La Chine s’apprête-t-elle à livrer des armes antiaériennes à l’Iran?


Alors que la Chine, comme de nombreux pays, appelle à l’ouverture sans entrave du détroit d’Ormuz, Donald Trump l’accuse d’armer le régime iranien. Plusieurs sources au sein des services de renseignement américains évoquent des livraisons d’armes antiaériennes. Ce serait un jeu dangereux, s’il était avéré, de la part de Pékin.

Alors que les négociations irano-américaines pour rétablir la circulation dans le détroit d’Ormuz avaient suscité l’espoir des marchés, Donald Trump a annoncé ce dimanche qu’il allait imposer un blocus total du trafic maritime. “À compter de maintenant, la marine américaine, la meilleure au monde, entamera le processus de BLOCUS de tous les navires tentant d’entrer ou de sortir du détroit d’Ormuz”, avait-il proclamé sur Truth Social.

Il avait ensuite menacé la Chine de nouveaux droits de douane de 50 % si Pékin apportait une aide militaire à l’Iran. “S’ils se font prendre à faire ça, ils écoperont de droits de douane à 50%, ce qui est vertigineux”, a déclaré le président américain sur Fox News, alors qu’il est attendu pour une visite à Pékin du 14 au 15 mai, où il doit rencontrer Xi Jinping.

Une surenchère inattendue, tant à l’égard de Pékin que de Téhéran, qui fait vraisemblablement écho aux révélations de CNN, qui a évoqué un plan de réarmement iranien impliquant la Chine. Selon le média américain, trois sources distinctes au sein des renseignements estimaient que le régime chinois envisageait de livrer de nouveaux systèmes de défense aérienne à l’Iran dans les prochaines semaines, en passant par des pays tiers pour camoufler l’origine du chargement.

Des lance-missiles portatifs.

Il s’agirait de systèmes portatifs de type MANPADS (Man-Portable Air-Defense System) modernes, vraisemblablement équipés d’un guidage laser. Des armes qui permettent à un fantassin de tirer une roquette très dangereuse pour tout aéronef à basse altitude, sans devoir ensuite rester exposé pour la guider lui-même. Si le régime de Téhéran a mis en avant ses missiles sol-air Khordad-15 montés sur camion, présentés comme capables de cibler un F-35, la multiplication des armes antiaériennes portatives pourrait aussi s’avérer dangereuse pour les appareils américains.

Ces sources au sein des renseignements américains soulignent également que l’Iran pourrait profiter du cessez-le-feu pour reconstituer certains de ses stocks d’armes, à l’aide de partenaires étrangers, souligne CNN. Mais en Chine, on nie toute implication: “La Chine a toujours adopté une attitude prudente et responsable sur l’exportation de matériel militaire, et appliqué des contrôles stricts conformément à sa législation et à sa réglementation en matière d’exportation, ainsi qu’à ses obligations internationales”, a réagi lors d’un point presse régulier un porte-parole des Affaires étrangères, Guo Jiakun. “Nous nous opposons aux calomnies sans fondement et aux accusations malveillantes.”

La diplomatie chinoise soulignait la semaine dernière qu’elle s’efforçait au contraire “de contribuer à la conclusion d’un cessez-le-feu et à la fin du conflit.” Mais des entreprises chinoises ont continué à vendre à l’Iran les composants nécessaires à l’assemblage de drones et de missiles, rappelle encore CNN.

Une aide “défensive”

La livraison de systèmes de défense antiaérienne représenterait toutefois un niveau d’engagement supplémentaire, bien que, selon au moins une source au sein des services de renseignement américains, de telles armes puissent passer pour purement défensives, et non offensives. Ce qui différencierait son soutien de celui de la Russie, suspectée d’avoir livré à l’Iran les renseignements qui ont permis au régime des mollahs de frapper des bases américaines dans les pays du Golfe.

Le pétrole iranien reste une ressource stratégique pour l’économie chinoise, comme celle-ci reste un débouché essentiel pour l’économie iranienne. Dans ce contexte, Pékin a à la fois tout intérêt à ce que la liberté de circulation soit rétablie, et que le régime de Téhéran ne s’effondre pas.

“Le détroit d’Ormuz est une voie commerciale internationale importante pour les biens et l’énergie, et il est dans l’intérêt commun de la communauté internationale d’y maintenir la sécurité, la stabilité et un trafic sans entraves”, a par ailleurs ajouté Guo Jiakun ce lundi.

Un pétrole iranien vital pour Pékin

Soutenir l’Iran directement face aux attaques israélo-américaines semble toutefois un pari peu engageant, pour le gouvernement chinois. Une autre source y voit une tentative de se positionner comme un ami de longue date de l’Iran, mais sans se faire entraîner dans un conflit perdu d’avance. Dans ce contexte, il est possible que cette livraison discrète n’ait été envisagée que si la trêve de deux semaines entre Téhéran et Washington était bien maintenue.

Si les décisions de Donald Trump demeurent impulsives et pas toujours logiques, ses menaces de blocus total pourraient faire pression sur Pékin, au moins autant que les menaces de nouvelles sanctions commerciales. Mais bloquer totalement le détroit d’Ormuz risque bien d’aliéner le monde entier contre le président américain, si ce n’était déjà fait.

La Grande-Bretagne a déjà nié toute volonté de participer au blocus, tandis que la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, estime que cette décision de Donald Trump n’a “aucun sens”. “Je pense aussi que c’est quelque chose qui n’a aucun sens (...) C’est un épisode de plus dans toute cette dérive dans laquelle on nous a entraînés”, a-t-elle dénoncé lors d’un entretien à la télévision publique espagnole.

Lundi 13 Avril 2026
7sur7.be



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