Pour l’honneur de notre institution judiciaire (Contribution)


Pour l’honneur de notre institution judiciaire (Contribution)
J'exprime mon inquiétude face à certains propos de personnalités politiques qui s'en prennent à l'institution judiciaire. Les magistrats sont sévèrement critiqués après la décision rendue sur le dossier dite "Affaire Khalifa Sall".
Dans le monde politique, les réactions ont été très virulentes allant de la dénonciation d'une atteinte à l'indépendance de la justice à une justice manipulée par le pouvoir. Les invectives ont atteint un nouveau seuil avec les propos malsains de Barthélémy Diaz à l'encontre des magistrats. Il est devenu courant de faire porter le tort aux magistrats quoi qu'ils fassent mais les Sénégalais sont pour la plupart suffisamment intelligents pour comprendre que l'outrance des propos dissimule un manque d'arguments sérieux contre les décisions judiciaires vilipendées.
L'indépendance de la justice est l'un des piliers essentiels de toutes les démocraties, et que toute attaque non justifiée contre un magistrat au motif qu'il applique la loi de façon qui n'arrange pas certains est une attaque contre l'équilibre des pouvoirs et de ce fait une attaque contre la démocratie et par ricochet contre le peuple dans son ensemble. Le plus important pour les magistrats n'est peut-être pas de réagir face aux critiques les plus virulentes même quand elles sont totalement infondées et injustifiées. Même si ces attaques blessent et déstabilisent, ce qui est l'un des buts recherchés.
En effet le devoir du magistrat c'est d'abord et principalement d'appliquer la loi en toutes circonstances et a tous les citoyens qui y sont soumis sans tenir compte de leur profil personnel et, encore moins des réactions que peuvent susciter des décisions qui dérangent. C'est ainsi que pour réduire l'impact des critiques il est essentiel pour les magistrats de motiver leurs décisions de façon aussi irréprochable que possible. Ceux qui publiquement critiqueront forcément certaines décisions judiciaires n'en citeront jamais aucun extrait. S'ils peuvent aisément se contenter face aux caméras de dénoncer une décision de justice qui leur déplait, ils savent qu'il leur serait bien plus difficile d'expliquer en fait et en droit en quoi le juge a tort qu'il a écrit tel ou tel paragraphe de telle page.
Devant micros et caméras, le contenu réel des décisions judiciaires n'est jamais mentionné. Il est aisé de comprendre pourquoi. Nos magistrats seront toujours des soubresauts d'une société qui n'a toujours pas terminé son évolution vers une véritable démocratie. Quand ils révèleront des comportements fautifs, quand ils ne répondront pas immédiatement aux injonctions du pouvoir, ils continueront à être des boucs- émissaires de premier choix. Mais en même temps, quand ils auront rendu une décision sainement motivée, ce qui n'exclut pas en cas de recours qu'une contre analyse sérieusement motivée aboutisse à une décision différente, les magistrats peuvent avoir la conscience tranquille. Il n'existe pas de démocratie sans respect de la légalité garantie par la justice. Il n'existe pas de justice sans indépendance garantie par la constitution. Il n'existe pas d'indépendance sans exigences déontologiques.
On peut comprendre qu'on reproche à l'exécutif la façon dont un dossier a été diligenté avant d'aboutir au tribunal, mais s'attaquer à un magistrat qui juge un dossier sur la base des faits et du droit c'est méconnaitre le Droit.
En restant indifférent à l’agitation, au bruit et pression de l'extérieur, le magistrat assure l’honneur de l’institution judiciaire.
Sada Diallo Président du Mouvement Sicap Debout
 
Jeudi 5 Avril 2018
Dakaractu



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