Mon commentaire sur la crise au Zimbabwe (Ibrahima Sène)


Voilà un pays d' Afrique , où l'Armée se lève un beau jour pour prendre le contrôle du pays, met le Président de la République en résidence surveillée, et s'arroge le " droit " de mener des "purges" dans les rangs du pouvoir, au prétexte de "nettoyer l'entourage" du Chef de l'Etat, qu'elle présente comme des "criminels"!
Et l'on voit des gens qui refusent de qualifier cette intrusion de l'Armée de " Coup d'Etat", jusque parce qu'elle dit qu'elle " n'est pas orientée, selon l'Armée, contre le Président de la République", mais contre certains de son entourage!
Veut- on nous prendre pour des débiles, on n'aurait pas fait pire!
Le paradoxe est que, certains Africains et Européens voient même dans ce " coup d'Etat" militaire, une " volonté de s'opposer à la dévolution monarchique du pouvoir" pour le justifier!
Cette opinion brandit " les ambitions présidentialistes" de la femme du Président Mugabe, pour illustrer l'existence d'un tel " projet de dévolution monarchique du pouvoir" par ce dernier.
Cependant, pour nous Républicains  et Démocrates Sénégalais qui avions lutté contre " le projet de dévolution monarchique du pourvoir du Président Wade en faveur de son fils",  la question ne résidait pas sur les "ambitions présidentialistes du fils du Président Wade" que nous avions toujours considéré " légitimes", mais bien  sur le " Projet" concret "de réforme de notre Constitution' à cet effet, que le peuple a rejeté dans la rue, le 23 Juin devant les grilles de l'Assemblée nationale qui devait l'adopter.
Ensuite, nous avions continuer à lutter contre ce " projet"  lorsque nous l'avions reconnu dans la présentation de la  recherche d'un " troisième mandat" pour le Président Wade, que nous avions jugé " inconstitutionnel".
Wade voulait ainsi un " troisième mandat" pour mieux préparer  le " transfert du pouvoir à son fils".
 C'est cela qui a été considéré comme un " projet de dévolution monarchique du pouvoir", et combattu comme tel .
Il n' y a rien de tout cela au Zimbabwe. 
Le Président Mugabe a limogé un de ses Vice Présidents qui est en compétition avec sa femme pour le contrôle du Parti au pouvoir .
Ce limogeage, qui n'est pas " un projet de révision de la Constitution", encore moins, un acte inconstitutionnel, a été perçu comme un " acte politique" au profit des ambitions présidentielles de sa femme par les adversaires de celle-ci dans le camp du pouvoir.
Ni l'opposition, encore moins la Société civile,  n'a dénoncé le limogeage de ce Vice- Président qu'elles accusent de tous les maux.
De même, en aucun moment, les adversaires de Madame Mugabe n'ont remis en cause "le droit"  du Président de la République de " briguer un nouveau mandat" à la fin de celui qui est encours!
Ce qui n'était pas le cas, au Sénégal, avec le Président Wade.
C'est l'opposition et la Société civile qui l'ont récusé étant donné sa longévité au pouvoir  ( 37 ans)  et son âge avancé ( 93 ans) .
Par contre, les adversaires de madame Mugabe  ne lui reconnaissent pas le " droit" de briguer le "suffrage du peuple", pour la succession de son mari, contrairement à nous autres au Sénégal, qui n'avions jamais récusé au fils du Président Wade " le droit de briguer" comme tout autre citoyen, le suffrage des Sénégalais, à la succession de son père.
Donc, il est infondé de voir dans les évènements du Zimbabwe, une quelconque "  lutte contre une dévolution monarchique du pouvoir" ,  mais,  l'on a bien  affaire à   une " lutte clans" pour le "contrôle sur le  Président Mugabe" qui le  refuse à juste titre, en n'acceptant pas la proposition de l'Armée de "démissionner"
Mugabe est conscient que la proposition d'un " Gouvernement de transition dirigé par le Vice - Président qu'il a limogé, est bel et bien un " coup d'Etat" que  l'Armée  et le Vice- Président ne veulent pas assumer comme tel, devant le rejet de l'UA et de la SADEC, qui exigent le retour à la légalité constitutionnelle.
Tous les Républicains et Démocrates  africains devaient  donc en faire autant, pour ne pas créer une jurisprudencequi donne à nos Armées  " le droit de  mettre en résidence surveillée nos Chefs d'Etat élus démocratiquement",  pour procéder à des "purges" de son entourage, selon des critères qui leur seraient propres
Après le Kenya et le Libéria où le " Pouvoir judiciaire" s'est octroyé  un pouvoir unilatéral,  pour annuler le suffrage de leurs peuples, et de plonger leurs pays  dans une instabilité institutionnelle de tous les dangers, voilà, qu'au Zimbabwe, surgit l'Armée pour prendre en hottage tout un peuple, en plongeant le pays dans une crise institutionnelle jamais connue depuis son Indépendance  nationale acquise de haute lutte et de lourds sacrifices.
Même les USA qui avaient fait un " profil bas" face à la " Décision historique " de la Cours Suprême au Kenya, se sont inquiétés, par la suite,  de la situation au Libéria,  par la voix de leur ambassadeur sur place en ces termes : " Aucun groupe d'observation libérien, régional ou international accrédité n'a relevé d'anomalies suffisantes pour compromettre l'intégrité fondamentale du processus électoral. "
En conséquence, "les États-Unis demandent aux dirigeants politiques libériens à prendre exemple sur "leurs citoyens qui ont attendu patiemment pour voter". Et leur rappellent que " toute action pouvant entraver le déroulement normal du processus pourrait mettre en péril les investissements futurs au Libéria et menacer la stabilité du pays."
Autant il est clair que les USA n'ont pas influé sur les décisions de ces " Cours Suprêmes" qui illustrent ainsi  leur "Indépendance",  autant elles n'ont pas été en mesure de prendre en compte la "portée" de leurs Décisions sur la stabilité,  la paix civile  et la sécurité de leurs peuples dans leurs pays.
C'est cela qui illustre le danger que constitue le "zèle  des néo démocrates indépendants" dans nos pays.
Les pouvoirs de l'Armée et des Juges Constitutionnels,  devraient être mieux encadrés  par des contrepouvoirs issus  de la société civile et des Partis politiques, comme c'est le cas de plus en plus avec le Pouvoir Exécutif dans nos pays,  et avec  le recours de plus en plus au " Dialogue national des Forces vives de la Nation".
Les contrepouvoirs institutionnels constitué par la séparation des pouvoirs du Législatif, de l'exécutif, et du Judiciaire qui sont légalement séparés et qui  se contrôlent les uns , les autres,  ont atteint, en Afrique, leurs limites politiques et sociales.
                                  

  Ibrahima SENE PIT/SENEGAL
                                                                              




Ce 17 Novembre 2017
 
Samedi 18 Novembre 2017
Dakar actu




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