauvais lecteurs de Marx qui était dans l’air du temps. Senghor va même écrire un texte intitulé « Pour une relecture africaine de Marx » pour nous répondre. Intellectuel, il a donc accepté de dialoguer avec des hommes et des femmes qui lui étaient violemment opposés. Maintenant qu’il y a prescription, on peut dire qu’ils avaient raison sur nous : il voudrait que nous pensions par nous et pour nous. Un peu ce que Césaire reprochait à Maurice Thorez dans sa Lettre très fameuse. Mesdames, Messieurs, le professeur Abdoulaye Elimane Kane est aujourd’hui à la retraite, une retraite bien remplie, il est présent à toutes les conférences, à toutes les présentations de livres et surtout il a le temps d’écrire. En faisant d’Abdoulaye Elimane Kane le parrain de cette édition de la journée de l’écrivain, l’Association des Ecrivains du Sénégal ne pouvait faire un choix plus judicieux. Elle honore le philosophe et l’écrivain. Nous vous en remercions encore une fois au nom de la famille et de tous ses amis et proches. Je vous remercie de votre aimable attention. Professeur Hamidou Dia
Vendredi 17 Novembre 2017
Dakar actu



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