Liberté de la presse : « Malgré la position du Sénégal, des avancées sont à saluer… » (Sadibou Marong, directeur du bureau régional de RSF pour l’Afrique de l’Ouest)

Le classement qui porte sur la liberté de la presse dans le monde et évalué dans 180 pays dont le Sénégal, a été publié ce 3 mai relayant le Sénégal à la 73e place dans le monde et 8e en Afrique de l’Ouest. En effet, cette liberté de la presse donne aux journalistes la possibilité, en tant qu’individus de pouvoir sélectionner, traiter et diffuser l’information dans l’intérêt général. Et cela, sans aucune restriction physique ou mentale. Le directeur du bureau régional de Reporters sans Frontières pour l’Afrique de l’Ouest estime que ce classement est lié principalement à cinq indicateurs : L’indicateur lié au contexte politique, le cadre sécuritaire, légal, le contexte économique et aussi le cadre socio-culturel. Cependant, des efforts sont à saluer au Sénégal malgré cette position régressive.


D’après Sadibou Marong, ce n’est pas un classement qui juge la qualité de la production journalistique au Sénégal. En effet, dans ce classement, il faudra évoquer un certain nombre de facteurs l’année dernière notamment liés à la sécurité des journalistes.

En février et mars 2021, il y’a eu des journaux qui ont été attaqués (avec des saccages au niveau du journal Les Echos, le Quotidien Le Soleil, le Groupe Futurs Médias etc. Et même des chaînes qui avaient été suspendues par le CNRA). Une situation très difficile pour le droit à l’information. Ce sont divers facteurs qui interviennent dans le classement. 

L’ancien responsable régional des médias en Afrique de l’Ouest et du Centre pour Amnesty International, précise à la suite de ce qui précède, que l’année dernière, de même que cette année, la télévision nationale ne s’ouvre pas trop aux voix dissidentes. Mais il note une dynamique positive quand même. « Si nous voyons l’initiative liée à l’autorégulation avec le travail que fait le CORED, l’instauration de la carte nationale de la presse, la capacité de mobilisation des associations comme le Synpics, la convention des jeunes reporters, l’APPEL, l’association des patrons de presse etc…. Cela ne doit pas être relégué en second plan si nous nous intéressons aux initiatives entreprises depuis quelque temps par ces organisations des médias », confie Sadibou Marong joint par Dakaractu.

Par ailleurs, ajoute notre interlocuteur, ce classement va du 1 janvier au 31 décembre avec une méthodologie assez élaborée avec plus de 100 questions qui étaient envoyées à des journalistes, des universitaires, des sociologues etc... Le Sénégal est 8e en Afrique de l’Ouest et 73e dans le monde avec 24 points perdus par rapport à 2021 certes, mais la situation est plus que gérable selon le directeur du bureau régional de RSF. « Je pense qu’au Sénégal, ce qu’il faut, c’est d’analyser ce classement de la manière la plus froide. Ce n’est pas un classement qui reste à priori une fin en soi. Le plus important, c’est de pouvoir continuer ce plaidoyer institutionnel, entreprendre une démarche constructive entre l’État, les autorités et les acteurs locaux et aussi, continuer à se dire des vérités », renchérit le journaliste sénégalais considérant que du point de vue de la formation des journalistes, il y’a des initiatives intéressantes avec notamment ce que fait le CESTI, l’IJICOM, l’ISIC, etc... 

Pour 2022, le Sénégal qui est 8e dans l’espace CEDEAO derrière le Cap-Vert qui a toujours été le pays devant le Sénégal, a perdu quelques points. On peut s’étonner que le Sénégal soit derrière la Gambie. Mais pour Sadibou Marong, il faut savoir que la progression de la Gambie n’est pas étonnante car, ce pays est en ouverture avec un certain nombre d’acquis ces dernières années. La Gambie est passée de la 143e place en 2017 à la 50e place en 2022. Elle a fait presque un bond de 100 places. On peut aussi souligner en Gambie, la fin du monopole de la Radio avec un pluralisme, il y’a également la loi sur l’accès à l’information et aussi que cette commission vérité et réconciliation demande même que des dossiers contre des journalistes soient jugés. Ce sont des cas de progrès que nous saluons », se réjouit le directeur régional de RSF pour l’Afrique de l’Ouest.

Ce qui demeure important selon lui : que la pratique du journalisme puisse se faire en toute indépendance. « On ne peut pas dire qu’au Sénégal ce n’est pas fondamentalement le cas, mais il y’a malgré tout des problèmes. Il appartient toutefois aux journalistes de bien se former et de respecter les normes de leur métier, mais aussi et surtout d’être assez rigoureux dans le traitement de l’information », estime Sadibou rassurant au niveau de Reporters Sans Frontières, le plaidoyer envers les dirigeants pour une démarche inclusive, cohérente avec l’ensemble des acteurs.
Mardi 3 Mai 2022
Dakaractu



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