Invité de l’émission Face au Jury sur PressAfrik, l’ancien ministre de la Justice Amadou Sall a appelé à la prudence et à la rigueur dans les débats autour d’éventuelles poursuites contre l’ancien président Macky Sall. Entre rappel du droit, critique des dérives verbales et mise en garde contre la politisation de la justice, il a livré une plaidoirie pour une approche fondée sur la preuve et le respect des institutions.
« Je veux qu’au Sénégal, ceux qui prennent le micro fassent très attention à leurs propos », a lancé Amadou Sall, soulignant que des déclarations hâtives peuvent plonger des personnes « dans des situations compliquées », notamment sur des affaires financières. Selon lui, l’emballement médiatique et les accusations sans fondement fragilisent la sérénité du débat public.
“Si on veut poursuivre Macky Sall, qu’on apporte des preuves solides”
Revenant sur la question d’une possible mise en cause de l’ancien chef de l’État pour haute trahison, Amadou Sall a insisté sur l’exigence de preuves tangibles :
« Si l’on dit qu’on doit poursuivre Macky Sall pour haute trahison, il faut donner au peuple des arguments solides. On parle d’une dette cachée ? Montrez-la, prouvez-la. »
Pour lui, la simple existence d’une dette non déclarée ne suffit pas à justifier des poursuites : « Une dette, par définition, se rembourse ; elle ne peut pas servir de base à une accusation sans éléments précis. »
Sur les morts entre 2021 et 2024 : la nécessité d’enquêtes rigoureuses
Concernant les décès enregistrés lors des troubles politiques récents, l’ancien garde des Sceaux a plaidé pour une investigation approfondie et objective :
« Pour ceux qui sont morts par balle, les autopsies ont été faites. On connaît la provenance des balles. Il faut dire quelles armes ont été utilisées et qui en sont les détenteurs. »
Amadou Sall a rappelé que les forces armées, la gendarmerie et la police disposent d’armes identifiables, et que la traçabilité doit permettre de déterminer les responsabilités exactes.
Dérives verbales et tensions politiques
Amadou Sall s’est dit préoccupé par la montée de discours violents et d’appels à la confrontation :
« On a vu des vidéos où l’on parle de ‘Gatsa Gatsa’ ou de ‘Mortal Kombat’, des pick-up dans les rues, des tirs de kalachnikov… Si l’on veut la vérité, il faut enquêter, pas accuser pour satisfaire une colère populaire. »
Il a mis en garde contre l’instrumentalisation politique de la justice et les dangers d’une surenchère verbale qui pourrait fragiliser la stabilité du pays.
“Le Sénégal reste un pays de respect et de hiérarchie”
Rappelant la culture sénégalaise du respect des aînés " les kilifeu " et la dimension symbolique de certaines figures intouchables, il a estimé que les traditions sociales doivent continuer de guider le comportement public :
« Au Sénégal, il y a des personnes qu’on ne peut pas arrêter sans créer un choc. C’est notre pays qui est ainsi : le respect du kilifeu est une valeur. »
Haute trahison : “une notion grave, encadrée par la procédure”
Sur le plan juridique, Amadou Sall a rappelé que la haute trahison est une infraction d’une extrême gravité, soumise à des règles strictes :
« Il faut des faits articulés, une procédure claire, et un cadre légal précis. On ne peut pas accuser un ancien président sur la base d’émotions ou de suppositions. »
Il a insisté sur la nécessité d’éviter toute “attitude infantile” dans la gestion des affaires d’État : « Si l’on aime ce pays, on laisse la justice travailler sérieusement. »
En conclusion, Amadou Sall a rappelé que la stabilité du Sénégal dépend de la discipline et du sens de la mesure :
« Le procureur peut arrêter qui il veut, mais encore faut-il qu’il ait des preuves. »
Il appelle ainsi les acteurs politiques, les médias et les citoyens à faire preuve de retenue : « On doit savoir gérer ce que le peuple nous confie, avec respect, conscience et intelligence. »
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