Lettre ouverte à Mamadou Diop, le martyr.


Lettre ouverte à Mamadou Diop, le martyr.
C’est avec peine, consternation et douleur  que je t’écris ces lignes. Frère de lutte, je suis dans l’obligation de m’adresser à toi pour te dire ceci : le chantier reste entier.

Les souvenirs de ce jour où tu as rejoint les cieux sont encore vivaces dans mon esprit.Ton seul tord demeurait le refus de l’arbitraire. Je me rappelle de ce jour triste où le « dragon » , s’éloignant de sa vocation originelle, qui était de te défendre, de te protéger, venait de trahir sa mission en marchant sur toi… Au même moment, séquestré, je subissais des brimades dans les locaux du commissariat de police de Golf ,avant une longue et pénible torture psychologique dans les locaux de la division des investigations criminelles .Laquelle séquestration m'a plus tard , valu 17 jours de privation de liberté et naturellement un séjour à la prison de Rebeuss. Tout cela Pour te dire simplement que je pouvais être à ta place. 

Toi et moi sommes en réalité un échantillon assez représentatif du nombre de patriotes qui étaient prêts à rendre la vie pour l’intérêt supérieur de la Nation.    

Mamadou,de là haut où tu te trouves, je dois t’avouer que ton combat reste d’actualité. Il est plus que présent. Toutes les causes, pour lesquelles nous avons consentis ces sacrifices, demeurent aujourd’hui.

Je t’informe que le valeureux et digne juge Ibrahima Hamidou DEME, éminent magistrat de son état, vient de démissionner.La raison est toute simple : ce grand patriote n’a pas voulu accepter que la justice, épine dorsale et cardinale d’un pays respectable, fondement et socle de notre République aussi, soit bâillonnée et surtout domestiquée par l'exécutif. 

Mamadou, cette même justice, aujourd'hui plus que jamais instrumentalisée, a pris en otage le député maire de la capitale Khalifa Ababacar Sall. Sa maman, malade est aujourd’hui meurtrie, effondrée. L’actuel  Président de la République a décidé de l’éliminer.Son seul tort: refuser de rejoindre la mouvance présidentielle et avoir des ambitions présidentielles.

Mamadou, un des plus grands commis de l’Etat de l'histoire de notre pays a récemment rendu l’âme : notre père, le doyen Mamadou Diop. J'ai eu l'honneur et le privilège, dans le cadre de mon témoignage au procès dit de "Khalifa Sall", de rencontrer dans la salle d'attente, mais hélas, dans des conditions regrettables.  A son âge,par devoir de vérité ,de conscience et de justice ,il était obligé de venir témoigner dans ce sinistre procès qui n’a qu’une seule finalité : écarter Khalifa Sall du jeu démocratique. Je me souviens encore de ses mots pleins de sens durant notre rencontre. A Mbacké Seck et moi, il disait en substance ceci : « Continuez à défendre les valeurs fondatrices d’une république digne de ce nom ».

Mamadou, presque le même sort est réservé à notre frère Karim Wade, aujourd’hui livré par force à une puissance étrangère, exilé comme un malpropre au sortir  d’un procès inique dénoncé par tous les citoyens épris de justice. 

Mamadou, j’ai failli t’annoncer une bonne nouvelle mais finalement est ce que cela en est une ? Le Sénégal va produire du gaz et du pétrole mais le Président actuel a décidé de tout confier à son frère biologique, Aliou Sall qu’il avait pourtant juré de ne jamais nommer. Finalement il s’est dédit en le portant  à la tête de la banque de l’Etat, la banque des banques : la caisse de dépôts et de consignations. Mesures-tu cette haute trahison? 

Des lueurs d’espoir sont permises sur cette forfaiture.En effet , mon parti le REWMI et mon  leader Idrissa Seck, ont demandé à l’honorable député Déthié Fall de déposer sur la table du Président de l’assemblée nationale, une requête pour la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire afin que toute la lumière soit faite.

Je puis t’assurer Mamadou, que tu es l’absent le plus présent. 

On s’achemine vers une élection présidentielle dans moins de 330 jours. Le Président sortant, vomis par la majorité des sénégalais a décidé d’éliminer tous les adversaires potentiels par une sinistre loi. 

Une loi qui rappelle tragiquement celle du 23Juin. Il a décidé de faire adopter le machiavélique système de parrainage. Tous les démocrates, les jeunes en particulier ont décidé de faire barrage à ce forcing inintelligent et d’une autre époque. Le Président ne cesse de trahir les aspirations du peuple mais continue de s’illustrer de fort belles manières dans l’inélégance républicaine. Bref,de persévérer dans la bêtise. Albert Camus n’avait pas tort. La bêtise insiste toujours disait-il. 

Les prémices d’un régime aux abois sont si visibles que la peur s'est définitivement installée dans leur camp. 

L’actuel ministre de l’intérieur Ali Ngouille Ndiaye a implicitement affirmé son parti pris dans l'optique de l'élection présidentielle à venir.Raison pour laquelle légitimement nous le récusons. Il n’organisera pas la prochaine présidentielle.De par son attitude et ses propos partisans, il apparait aujourd'hui comme le parfait disciple et héritier d’Ousmane Ngom. Nous mènerons le combat. Nous n’avons pas peur de te rejoindre. Je dois te rassurer que nous sommes psychologiquement préparés à retourner en prison, affronter le « dragon », les gaz lacrymogènes et autres armes non conventionnelles qu’utilise tout régime incapable de répondre aux attentes de sa population. Nous ferons face : 

Contre la violation de la constitution (le parrainage)

Contre la séquestration du député-maire Khalifa Sall 

Contre la prédation de nos ressources naturelles notamment gazières et pétrolières

Contre la détention arbitraire de personnalités politiques

Paix à ton âme et puisse ALLAH Le Miséricordieux t'accueillir dans son paradis et que la terre te soit légère. Repose en paix frère!

Badara GADIAGA, Conseiller à la Ville de Dakar
Conseiller municipal à la commune de Grand Dakar
Responsable politique au REWMI
Jeudi 29 Mars 2018
Dakaractu



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